‹ Lectures choisiesChapitre 104 sur 145 · Cr. page 193, uolo · texte numérisé non relu

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l'infortuné Gaulois montre la tête. La hache de Mérovée part, siffle, vole et s'enfonce dans le front du Gaulois, comme la cognée d'un bûcheron dans la cime d'un pin. La tête du guerrier se partage ; sa cervelle se répand des deux côtés, ses yeux roulent à terre. Son corps reste encore un moment debout, étendant des mains convulsives, objet d'épouvante et iô pitié *• ^>

1. Ce livre VI est particulièrement célèbre comme celui dans lequel l'auteur a le mieux déployé et le plus à l'aise ce sentiment de l'histoire, ce don d'animer et de peindre, cette faculté de ressusciter les âges lointains qui est pour ainsi dire l'àme même de l'histoire. « L'imagination, a dit Chateaubriand, est à l'érudition comme un coureur qui pousse toujours, comme uu Cosaque qui fait ses pointes. » Cette parole ne saurait s'appliquer à personne aussi bien qu'à lui-même. Il a fait ses pointes, et, s'il fut dans tous les domaines l'éclaireur littéraire et poétique du iix" siècle, c'est surtout dans celui de l'histoire qu'il a mérité ce nom. Quelques pages d'une épopée oîi l'auteur n'avait cherché la vérité qu'en vue de l'irapression dramatique et de l'effet pittoresque déterminèrent dans les études historiques une véritable transformation. Les in-folio où les historiens de profession n'avaient trouvé qu'une morne poussière étalaient devant ce poète une série de merveilleux tableaux et faisaient resplendir à ses yeux la vie des générations lointaines dans toute la netteté de ses mouvements et dans tout l'éclat de sa couleur. Et il arrive en fln de compte qu'il y a plus de vérit;; historique dans les visions de cet artiste que dans les dissertations abstraites ou dans les sèches annales auxquelles l'histoire officielle se réduisait. La vérité, si l'on prend le mot dans sa haute acception, ne consiste pas seulement à ne rien avancer sans preuve et à raconter fidèlement les faits à la place que leur assigne leur date La recherche et la discussion des faits n'est qu'un labeur préparatoire, le métier de l'histoire et non pas son art. Une fois qu'on s'est acquitté de ce travail, il s'agit de représenter et de peindre, de donner aux événements leur signification, aux personnages leur caractère, d'animer le spectacle des choses humaines, d'être pittoresque et dramatique comme l'est la réalité elle-même. Les matériaux doivent être fournis par une éruditioii sincire, mais ce ne sont que des matériaux, et, si scrupuleuse que soit cette érudition, elle n'atteindra jamais d'elle-même à la vérité. La science est exacte; il n'appartient qu'à l'art d'être vrai.

Avant Chateaubriand, d'autres avaient curieusement étudié les lois, les actes publics, les formules judiciaires, avaient discuté, clas»5, analysé las textes, fait le partage du vrai et du faux avec plus ou moins de sagacité, mais tout cela sans l'intuition de la vie, sans l'intelligence des formes et des mouvements. L';iuteur des Martyrs peut faire Dioclétien un pi'u meilleur qu'il ne le paraît ilaus les auteurs <le son époque, il peut réunir à Rome saint JerôTÈc avec saint Augustin, avancer d'un siècle Pharàmond : ces libertés de poète, que personne no songe plus à lui reprocher, ne compromettent en rien la vérité historique de son œuvre. Son œuvre est vraie parce que le génie de l'auteur a des illuminations subites qui éclairent les choses plus profondément que la réflexion, parce qu'il embrasse d'un coup d'ieil tout ce qu'une laborieuse analyse fait péniblement entrevoir ù l'érudit, parce qu'il sait quel est le mot, le geste, qui résumera tout un personnage, quelle est la circonstance distinctive, le détail cru et significatif qui donnera sou caractère à toute une époiiuc, enfin parce qu'en devenant historien, il n'a pas cessé

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