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CARACTÈRE DES ATHÉNIENS ET DES FIIANÇAIS

Quels peuples furent jamais plus aimables daus le monde ancien et moderne, que les nations brillantes de l'Attique et de la France? L'étranger, charmé à Paris et à Athènes, ne rencontre que des cœurs compatissants et des bouches toujours prêtes à lui sourire. Les légers habitants de ces deux capitales du goût et des beaux-arts semblent formés pour couler leurs jours au sein des plaisirs. C'est là qu'assis à des

1, « Celui qui lit l'Iiisloiro, dit Cliatcaubiiaiul dans sou Essai, ressemble à un homme voyageant dans le désert, à travers ces bois fabuleux de l'antiquité qui prédisaient l'avenir. » On pouirait mettre cette [lonséo eu ppigrapho à tout 1 ouvrage. Ce que l'auteur veut prouver, c'ct que l'iiommo se répète sans cesse, qu'il « circule dans un cercle ilont il tùcho en vain de sortir », et quo « les faits mêmes qui ne dépendent pas de lui et qui semblent tenir au jeu de la fortune, se reproduisent incessamment dans ce qu'ils ont d'essentiel «. litudinnt les révolutions «ncienncs, Chateaubriand prétend y retrouver la nôtre tout l'ntière. De là, tant lie rapprochements bien singuliers parfois, entre les événements, les hommes, les peuples de l'antiiiiiilé et ceux de son époque, non seulement entre les Athénien! •t les Français, (omme Ici, mais entre la Scythie et la Suisse, la Macédoine et la Prusse, l'Allemafîni! et la l'crse, entre T'isislrute et Robespierre, Lycurgue et Saint- Juut, Ilarmodius ot Slarat, ou bien encore, ainsi qu'on le verra ci-dessous, AnacréoD I l Voltaire, « le chantre octogénaire de Tcos et le vieillard de Fcrney ».

banquets, vous les entendrez se lancer de fines railleries, rire avec grâce de leurs maîtres, parler à la fois de politique et d'amour, de l'existence de Dieu et du succès de la comédie nouvelle, et répandre profusément les bons mots et le sel attique, au bruit des chansons d'Anacréon et de Voltaire ', au milieu des vins, des femmes et des fleurs.

Mais où court tout ce peuple furieux? d'où viennent ces cris de rage dans les uns, et de désespoir dans les autres? Quelles sont ces victimes égorgées sur l'autel des Euménides? Quel cœur ces monstres à la bouche teinte de sang ont-ils dévoré?... Ce n'est rien : ce sont ces Épicuriens que vous avez vus danser à la fête et qui, ce soir, assisteront tranquillement aux farces de Thespis - ou aux ballets de l'Opéra.

A la fois orateurs, peintres, architectes, sculpteurs, amateurs de l'existence, pleins de douceur et d'humanité, du commerce le plus enchanteur dans la A'ie, la nature a créé ces peuples pour sommeiller dans les délices de la société et de la paix. Tout à coup la trompette guerrière se fait entendre ; soudain toute cette nation de femmes lève la tête. Se précipitant du milieu de leurs jeux, échappés aux voluptés et aux bi^as des courtisanes, voyez ces jeunes gens, sans tentes, sans lits, sans nourriture, s'avancer en riant contre ces innom-

1. Un peu plus !oiu, au chapitre xxii, Cliateaubri^mil, après avoir cité la pièce d'Anacréou: « Que m'importent les vaius discours de la rliétorique'?... Apprenezmoi plutôt à boire le jus vermeil de Bacchus », etc., en rapproche celle de Voltaire qui commence par la strophe suivante :

Si vous voulez que j'aime encore, Reudez-moi l'âge des amours ; Au crépuscule de mes jours Rejoignez, s'il se peut, l'aurore.

S. Si grossiers qu'aient pu être les premiers essais du drame, on ne saurait juslemeut \<-> qualifier (\e farces. Le mot ne convient point au carartcro de la tragé die, même à ses débuts. Il l'aut voir là sans doute un souvenir des vers de Boikau :

Thespis fut le premier qui, barbouillé de lie, l'rumena par les bourgs cette heureuse folio. Et, d'acteurs mal ornés chargeant uu tombereau. Amusa les passants d'un spectacle nouveau.

(Art pnét., III, «7.)

Mais Roileau ciinloml les origines de la tragédie avec celles de la comédie

brables armées de Aieux soldats, et les chasser devant eux comme des troupeaux de brebis obéissantes*.

Les cours qui gouvernent sont pleines de gaieté et de pompe. Qu'importent leurs vices ? Qu'ils dissipent leurs jours au milieu des orages, ceux-là qui aspirent à de plus hautes destinées ; pour nous, chantons, rions aujourd'hui. Passagers inconnus, embarqués sur le fleuve du temps, glissons sans bruit dans la vie. La meilleure constitution n'est pas la plus libre, mais celle qui nous laisse de plus doux loisirs... 0 Ciel I pourquoi tous ces citoyens condamnés à la ciguë ou à la guillotine? ces trônes déserts et ensanglantés? ces troupes de bannis, fuyant sur tous les chemins de la patrie? — Comment ! ne savez-vous pas que ce sont des tyrans qui voulaient retenir un peuple fier et indépendant dans la servitude?

Inquiets et volages dans le bonheur, constants et invincibles dans l'adversité, nés pour tous les arts, civilisés jusqu'à l'excès durant le calme de l'État, grossiers et sauvages dans leurs troubles politiques, flottants comme un vaisseau sans lest au gré de leurs passions impétueuses, à présent dans les cieux, le moment d'après dans l'abîme, enthousiastes Gt du bien et du mal, faisant le premier sans en exiger de reconnaissance, le second sans en sentir de remords, ne se rappelant ni leurs crimes ni leurs vertus, amants pusillanimes de la vie durant la paix, prodigues de leurs jours dans les batailles, vains, railleurs, ambitieux, novateurs, méprisant tout ce qui n'est pas eux, individuellement les plus aimables des hommes, en corps les plus détestables de tous; charmants dans leur propre pays, insupportables chez l'étranger, tour à tour plus

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