‹ Lectures choisiesChapitre 62 sur 145 · Ainsi Euryale, en parlant de sa mère, dit · texte numérisé non relu

Ainsi Euryale, en parlant de sa mère, dit

Gcnilrix

. . . . quara miseram tenait non Ilia tellus Mecum excedcntem, non mœnia régis Acestee.

« Ma mèrt infortunée qui a suivi mes f is, et que n'ont pu retenir ni le» rirages de la patrie, Mi les murs du roi Aceste. »

Il ajoute un instant après :

. . . . Nequeam lacrymas perferre parentis.

« Je ne pourrais résister aux larmes de ma mdre. »

Volcens va percer Euryale ; Nisus s'écrie :

Me, me : adsum qui feci :

mea fraus omnis : nihil iste nec ausus

Nec potuit. ... ...

Le mouvement qui termine cA admiralilo cpisole Ost aussi de nature négative. « — L'idée générale peut biet être juste ; mais Chateaubriand on com|ironiet ici la justesse par de puériles subtilités.

Quelle que soit la beauté des "vers de Virgile, la poésie chrétienne nous offre encore quelque chose de supérieur. Le grand prêtre des Hébreux, prêt à couronner Joas, est saisi de l'esprit divin dans le temple de Jérusalem :

Voilà donc quels vengeurs s'arment pour ta querelle 1

Des prêtres, des enfants!... ô Sagesse éternelle!

Mais si tu les soutiens, qui peut les ébranler ?

Du tombeau, quand tu veux, tu sais nous rappeler ;

Tu frappes et guéris, tu perds et ressuscites.

Ils ne s'assurent point en leurs propres mérites,

Mais en ton nom, sur eux invoqué tant de fois,

En tes serments jurés au plus saint de leurs rois.

En ce temple où tu fais ta demeure sacrée,

Et qui doit du soleil égaler la durée.

Mais d'où vient que mon cœur frémit d'un saint effroi ?

Est-ce l'esprit divin qui s'empare de moi?

C'est lui-même : il m'échauffe ; il parle ; mes yeux s'ouvrent,

Et les siècles obscurs devant moi se découvrent.

Cieux, écoutez ma voix ; Terre, prête l'oreille : Ne dis plus, ô Jacob, que ton Seigneur sommeille. Pécheurs, disparaissez; le Seigneur se réveille.

Comment en un plomb vil l'or pur s'est-il changé?

Quel est dans le lieu saint ce pontife égorgé? ..

Pleure, Jérusalem, pleure, cité perfide,

Des prophètes divins malheureuse homicide ;

De son amour pour toi ton Dieu s'est dépouillé ;

Ton encens à ses yeux est un encens souillé...

. . . . Où menez-vous ces enfants et ces femmes?

Le Seigneur a détruit la reine des cités;

Ses prêtres sont captifs, ses rois sont rejetés :

Dieu ne veut plus qu'on vienne à ses solennités.

Temple, renverse-toi; cèdres, jetez des flammes.

Jérusalem, objet de ma douleur, Quelle main en un jour t'a ravi tous tes charmes? Qui changera mes yeux en deux sources di- larmes, Pour pleurer ton malheur?

Il n'est pas besoin de conunentairc.

Puisque Virgile et Racine reviennent si souvent dans notre critique, tâchons de nous faire une idée juste de leur tal(>nt et le leur génie. Ces deux grands poètes ont tant de rossem-

blance, qu'ils pourraient tromper jusqu'aux yeux de la Muse, comme ces jumeaux de VÉnéide, qui causaient de douces méprises à leur mère.

Tous deux polissent leurs ouvrages avec le môme soin, tous deux sont pleins de goût, tous deux hardis, et pourtant naturels dans l'expression, tous deux sublimes dans la peinture de l'amour; et, comme s'ils s'étaient suivis pas a pas, Racine a fait entendre dans Esther je ne sais quelle suave mélodie, dont Virgile a pareillement rempli sa seconde églogue, mais toutefois avec la différence qui se trouve entre la voix de la jeune fille et celle de l'adolescent, entre les soupirs de l'innocence et ceux d'une passion criminelle.

Voilà peut-être en quoi Virgile et Racine se ressemblent; voici peut-être en quoi ils diffèrent :

Le second est en général supérieur au premier dans l'invention des caractères : Agamejnnon, Achille, Oreste, Mithridate Acomat, sont fort au-dessus des héros de VÊnékk. Énée et Turnus ne sont beaux que dans deux ou trois moments ; Mézence seul est fièrement dessiné.

Cependant dans les peintures douces et tendres, Virgile retrouve son génie : Évandre, ce vieux roi d'Arcadie, qui vit sous le chaume, et que défendent deux chiens de berger, au même lieu où les Césars, entourés des prétoriens, habiteront un jour leurs palais, le jeune Pallas, le beau Lausus, Nisus et Euryale, sont des personnages divins.

Dans les caractères de femmes, Racine reprend la supériorité : Agrippine e2.t, plus ambitieuse qu'Amate, Phèdre plus passionnée que Didon.

Nous ne parlerons point d'Athulie, parce que Racine, dans cette pièce, ne peut être comparé à personne-: c'est l'œuvre le plus parfait ^ du génie inspiré par la religion.

Mais, d'un autre côté, Virgile a pour certains lecteurs un avantage sur Racine : sa voix,, si nous osons nous exprimer ainsi, est plus gémissante et sa lyre plus plaintive. Ce n'est, pas que l'auteur de Phèdre n'eût été capable de trouver cette

1. 11 semble que l'tmijloi d'œuvve au miisculiu donne au mot plus de dignité

sorte de mélodie des soupirs : le rôle d'Andromaque, Bérénice tout entière, quelques stances des cantiques imités de l'Écriture, plusieurs strophes des chœurs d'Esther et i'Athalie, montrent ce qu'il aurait pu faire dans ce genre ; mais il vécut trop à la ville, pas assez dans la solitude ^. La cour de Louis XIV, en lui donnant la majesté des formes et en épurant son langage, lui fut peut-être nuisible sous d'autres rapports; elle l'éloigna trop des champs et de la nature.

Nous avons remarqué ^ qu'une des premières causes de la mélancolie de Virgile fut sans doute le sentiment des malheurs qu'il éprouva dans sa jeunesse. Chassé du toit paternel, il garda toujours le souvenir de sa Mantoue ; mais ce n'était plus le Romain de la République, aimant son pays à la manière dure et âpre des Brutus : c'était le Romain de la monarchie d'Auguste, le rival d'Homère et le nourrisson des Muses.

Virgile cultiva ce germe de tristesse en vivant seul au milieu des bois. Peut-être faut-il encore ajouter à cela des accidents particuliers. Nos défauts moraux ou physiques influent beaucoup sur notre humeur, et sont souvent la cause du tour particulier que prend notre caractère. Virgile avait une difficulté de prononciation ; il était faible de corps, rustique d'apparence. Il semble avoir eu dans sa jeunesse des passions vives, auxquelles ces imperfections naturelles purent mettre des obstarlori. Ainsi, des chagrins de famille, le goût des champs, un amour-propre en souffrance et des passions non satisfaites s'unirent pour lui donner cette rêverie qui nous charme dans ses écrits.

On ne trouve point dans Racine le Dis aliter vismn ^, le Dulces morien^ reminisdlur Argos^, le Disce puer virlu'em ex me — furlunam ex aliis "*, le Lijrnessi domus alla : solo Laurente sepulcnim *. Il n'est peut-être pas inutile d'observer que ces

I. Cf. Tacite, /lialo;/. des orateurs : Afa/o securum et tecrfitum Vi-giiii stctê- *iim, etc. J'aime mieux la rotraile isoli'e l't paisible <!• Virgile, etc. i. Part. I", liv. V, avant-deraier cliupitre.

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