‹ Lectures choisiesChapitre 126 sur 145 · LE GRANIQUE · texte numérisé non relu

LE GRANIQUE

Le 10, après six heures de marche, nous arrivâmes pour déjeuner au joli village de Souséverlé. 11 est situé à la fin et sur le revers des montagnes que nous venions de passer. A cinq cents pas du vUlage coule une rivière, et de l'autre côté de cette rivière s'étend une belle et vaste plaine. Cette rivière de Sousonghirli n'est autre chose que le Graniquei; et cette plaine inconnue est la plaine de la Mysie.

Quelle est donc la magie de la gloire ! Un voyageur va traverser un fleuve qui n'a rien de remarquable : on lui dit que ce fleuve se nomme Sousonghirli ; il passe et continue sa route; mais si quelqu'un lui crie: C'est le Granique! il recule, ouvre des yeux étonnés, demeure les regards attachés sur le cours de l'eau, comme si cette eau avait un pouvoir magique, ou comme si quelque voix extraordinaire se faisait entendre sur la rive. Et c'est un seul homme qui immortalise ainsi un petit fleuve dans un désert! Ici tombe un empire miiionse; ici s'élève un empire encore plus grand; l'océan Indien entend la chute du trône qui s'écroule près des mers ie la Propontide ; le Gange voit accourir le Léopard aux juatre ailes 2, qui triomphe au bord du Granique; Babylone, lue le roi bâtit dans l'éclat de sa puissance, ouvre ses portes )our recevoir un nouveau maître ; Tyr, reine des vaisseaux ', 'abaisse, et sa rivale sort des sables d'Alexandrie.

1. On accusa Chateaubriand d'avoir pris mul ù propos le Sousonghirli pour I. ran.que, et cola un.qu«me..t parce qu'il tenait à faire un portrait d'Aloxaudre. autour M roclamo dans sa préface do Spou et de Tournefort

Page 1