‹ Lectures choisiesChapitre 9 sur 145 · NOTICE SUR CHATEAUBRIAND XV · texte numérisé non relu

NOTICE SUR CHATEAUBRIAND XV

capable de remplir le vide d'un cœur qui n'a pas encore su où se prendre. Quoi qu'il en soit, René eut sur les générations contemporaines un effet puissant de contagion; il ouvrit le cortège de ces figures mélancoliques et fatales dont le romantisme devait peupler nos romans et notre théâtre : après l'honnête homme du xvii« siècle, après l'homme sensible du xvni«, un nouveau type apparaît, que Chateaubriand Axe tout d'abord dans une attitude immortelle, le héros du désenchantement et de l'inaction rongeante, qui vit d'impressions, se nourrit de chimères, transforme en réelles souffrances ses infortunes imaginaires, aspire à tout sans avoir ni le courage de rien poursuivre ni la force de rien étreindre, et conçoit l'existence tout entière comme je ne sais quel songe troublant et vain. René est d'ailleurs une des œuvres les plus parfaites de son auteur. L'imagination de Chateaubriand y est plus rassise; point d'inégalités et de brusqueries, rien de bizarre et d'exorbitant; une grandeur simple, une sobriété calme et puissante, un enchaînement que ne rompt aucune saccade, une beauté de lignes dont aucune brisure n'altère la pleine et large harmonie.

Dès sa rentrée en France, Chateaubriand s'était rallié au consulat : la préface du Génie se terminait par une citation où il comparait Honaparte à Gyrus. Le premier consul n'avait pu d'ailleurs qu'applaudir à un livre dont les tendances s'accordaient si bien avec son œuvre de restauration morale. • L'auteur profita de sn faveur pour entrer dans la diplomatie, et c'est alors qu'il fit k Rome un court séjour comme attaché d'ambassade sous les ordres du cardinal Fesch. Mais il ne tarda pas à se dégoûter des lenteurs de la carrière. Après l'exécution du duc d'Enghien, non content de donner sa démission, il se ressouvint qu'il était royaliste et vompit ouvertement avec Honaparte pour associer désormais le culte de la royauté à celui du christianisme, la défense du tiùne légitime à celle df l'autel. Kn 1807, dans un article du Mercure

^^^ NOnCE SUR CDATEAUBRUND

resté fameux S il se comparait à un Tacite sous un Néron; en

^ 2 M r Jr '''"''"" '''''''''' '- remplacement de Mane-Joseph Chénier, son ancien adversaire, il profita de cet e occasion pour écrire un discours que l'empereur lui

Bout . '""?"" '^"^ ^"^ ''^' '^^'^ '^ -^-r de Bourbons devait lux permettre de chercher dans les affaires une pâture a son talent et de quoi combler le vide de son cœur! En 1809 parurent les Martyrs, sorte de poème en prose dans lequel Chateaubriand veut démontrer par un exemp e la venté de la thèse qu'il a soutenue dans le Zn^T!^ avancé, dit-il lui-même dans sa préface, que la :e;g on chrétienne me paraissait plus favorable que le paganisme au

1 épopée. J ai dit encore que le merveilleux de cette religion pouvai peut-être lutter contre le merveilleux emprunté' d^ a mythologie. Ce sont ces opinions, plus ou moins combattues, que je cherche à appuyer. ,> Pour opposer les deux religions, Chateaubriand a cherché un sujet qui en renfermât le tableau dans un même cadre, qui y fit entrer la morale, les sacrifices les pompes de l'un et l'autre culte. Cette idée conçue, 1 époque historique où devait se passer l'action du poème était toute trouvée. La scène des Martyrs s'ouvre au moment de la persécution excitée par Dioclétien vers la fin du ine siècle. Le christianisme n'était point encore la religion dominante de l'empire romain ; mais ses autels s'élevaient auprès de ceux des idoles, et l'action choisie par le poète put mettre ainsi a sa disposition l'antiquité profane et l'antiquité sacrée. Lest ce que lui-même observe dans sa préface, et il sejatto^cl^avoir mis la main sur un sujet aussi intéressant

Les Martyrs avaient été commencés à Rome dès l'année 180o quelques mois après la publication du Génie, et, depuis cett;'

Page 1