‹ Lectures choisiesChapitre 5 sur 145 · NOTICE SUR GHATEAUBRUND XI · texte numérisé non relu

NOTICE SUR GHATEAUBRUND XI

rature, arborait toujours le drapeau de la philosophie. « Vous n'ignorez pas, écrit-il, que ma folie à moi est de voir Jésus- Christ partout comme madame de Staël la perfectibilité. » L'apnée suivante, il détacha du Génie, encore inachevé, l'épisode d'Atala, qui lui valut sur-le-champ une renommée européenne. Atala est un roman, et un roman d'amour; mais, en même temps que l'auteur s'y révélait un peintre admirable de la nature vierge, un écrivain neuf, brillant, hardi, d'une imagination magique et souveraine, il retrouvait dans la religion chrétienne une source de sentiments et d'émotions que le scepticisme du xvni« siècle n'avait pu tarir. Les héritiers de Voltaire, Marie-Joseph Ghénier et Morellet en tête, poursuivirent en vain de leurs critiques mesquines et de leurs frivoles railleries ce premier monument de la révolution morale et littéraire qui coïncidait avec l'avènement du jeune siècle : Atala eut un succès d'enthousiasme et fut en moins d'un an traduite dans presque toutes les langues de l'Europe.

Un an après, le Génie du Christianisme vint achever d'un seul coup cette révolution.

Tandis que les hommes dont les opinions s'étaient formées avant les grandes crises qui venaient de bouleverser la société, appartenaient presque tous à l'école voltairienne, les générations plus jeunes étaient animées d'un autre esprit. Surmenées par des événements terribles, associant dans leur âme profondément troublée et les sombres tristesses d'un passé que tant do convulsions avaient jonché de décombres et les pressentiments obscurs d'un avenir encore gros de tourmentes, elles avaient trouvé au fond d'elles-mêmes, avec le sentiment d'une incurable lassitude, un vnpjue désir do se rattacher à quelque croyance qui put faire luire devant leurs yeux un rayon d'espoir. L'atmosphère était pleine d'une sentimentalité vague et flottante qui troublait le cœur sans en remplir le vide et opprimait la conscioiicc sans satisfaire ;\ ses besoins. Une période d'attcnto an.xiousc avait suivi les ivresses

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