‹ Lectures choisiesChapitre 2 sur 145 · CHATEAUBRIAND · texte numérisé non relu

CHATEAUBRIAND

Prançois-René (et non Auguste) de Chateaubriand naquit à Saint-Malo, le 4 septembre 1768, d'une ancienne famille qui remontait aux premiers comtes de Bretagne. Il était le dernier de dix enfants. Lui-même, en ses Mémoires d" outre-tombe, a raconté son enfance tristement écoulée dans un intérieur assombri par la sévérité morne d'un père imposant et magnanime, mais dur, entier, absolu, aussi redoutable par ses brusques saillies d'humeur que par l'âpreté farouche des longs et impénétrables silences où il lui arrivait de se retrancher. C'est à peine si la tendresse mélancolique de sa mère portait quelque tempérament à la rigueur paternelle. Dès la première jeunesse, il s'attacha de l'amitié la plus délicate à l'une de ses sœurs, Lucîlc, songeuse et conlristée comme lui, et qui devint l'intime confidente de ses chagrins et de ses rêves. Mis de bonne heure au collège de Dol, où son talent pour les vers latins le fit surnommer l'Élégiuque, il continua ses études à Uonnes et les termina à Dinan. Il avait dix-huit ans lors»iu'iI entra dans le régiment de Navarre en qualité de sous-lioutonant. A Paris, son goût pour les lettres le mit en rapport avec les poètes du temps, notamment Parny, et avec les critifjiioH qui (lonnninnt nlorn 1o ton. on pnrliciiHnr In lînrpo,

VIII NOTICE SUR CnATEAtBRIAND

Ginguené et Chamfort. Il s'essayait môme dès ce moment à la poésie i et une pièce de lui, intitulée V Amour de la campagne, parut dans VAlmanach des Muses de 1790 1. A cette époque, Chateaubriand partageait sans doute les idées du milieu dans lequel il vivait; mais le scepticisme contemporain devait prendre un accent tout particulier chez ce jeune homme naturellement porté à la tristesse, que défendait contre les moqueries froides et superficielles ce mal originel de l'ennui, ce « mal du siècle » dont la contagion remonte jusqu'à René. Plutôt pessimiste que sceptique, son culte pour Jean-Jacques Rousseau, dont il devait sur bien des points continuer l'œuvre, entretenait toujours chez lui, sinon un fond de véritables croyances, du moins une capacité d'émotions morales et religieuses que la première crise devait tourner au christianisme sentimental du Génie et des Martyrs.

Licencié parla Révolution, qui dispersa son régiment, Chateaubriand s'embarqua en 1791 pour l'Amérique. Son projet était de découvrir un passage aux Indes par la mer polaire; mais il était poussé aussi soit par son amour des voyages et ses goûts d'existence aventureuse, soit par le désir de visiter les pays qui devaient servir de cadre au poème des Natchez, déjà conçu et esquissé dans son esprit, soit enfin par l'enthousiasme d'un disciple de Rousseau pour l'état de nature et les fraîches et innocentes félicités de la vie sauvage. Il avait visité les États-Unis et quelques parties de l'Amérique centrale, lorsqu'il fut brusquement rappelé en France par 4a nouvelle du 10 août. Il s'y maria, mais dut presque immédiatement en émigrer. Il prit part au siège de Thionville, et ce sont même les souvenirs de cette expédition qui lui fournirent des couleurs pour peindre dans les Martyrs le camp des Romains et les veilles rêveuses d'Eudorc*. Une blessure mit ses jours en danger; à peine guéri, il se réfugia en Angleterre, d'abord à Jersey,

Page 1