JUILLET
Peu de jours après la visite de Louis XVI à l'Hôtel de Ville ^ j'étais aux fenêtres de mon hôtel garni avec
' Hucher, appeler par un cri ou par un î-ifllement.
- C'élail après la prise de la Baslille : Bailiy venait d'être nommé maire de Paris, la milice bourgeoise de s'organiser sous le nom de Garde nalioiiale : Louis XVI, par sa visite à l'Hôtel de Ville, reconnaissait et confirmait les victoires de la Révoli>tiou.
mos sœurs et quelques Bretons ; nous entendons r-rier : « Fermez les portes ! Fermez les portes ! » Un groupe de déguenillés arrive par un des bouts de la rue ; du milieu de ce groupe s'élevaient deux étendards que nous ne voyions p*? bien de loin. Lorsqu'ils s'avancèrent, nous disting:2âmes deux têtes echevelées et défigurées, que les devanciers de Marat portaient cbacune au bout d'une pique : c'étaient les têtes de MM. Foulon et Berthier. Tout le monde.se retira des l'cnêtres ; j'y restai. Les assassins s'arrêtèrent devant moi, me tendirent les piques en chantant, en faisant des gambades, en sautant pour approcher de mon visage les pâles effigies. L'œil d'une de ces têtes, sorti de son orbite, descendait sur le visage obscur du mort ; la pique traversait la bouche ouverte dont les dents mordaient le fer : « Brigands ! m'écriai-je plein d'une indignation que je ne pus contenir, est-ce comme cela que vous entendez la liberté ? » Si j'avais eu un fusil, j'aurais tiré sur ces misérables comme sur df s loups. Ils poussèrent des hurlements, frappèrent à coups redoublés à la porte cochère pour l'enfoncer et joindre ma tête à celles de leurs victimes. Mes sœurs se trouvèrent mal ; les poltrons de l'hôtel m'accablèrent de reproches. Les massacreurs, qu'on poursuivait, n'eurent pas le temps d'envahir la maison et s'éloignèrent. Ces têtes, et d'autres que je rencontrai bientôt après, changèrent mes dispositions politiques ; j'eus horreur des festins de cannibales, et l'idée de quitter la France pour quelque pays lointain l^erma dans mon esprit.
ni LE YOYAGE EN AMÉRIQUE*