‹ Lectures choisies de ChateaubriandChapitre 70 sur 302 · Le lac Érié · texte numérisé non relu

Le lac Érié

le îac Érié ' a plus de cent lieues de circonférence.

1 Voy. ]e même latleau dans les Mémoires d'Outre-Tombe, t. I. • Le lac Erié a plus de cent lieues de circonférence. Les Dations

VOYAGK EN AMERIQUE 89

Les nations qui peuplaient ses bords furent exterminées par les Iroquois, il y a [deux siècles; quelques nordes errantes infestèrent ensuite des lieux où l'on n'osait s'arrêter.

C'est une chose effrayante que de voir les Indiens s'aventurer dans des nacelles d'écorce sur ce lac où les tempêtes sont terribles. Ils suspendent leurs manitous à la poupe des canots, et s'élancent au milieu des tourbillons de neige, entre les vagues soulevées. Ces vagues, de niveau avec l'orifice des canots, ou les surmontant, semblent les aller engloutir. Les chiens des chasseurs, les pattes appuyées sur le bord, poussent des cris lamentables, tandis que leurs maîtres, gardant un profond silence, frappent les flots en mesure avec leurs pagayes. Les canots s'avancent à la file : à la proue du premier se tient debout un chef, qui répète le monosyllabe oah, la première voyelle sur une note élevée et courte, la seconde sur une note sourde et longue; dans le dernier canot est encore un chef debout, manœuvrant une grande rame en forme de

riveraines furent exterminées par les Iroquois, il y a deux siècles. C'est une chose effrayante que de voir les Indiens s'aventurer dans des nacelles d'écorce sur ce lac renommé par ses tempêtes, où fourmillaient autrefois des myriades de serpents. Ces Indiens suspendent leurs manitous à la poupe descanols, et s'élancent au milieu des tourbillons entre les vagues soulevées. Les vagues, de niveau avec l'orifice des canots, semblent prêtes à les engloutir. Les chiens des chasseurs, les pattes appuyées sur le bord, poussent des abois, tandis que leurs maîtres, gardant un silence profond, frappent les ûotsen cadence avec leurs pagaies. Les canots s'avancent à la file ; à la proue du premier se tient debout un chef qui répète la diphtongue oah : 0 sur une note lOurde et longue, ah sur un ton aigu et bref. Dans le dernier canot est un autre chef, debout encore, manœuvrant une rame en forme de gouvernail. Les autres guerl'iers sont assis sur leurs talons au fond des cales. A travers le brouillard et les vents, on n'aperçoit que les plumes dont la tète des Indiens est ornée, le cou tendu des dogues hurlants et les épaules des deu.\ sachems, pilote et augure : on dirait les dieux de ces lacs. »

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gouvernail. Les autres guerriers sont assis, les jambes croisées, au fond des canots : à travers le brouillard, la neige et les vagues, on n'aperçoit que les plumes dont la tête de ces Indiens est ornée, le cou allongé des dogues hurlant, et les épaules des deux sachems, pilote et augure, on dirait des dieux de ces eaux.

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