‹ Lectures courantes [microforme]Chapitre 112 sur 162 · SAMUEL DONNÉ A HÉLL · texte numérisé non relu

SAMUEL DONNÉ A HÉLL

Samuel devant un jour paraître avec un grand éclat de sainteté dans le monde, Dieu l'y disposa dès sa plus tendre enfance. Anne, sa mère, qui est, comme dit saint Chrysostôme, plus illustre pour avoir eu un tel fils que si elle avait été mère du plus grand prince du monde, après avoir passé une grande partie de sa vie dans la stérilité, conjura Dieu avec de si ardentes prières, qu’enfin elle obtint de lui cet enfant, qui fut le fruit de sa piété et la récompense de sa foi. Comme cette sainte mère savait qu’il ne lui venait que de Dieu, elle n’hésita point à le lui rendre. Elle ne se contenta pas d'offrir, au lieu de lui, de l’argent, ou de ne l’offrir que pour quelques ännées ; mais elle le consacra pour toute sa vie au Seigneur. Dès qu’elle eut sevré ce fils, qui était toute son affection, la reconnaissance qu’elle avait de la grâce que Dieu lui avait faite en le lui donnant, la pressa de le lui aller promptement offrir; et, par un désintéressement qui doit être considéré de toutes les mères chrétiennes, elle alla, contre tous les mouvements de la nature, et contre les apparences de la raison, le consacrer à Dieu dans sa plus tendre enfance. Elle le laissa entre les mains d'Héli le grand-prètre, sans plus le regarder comme lui appartenant, Ainsi son sacrifice approcha en quelque sorte du

sacrifice d'Abraham, puisque, abandonnant son fils à Dieu, elle ne crut faire autre chose que de rendre à Dieu ce qui était à lui, et qu’elle ne put retenir sans une espèce de sacrilége. Dieu bénit la piété de la mère en répandant une abondance de grâces sur le fils. Et lorsqu’à l’âge de douze ans il était au service d'Héli, le grand-prêtre, et attaché au ministère du temple, où il couchait auprès de l'arche, Dieu le favorisa d’une révéla. tion par laquelle il fit juger d’abord ce qu'il davait être un jour. Il l’appela par trois fois durant la nuit, lorsqu'il dormait; et comme Samuel croyait que c'était la voix du grandprêtre, il alla demander chaque fois ce qu’il désirait de lui. Mais enfin la quatrième fois Dieu lui parla, et lui prédit les malheurs étranges qu'il allait faire tomber sur Héli et sur toute sa famille. Il lui dit qu'il ne pouvait plus souffrir la malheureuse négligence de ce père lâche, qui sachant les désordres de ses enfants, et voyant en combien de manières ils profanaient tous les jours la sainteté de son temple et de son autel, se contentait de leur en faire de petites réprimandes, au lieu d’être animé d’un saint zèle pour les intérêts de Dieu contre ses propres en. fants. Et il lui déclara que les crimes de la maison de ce grand prêtre étaient tels, qu'ils ne pruvaient plus être expiés par la multitude des sacrifices qu'il lui offrait Quelque instance que

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fit Héli le lendemain pour savoir du jeune Samuel ce que Dieu lui avait dit durant la nuit, il lui arracha avec peine ce que son respect pour ce pontife lui voulait faire cacher. Héli, connaissant enfin la justice de l'arrêt de Dieu, vit trop tard qu’il ne suffit pas à un père d’être bon lui-même, s’il ne travaille encore à rendre bons ses enfants, et se disposa à souffrir avec une humble soumission la peine qu'il avait méritée par la mauvaise éducation de ses enfants.

D ya, dit saint Grégoire, beauccup d’imitateurs d’'Héli, et dans les maisons particulières des chr‘tiens, et dans l'Eglise, c’est-à-dire en la personne de ses Pasteurs, à l'égard de leurs enfants spirituels, qu'ils laissent vivre dans le désordre avec une complaisance cruelle, comme dit saint Grégoire, et pour ceux qui en usent et pour Ceux qui dissimulent les plaies qu’ils devraient guérir, puisque, ainsi qu'il paraît par cette excellente figure, elle ne peut servir qu’à attirer les jugements de Dieu sur la personne des uns et des autres.

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