EUDORE EN BATAVIE
« Après quelques jours de marche, nous entrâmes sur le sol marécageux des Bataves, qui n'est qu'une mince écorce de terre flottant sur un amas d'eau ^. Le pays, coupé par les bras du Rhin, baigné et souvent inondé par l'Océan, embarrassé par des forêts de pins et de bouleaux, nous présentait à chaque pas des difficultés insurmontables.
« Épuisé par les travaux de la journée, je n'avais durant la nuit que quelques heures pour délasser mes membres fatigués. Souvent il m'arrivait, pendant ce court repos, d'oublier ma nouvelle fortune ^ ; et lorsqu'aux premières blancheurs de l'aube les trompettes du camp venaient à sonner l'air de Diane*, j'étais étonné^ d'ouvrir les yeux au milieu des bois. Il y avait pourtant un charme à ce réveil du guerrier échappé aux périls de la nuit®. Je n'ai jamais entendu sans une certaine joie belliqueuse la fanfare du clairon, répétée par l'écho des rochers, et les premiers hennissements des chevaux qui saluaient l'aurore. J'aimais à voir le camp plongé dans le sommeil, les tentes encore fermées d'où sortaient quelques soldats à moitié vêtus, le centurion qui se promenait devant les faisceaux d'armes en balançant son cep de vigne'', la sen-
1. Euflore, banni de la cour, est envoyé en exil à l'armée de Constance, qu'il trouve en Katavie toute prête à marctier contre les Francs.
2. « Terra non est... Aquis subjaceatibus innatat et suspensa late vacillât ». (EuM., Paneg. Const. Caes.) (Note de Chateaubriand.)
u Point Je terre... Elle (la Batavie) flotte sur les eaux qui la portent et oscilla au loin comme en suspens. »
3. Eudore avait dû s'engager comme simple soldat dans l'aTmée de Constance.
4. Le mot diane (batterie do tambour qui se fait à la pointe du jour) se rattache au latin dies. 11 n'a rien de commun avec le nom de. la déesse Diane, que de dériver comme lui de laraf'ino div, ijui exprime l'idée de briller.
5. Désagréablement. C'est ce que marque le « pourtant » de la phrase suivante.