XII NOTICE SUR CHATEAOBRUND
du combat, et, dans l'anarchie morale à laquelle les âmes étaient en proie, je ne sais quel invincible élan les poussait, avides à la fois et incapables de croire, vers cette religion chrétienne qui, dix-huit siècles auparavant, avait déjà régénéré une société non moins vieille et non moins caduque pour en faire notre monde moderne.
Le rétablissement du culte avait été, dans la pensée du premier consul, tout prêt à ceindre la couronne impériale, une œuvre purement politique ; il n'avait jamais considéré le Concordat que comme un moyen de domination morale, et la religion que comme une police des consciences. Cette restauration n'en fut pas moins accueillie avec des acclamations presque universelles. Ce n'est pas que la France redevînt catholique; mais, quoiqu'elle eût perdu sans retour toute foi positive, elle était si lasse de l'incrédulité aride où s'était complu le xvni« siècle, qu'elle se tournait avec joie vers la religion, sinon pour en accepter tous les dogmes, du moins pour y chercher un aliment à ses besoins d'émotions tendres et d'espérances idéales. C'est ce retour aux traditions du spiritualisme chrétien qui marque pour notre littérature une nouvelle ère. Lorsque Chateaubriand publia le Génie du Chistianisme, toute la génération contemporaine fît écho à sa voix. Si Napoléon avait rendu au catholicisme ses presbytères et ses autels, Chateaubriand le remit en possession des cœurs, moins en établissant la vérité de révélations auxquelles lui-même n'a jamais cru que par accès, qu'en montrant dans le christianisme ses affinités profondes avec la nature humaine, et en invi'unt ceux-là mêmes qui n'y pouvaient plus croire à en admirer la beauté morale et à éprouver par leur propre expérience la vertu pacifiante de ses consolations.
Désormais la froide et sèche ironie a fait son temps, et une nouvelle ère commence, qui a le Génie pour Evangile. Le jtepticisme agressif et railleur qui avait condamné l'âme