‹ Lectures choisies de ChateaubriandChapitre 56 sur 302 · Chateaubriand rejoint l'armée des Princes · texte numérisé non relu

Chateaubriand rejoint l'armée des Princes

Entre Coblentz et Trêves, je tombai dans l'armée prussien ae: je filais le long de la colonne, lorsque, arrivé à la hauteiir des gardes, je m'aperçus qu'ils marchaient en bataille avec du canon en ligne ; le roi et le duc de Brunswick occupaient le centre du carré, composé des vieux grenadiers de Frédéric. Mon uniforme blanc attira les yeux du roi ; il me fit appeler : le duc de Brunswick et lui mirent le chapeau à la main, et saluèrent l'ancienne armée française dans ma personne. Ils me demandèrent mon nom, celui de mon régiment, le lieu où j'allais rejoindre les prinCiS. Cet accueil militaire me toucha: je répondis avec émotion qu'ayant appris en Amérique le malheur de mon roi, j'étais r'^venu pour verser mon sang à son strvice. Les ofnaiers et généraux qui environnaient Frédéric-Guillaume fu'^nt un mouvement approbatif, et le monarque pruL-sien me dit : « Monsieur, on reconnaît toujours les sentiments de « la noblesse française. >> Il ùta de nouveau son chapeau, resta découvert et arrêté, jusqu'à ce que j'eusse disparu derrière la masse des grenadiers. On crie maintenant contre les émigrés ; <:e sont des tigres qui déchiraienf. le sein de leur vière ; à l'époque dont je

parle, on s'en tenait aux vieux exemples, et l'honneur comptait autant que la patrie. En 1790, la fidélité du serment passait encore pour un devoir; aujourd'hui, elle est devenue si rare qu'elle est regardée comme une vertu.

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