NOTICE SUR CHATEAUBRIAND XXI
caractérisant la prodigalité fastueuse do la jeunesse et la concision pressante d'une maturité qui va se resserrant toujours davantage. On trouve dans le premier de ces deux ouvrages un luxe d'images, une débauche de comparaisons homériques, une ivresse de poésie éclatante et sonore qui décèlent l'âge de l'auteur. Il se donne toute carrière, redouble les elTets et entasse les figures de toute sorte sans souci de tomber dans l'incohérence et dans la bigarrure. 11 s'éblouit de ses propres imaginations; il ne sait encore ni se borner ni se contraindre ; son style est un perpétuel chatoiement de couleurs sous la profusion desquelles s'effacent les lignes et les contours. Les Martyrs marquent peut-être le moment de la période intermédiaire où le génie du poète, assagi et calmé, atteint, du moins par endroits, sa perfection classique, c'est-àdire cette convenance parfaite, cette suprême harmonie et cette mesure exquise au delà de laquelle son intempérance native l'avait jusqu'alors entraîné. Dans le Dernier des Abenccrdges, au contraire, il resterait plutôt en deçà. Sa manière y devient de plus en plus sobre, elle accuse une précision arrêtée et stricte, une fermeté de touche, une netteté de dessin qui va parfois jusqu'à la dureté. On l'a remarqué, tandis que les talents d'improvisation, comme Lamartine, se répandent toujours davantage, les artistes s'observent, se contiennent de plus en plus. Or, Chateaubriand fut avant tout un artiste, un virtuose du nombre, un architecte do la phrase.
Les Mémoires d'outre-tombe parurent, comme leur titre l'indique, après la mort de l'auteur (1848). Lui-même les avait écrits pour être publiés beaucoup plus tard. Des nécessités pécuniaires l'obligèrent, comme il le dit, « d'hypothéquer sa tombe », et il céda à ses créanciers non seulement la propriété de l'ouvrage, mais aussi le droit de le publier aussitôt après sa mort. Les Mémoires parurent dans les conditions les moins propices et au moment le plus défavorable. C'est le leudcuiaiu