‹ Lectures choisies de ChateaubriandChapitre 57 sur 302 · Marché du camp · texte numérisé non relu

Marché du camp

Il s'était formé derrière notre camp une espèce de m.arché. Les paysans avaient amené des quartauts de vin blanc de Moselle, qui demeuraient sur les voitures ; les chevaux dételés mangeaient attachés à un bout de charrette . tandis qu'on buvait à l'autre bout. Des fouées' brillaient çà et là. On faisait frire des saucisses dans des poêlons, bouillir des gaudes dans des bassines, sauter des crêpes sur des plaques de fonte, entier des pancakes ^ sur des paniers. On vendait des galettes anisées, des pains de seigle d'un sou, des gâteaux de maïs, des pommes vertes, des œufs rouges et blancs, des pipes et du tabac, sous un arbre aux branches duquel pendaient des capotes de gros draps, marchandées par les passants. Des villageoises, à califourchon sur un escabeau portatif, trayaient des vaches, chacun présentant sa tasse à la laitiijre en attendant son tour. On voyait rôder devant les fourneaux les vivandiers en blouse, les militaires en uniforme. Des cantinières allaient^ criant en allemand et en français. Des groupes se tenaient debout, d'autres assis à des tables de sapin plantées do travers sur un sol raboteux. On s'abritait à l'aventure sous une toile d'emballage ou sous des rameaux coupés dans la- forêt, comme à Pâques tleuries. On chantait, on riait, on

' Fouéc : désigne au sens propre une chasse qui se fait la nuit à la clarté d'une torche.

' Panrah' (mot anglais), crêpe

64 CllATEAUCUIAND

fumait. Culte sccnc était extrêmement gaie la nuit, entre les feux qui réclairaient à terre et les étoiles qui brillaient au-dessus

Page 1