Faséoles. Petites fèves des marais
4. Carrajoui. « Le carcajou, dit Chateaubriand {Voyage en Amérique), ^si une espèce de tigro nu de gi-aiiil chat. La manière dont il chasse l'orignal avec ses alliés les renards est célèbre. 11 monte sur un arbre, se couche à plat sur une branche abaissée, et s'enveloppe d'une queue toulfuo qui fait trois fois le tour de son corps. Bientôt... l'on voit paraître un orignal rabattu par trois renards... Au moment où la bête passe s jus rarl)re fatal, le carcajou tombe sur elle, lui serre le cou avec saqacue, et cherche à lui couper avec les dents la veine jugulaire, etc. »
ATALA 7i-
le ciel s'ouvre coup sur coup, et, à travers ses crevasses, on aperçoit de nouveaux cieux et des campagnes ardentes. Quel affreux, quel magnifique spectacle ! La foudre met le feu dans les bois; l'incendie s'étend comme une chevelure de flammss; des colonnes d'étincelles et de fumée assiègent les nues qui vomissent leurs foudres dans le vaste embrasement. Alors le grand Esprit couvre les montagnes d'épaisses ténèbres ; de milieu de ce vaste chaos s'élève un mugissement confus formé par le fracas des vents, le gémissement des arbres, le hurlement des bêtes féroces, le bourdonnement de l'incendie, et la chute répétée du tonnerre qui siffle en s'éteignant dans les eaux.
« Le grand Esprit le sait! Dans ce moment je ne vis qu'Atala, je ne pensai qu'à elle. Sous le tronc penché d'un bouleau, je parvins à la garantir des torrents de la pluie. Assis moi-même sous l'arbre, tenant ma bien-aimée sur mes genoux, et réchauffant ses pieds nus entre mes mains, j'étais plus heureux que la nouvelle épouse qui sent pour la première fois son fruit tressaillir dans son sein.
« Nous prêtions l'oreille au bruit de la tempête; tout à coup je sentis une larme d'Atala tomber sur mon sein : « Orage du «cœur, m'écriai-je, est-ce une goutte de votre pluie? » Puis embrassant étroitement celle que j'aimais : « Atala, lui dis-je, « vous me cachez quelque chose. Ouvre-moi ton cœur, ô ma « beauté ! cela fait tant de bien, quand un ami regarde dans « notre àme ! Raconte-moi cet autre secret de la douleur, que tu (i t'obstines à taire. Ah ! je le vois, tu pleures ta patrie. » Elle repartit aussitôt : « Enfant des hommes, comment pleurerais- « je ma patrie, puisque mon père n'était pas du pays des pal- « mlers? » — « Quoi, répliquai-je avec un profond étonnoment, « votre père n'était poinl du pays des palmiers ! Quel est donc «celui qui vous a mise sur cette terre? Répondez'. »
(( C'en était trop pour nos cœurs (juc cette amitié fraternelle qui venait nous visiter, et Joindre son amour à notre
1. Afala racouto alors son histoire à Cliactas. IClIcesl la fiUo, non pis ihi chef Siinaghaii, mais de l'iispaguol Lopoz, celui-lù aiùmo qui a rocuoilU Cliactas daas ttmuisou.
amour. Désormais les combats d'Alala allaient devenir inutiles : en vain je la senlis porter une main à son sein, etfai-'O un mouvement extraordinaire; déjà je l'avais saisie, déjà je m'étais enivrée de son souffle, déjà j'avais bu toute la magie de l'amour sur ses lèvres. Les yeux levés vers le ciel, à la lueur des éclairs, je tenais mon épouse dans mes bras, en présence de l'Éternel. Pompe nuptiale, digne de nos malheurs et de la grandeur de nos amours : superbes forêts qui agitiez vos lianes et vos dômes comme les rideaux et le ciel de notre couche, pins embrasés qui formiez les flambeaux de notre hymen, fleuve débordé, montagnes mugissantes, affreuse et sublime nature, n'étiez-vous donc qu'un appareil préparé pour nous tromper, et ne pûtes-vous cacher un moment dans vos mystérieuses horreurs la félicité d'un homme i?
« Atala n'offrait plus qu'une faible résistance; je touchais
1. Cette magniûque scèn°, de passion, à laquelle servent de cadre l'orage et l'iucendie, ue doit pas nous faire oublier qu Atala se donne pour un poème chrétien. Or, quoi de chrétien dans ce qui en fait vraiment l'inspiralion? Ici même, le cri de Chaclas, qui est bien plutôt le cri de René, est « celui de tout cœur malade et ulcéré qui se retourne et cherche des représailles centre le ciel ».
» 0 Cliactas, dit Sainte-Beuve, ce n'est pas vous qui avez poussé ce cri déchirant : celui qui l'a poussé, et qui le poussera bien des fois encore, est ce même cœur malade et incap;ible de bonheur en même temps qu'il en est insatiable, ce cœur dJ Prométhée que le bonheur même, une fois trouvé, ne remplirait [a-, et qui le rejetterait bien vite plutôt que de s'en contenter, qui le renierait avec mépris en se retournant encore contre les cieux. C'e-t celui qui, parlant un jour en son propre nom et dans tout son orgueil à la femme subjuguée, a livré en ces termes elfrayants son désolé secret :
<i Sieufin, Céluta,je dois mourir, vous pourrez chercher après moi l'union d'une « àme plus égale que la mienne. Toutefois ne croyez pas désormais recevoir im- « punénient les caresses d'un autre homme; ne croyez pas que de faibles embras- « semcnts puissent effacer de votre àme ceux de René. Je vous ai tenue sur ma « poitrine au milieu du désert, dans les vents de l'orage, lorsque, après vous avoir « portée de l'autre côté d'un torrent, j'aurais voulu vous poignarder pour fixer le « bonheur dans votre sein, et pour me punir de vous avoir donné ce bonheur. i( C'est toi, Être suprême, source d'amour et de beauté, c'est toi seul qui me créas u tel que je suis, et loi seul me peux comprendre ! Oh! que ne raesuis-jc précipité « dans les cataractes ! au milieu des ondes écumantes! je serais rentré dans le sein « de la nature avec toute mou énergie. » (Lettre de René à Céluta dans les « Nntchez.)
«Telle est dans toute sa franchise, dans tout son blasphème, l'inspiration qui peut se dire infernale et sataniquc; mais elle ne se | roduit aille. rs qu'à demi voilée et comme dans un faux jour, eu se mêlant frauduleusement à un rayon d'en haut. Nous la retrouverons dans liené, dans Velléda. C'est elle qui s'élanco du «eiu de l'orag.; dans Atala, et qui, autant que l'imaginalioD descriptive du début, répand sur ca petit poème la grandeur, n
au moment du bonheur, quand tout à coup un impétueux éclair, suivi d'un éclat de la foudre, sillonne l'épaisseur des ombres, remplit la forêt de soufre et de lumière, et brise un arbre à nos pieds. Nous fuyons. 0 surprise !,.. dans le silence qui succède, nous entendons le son d'une cloche! Tous deux interdits, nous prêtons l'oreille à ce bruit, si étrange dans un désert. A l'instant un chien aboie dans le lointain; il approche, il redouble ses cris, il arrive, il hurle de joie à nos pieds ; un vieux solitaire portant une petite lanterne le suit à travers les ténèbres de la forêt. « La Providence soit bénie ! s'écria-t-il aussitôt qu'il nous aperçut. Il y a bien longtemps que je vous cherche ! Notre chien vous a sentis dès le commencement de l'orage, et il m'a conduit ici. Bon Dieu I comme ils sont jeunes ! Pauvres enfants! comme ils ont dû souffrir! Allons, j'ai apporté une peau d'ours, ce sera pour cette jeune femme; voici un peu de vin dans notre calebasse. Que Dieu soit loué dans toutes ses œuvres! sa miséricorde est bien grande, et sa bonté est infinie*! »
Atala était aux pieds du religieux : « Chef de la prière, lui disait-elle, je suis chrétienne, c'est le ciel qui t'envoie pour me sauver. »