PROLOGUE
Ce dernier fleuve, dans un cours de plus de mille lieues,
arrose une délicieuse contrée que les habitants des États- Unis appellent le nouvel Èden, et à laquelle les Français ont laissé le doux nom de Louisiane. Mille autres fleuves, tributaires duMeschacebé^, le Missouri, l'illinois, l'Akanza, l'Ohio, le Wabache*, le Tenase ^, l'engraissent de leur limon et la fertilisent de leurs eaux. Quand tous ces fleuves se sont gonflés des déluges de l'hiver, quand les tempêtes ont abattu des pans entiers de forêts, les arbres déracinés s'assemblent sur les sources. Bientôt la vase les cimente, les lianes les enchaînent, et des plantes, y prenant racine de toutes parts, achèvent de consolider ces débris. Charriés par les vagues écumantes, ils descendent au Meschacebé. Le fleuve s'en empare, les pousse au golfe Mexicain, les échoue sur des bancs de sable, et accroît ainsi le nombre de ses embouchures. Par intervalle, il élève sa voix en j^assant sous les monts, et répand ses eaux débordées autour des colonnades des forêts et des pyramides des tombeaux Indiens; c'est le Nil des déserts. Mais la grâce est toujours unie à la magnificence dans les scènes de la nature : tandis que le courant du milieu entraîne vers la mer les cadavres des pins et des chênes, on voit sur les deux courants latéraux remonter, le