‹ Lectures choisies de ChateaubriandChapitre 6 sur 302 · DE F.-R. DE CDATEAUBRIAND XI · texte numérisé non relu

DE F.-R. DE CDATEAUBRIAND XI

tives de son esprit. Son aptitude au travail est remarquable, sa mémoire extraordinaire. 11 sait par cœur la table des logarithmes, il re'pète presque mot pour mot plusieurs pages d'un sermon sur les diverses façons de pécher contre Dieu. Cette faculté, trop souvent exclusive du jugement et de la réflexion, s'accompagne chez lui des plus heureux dons de Tintelligence : il a le sens des mathématiques, le goût des langues, et un si naturel instinct de l'harmonie que sa phrase latine prend d'elle-même l'allure du mètre élégiaque. Jusque dans les choses secondaires se retrouve cette souplesse d'intelligence : il est « habile aux échecs, adroit au billard, à la chasse, au maniement des armes : il dessine passablement, il chanterait bien, si l'on prenait soin de sa voix. »

A ces exercices il se donnait sans effort, avec tout le feu d'une passion qui ne demandait qu'à se répandre. Mais déjà s'était éveillée en lui la faculté maîtresse, l'imagination, et cette forme particulière de sensibilité dont sont capables les plus farouches égoïsmes, puisqu'elle n'est point le sentiment mais une faculté d'émotion purement sensuelle ou imaginative, passive d'ordinaire et incapable de sacrifice. Assez tôt, dès sa première année d'études à Dol, deux livres le bouleversèrent et firent s'élever un monde étrange autour de lui » : un Horace non expurgé, un traité des Confessions mal faites *. D'autres œuvres, et des plus classiques, le IV« livre de VÊnéide, les Élégies de TibuUe, le Télémaqite, lui « révélèrent sa propre nature ». Les Sermons de Massillon eurent sur lui une autre influence. « Il s'endormait en balbutiant des phrases incohérentes où il tâchait de mettre la douceur, le nombre et la grâce de l'écrivain qui a le mieux transporté dans la prose l'euphonie racinienne. »

* « Si j'ai dans la suite, dit-il, peint avec quelque vérité les entraînemenis du cœur mêlés aux syndérèses chrétiennes, je suis persuadé que j'ai dû ce succès nu hasard qui me fit coimaître en même temps deux empires ennemis. » De là ces personnages d'Atala, d'Amélie et de René, d'Eudore. tout brûlants d'une pa.-sion que combattent les scrupules de la religion ou d'une morale supérieure.

Page 1