XIV NOTICE SUR CUATEAUBRIAND
religior^s grossière, ridicule, puérile. Chateaubriand n'en démontra pas la vérité, comme l'avait entrepris Pascal; il se contenta de mettre en pleine lumière ce qu'il y avait en lui de beautés sentimentales et esthétiques. Tout ce aui dans l'ouvrage se rapporte à l'établissement des dogmes ne supporte pas l'examen : on ne saurait prouver la divinité du christianisme par les migrations des oiseaux ou la sensibilité de certains serpents à la musique. Des élans du cœur, des tableaux poétiques, des descriptions de tournois, ne seront jamais pris pour des arguments solides. Ce n'est plus avec un appareil de brillantes métaphores et de riches imaginations que la critique de notre temps, plus grave et dans le fond plus respectueuse, aborde les redoutables problèmes qui touchent à la religion. Mais, si Chateaubriand ne convainc pas l'entendement, il trouble la sensibilité, il ravit le cœur, il enchante l'imagination. Dans Atala, pendant que les saints mystères sont célébrés, « le soleil sort d'un abîme de lumière, et son premier rayon rencontre l'hostie consacrée que le prêtre en ce moment même élevait dans les airs ». On peut dire de Chateaubriand que son Génie du Christianisme a doré l'hostie.
Atala avait paru avant le Génie lui-même; René, autre épisode du même ouvrage, ne parut que cinq ans après. Le lien qui l'y rattache est bien frêle; pour faire de ce nouveau roman une œuvre d'inspiration chrétienne, suffit-il de nous y montrer les funestes effets des passions en un cœur que la grâce n'a pas touché? René aurait beau se réfugier dans un monastère, ce n'est qu'à ce moment-là, c'est-à-dire au dénouement, qu'il pourrait nous être donné comme un héros chrétien. Et pourtant, cette lassitude d'esprit qui l'accable, 00 dégoût précoce de la vie, cette imagination qui se dévore elle-mèmo, sont après tout plus près de la conversion qu'un optimisme indifférent et béat ou que les froides ironies du scepticisme. On peut supposer que le christianisme seul est