XXII NOTICE SUR CHATEAUBRIAND
des journées de Juin que la publication commença, non point en volumes, mais en feuilletons quotidiens dans le journal la Presse. Le succès de l'ouvrage ne répondit d'ailleurs ni à l'attente du public ni aux prédilections de l'auteur lui-même pour celle dernière production de sa plume. Les travers de l'homme nuisirent à l'écrivain. Chateaubriand y révélait une personnalité opiniâtre, un amour-propre vindicatif, une vanité agressive et ulcérée qui déterminèrent contre lui un retour de l'opinion. Ces Mémoires, si mal accueillis tout d'abord, n'en sont pas moins l'ouvrage du poète le plus lu par les générations présentes. Il s'y est dépeint non pas sans apprêt, mais sans masque. Nous aimons à l'y trouver aussi sincère que cet artiste et cet acteur pouvait l'être, avec son orgueil mitigé d'ironie, ses mièvreries de gloriole, ses disparates de conduite, ses incartades, ses coups de boutoir, ses hautaines brusqueries, mais aussi sa fierté d'allure, sa religion de l'honneur, cette chevalerie de paladin qui prête un air de grandeur à ses égarements et à ses défauts eux-mêmes.
Quelque jugement que l'on porte sur Chateaubriand, une chose est certaine, c'est qu'il a été le promoteur de la renaissance littéraire et poétique qui inaugure notre siècle.
M Je me suis rencontré, dit-il lui-même, entre deux siècles comme au confluent de deux fleuves; j'ai plongé dans leurs eaux troubles, m'éloignant à regret du vieux rivage où j'étais né et nageant avec espérance vers la rive inconnue où vont aborder les générations nouvelles. » C'était trop peu dire ; il .iborda lui-même à cette rive, il l'explora, il y guida ces nouvelles générations, qui n'avaient pas tardé à le suivre. L'histoire littéraire du xix» siècle dérive de Chateaubriand : langue, poésie, roman, histoire, critique, l'art tout entier dans sa forme extérieure et dans la matière môme de ses inspirations, il a tout renouvelé, tout marqué de son empreinte. Sa gloire remplit la première inoiiié du siècle. Depuis le Génie du Chrisliimisme, qui l'dvait sacré du premier coup, son nom resta