‹ Lectures choisiesChapitre 4 sur 145 · X NOTICE SUR CHATEAUBRIAND · texte numérisé non relu

X NOTICE SUR CHATEAUBRIAND

cera le christianisme? Chateaubriand est à celte époque purement fataliste. Si nous voulons chercher en lui quelque symptôme d'une conversion prochaine, nous le trouverons, non dans les précautions qu'il recommande en faveur du christianisme, considéré comme une sorte de frein social, mais plutôt dans un certain tour de piété sentimentale qui perce encore, dans une douleur de ne pas croire qui contraste avec les railleries habituelles du xviii* siècle, dans l'attendrissement avec lequel il s'incline devantlesÉvangiles,toutenrestantincrédule.

C'est d'ailleurs par le cœur que Chateaubriand se convertit. Lui-même a expliqué dans quelles circonstances. « Ma mère, écrit-il, après avoir été jetée à soixante-douze ans dans des cachots, où elle vit périr une partie de ses enfants, expira dans un lieu obscur, sur un grabat où ses malheurs l'avaient reléguée. Le souvenir de mes égarements répandit sur ses derniers jours une grande amertume; elle chargea en mourant une de mes sœurs (madame de Farcy) de me rappeler à cette religion dans laquelle j'avais été élevé. Ma sœur me manda le dernier vœu de ma mère : quand la lettre me parvint au delà des mers, ma sœur elle-même n'existait plus; elle était morte aussi des suites de son emprisonnement. Ces deux voix sorties du tombeau, cette mort qui servait d'interprète à la mort, m'ont frappé : je suis devenu chrétien. Je n'ai point cédé, j'en conviens, à de grandes lumières surnaturelles, ma conviction est sortie du cœur : j'ai pleuré et j'ai cru. » Rentré en France au commencement du consulat. Chateaubriand y écrivit le Génie du Christianisme, qu'il avait conçu et ébauché sous la vive impression de ces récents deuils et qu'il considérait comme une « expiation » de l'Essai.

Tout en composant son ouvrage sous l'œil et avec les conseils de ses amis, en particulier de Fontanes, il prit position par une lettre insérée dans le Mercure du l" nivôse an IX (22 décembre 1800), et se présenta dès lors comme le cHampion du christianisme contre madame de Staël qui, dans sa Litté-

Page 1