C'est en parler à son aise
2. Ce solitaire, cet homme ignoré, se doutait bien sans doute, en écrivant sa Lettre à Fontanns. que la célébrité n'allait pas tarder pour lui. Il signait cette \ellre l'auteur du Génie du Christianisme, cl le Génie du Christianisme ne pouvait manquer de l'arraclier à cette ol)scurit<' dans lariuolle il alVecte ici do tant s« comiilaire.
3. Vrai nom du Mississipi ou iMeschassipi. (Noie de Chateaubriand.)
4. l.e Waba^li so jiHte dans l'Ohio et non dans lo Mississipi.
5. Sans doute le Tennessee, qui est aussi l'un des arduents de l'Ohio,
long des rivages, des îles tlotfcantes de pistia et de uénuphar, dont les roses jaunes s'élèvent comme de petits pavillons. Des serpents verts, des hérons bleus, des flamants roses, de jeunes crocodiles s'embarquent passagers sur ces vaisseaux de fleurs, et la colonie, déployant au vent ses voiles d'or, va aborder endormie dans quelque anse retirée du fleuve *.
Les deux rives du Meschacebé présentent le tableau le plus extraordinaire. Sur le bord occidental, des savanes se déroulent à perte de vue ; leurs flots de verdure, en s'éloignant, semblent monter dans l'azur du ciel où ils s'évanouissent. On voit dans ces prairies sans bornes errer à l'aventure des troupeaux de trois ou quatre mille buffles sauvages. Quelquefois un bisoii chargé d'années, fendant les flots à la nage, se vient coucher, parmi de hautes herbes, dans une île du Meschacebé. A son front orné de deux croissants, à sa barbe antique et limoneuse, vous le prendriez pour le dieu du fleuve, qui jette un œil satisfait sur la grandeur de ses ondes et la sauvage abondance de ses rives^.
Telle est la scène sur le bord occidental ; mais elle change sur le bord opposé, et forme avec la première un admirable contraste'. Suspendus sur le cours des eaux, groupés sur les rochers et sur les montagnes, dispersés dans les vallées, des arbres de toutes les formes, de toutes les couleurs, do tous les
1. Table.iu fait fi souhait pour le plaisir des yeux Ou y sent l'apprêt et l'artifice. Ces sorpeuts verts, ces hérons blem et ces flnmants rose^i semhlent préoccupés de marier ugri^altlenient leurs couleurs. L'aiileur, qui los f.iit « poser » devant nous, leur prèle vraiment trop de complaisance. — 11 paraîtrait, au reste, que les hérons bleus sont très rares sur les bords du Missi<sipi, et qu''ai n'y a jamais vu de flamants roses.
2. " Le Rhin tranquille et fier du proip'i's 'h; ses eaux, tous nos vi^ux fleuves ne sont que des nains ouprôs de ce hi(li;u\ bison chargi'' d'années, lequel, avec son énorme bosse de graisse au-dessus du col, devient tout d'un coup majestueux et domine le fond de l'immons' paysage. » (Sainte-Beuve.)
.3. Ce contraste, Clntoaubriaiid y a, parait-il, ;ijouté beaucoup. C'est sa manière, de subordoniii;r l'oxarlitudo matérielle des d'>tails et dos faits A l'impression d'ensemble, ou, pour mii'ux dire, à ri?ITi.'t qu'il vi'ut produire. En réalité, l'auteur d'Atala n'avait sans doute pas mèmn vu le « Mos(dia''ebé ». Cf. les lignes suivantes d'une do ses lettres à Jouborl : « Un petit bout du croissant de la luno était dans le ciel, fout justement pour m'ompèrher de mentir; car je sons que, si la luuc n'avait pas été là, je l'aurais toujours mise dans ma lettre; c'eût été à Ton» de me convaincre de fausseté, l'almanach à la main. »
66 LA VIE ET l'œuvre DE CHATEAUBRIAND
parfums, se mêlent, croissent ensemble, montent dans les airs à des hauteurs qui fatiguent les regards. Les vignes sauvages, les bignonias, les coloquintes, s'entrelacent au pied de ces arbres, escaladent leurs rameaux, grimpent à l'extrémité des branches, s'élancent de l'érable au tulipier, du tulipier à l'alcée, en formant mille grottes, mille voûtes, mille portiques. Souvent égarées d'arbre en arbre, ces lianes traversent des bras de rivières, sur lesquels elles jettent des ponts de fleurs^ Du sein de ces massifs, le magnolia élève son cône immobile ; surmonté de ses larges roses blanches, il domine toute la forêt, et n'a d'autre rival que le palmier, qui balance légèrement aviprès de lui ses éventails de verdure. Une multitude d'animaux placés dans ces retraites par la main du Cr.éateur y répandent l'enchantement et la vie. De l'extrémité des avenues on aperçoit des ours enivrés de raisins, qui chancellent sur les branches des ormeaux ^ ; des cariboux se baignent dans un lac ; des écureuils noirs se jouent dans l'épaisseur des feuillages; des oiseaux-moqueurs, des colombes de Virginie, de la grosseur d'un passereau, descendent sur les gazons rougis par les fraises ; des perroquets verts à tête jaune ^, des piverts empourprés, des cardi-