LE VU
jette dans l’âme de ceux mêmes qui sont les plus saints. Il demeura en paix pendant une année dans un si grand désordre, —si la paix néanmoins peut être dans un cœur qui a offensé Dieu d'une manière si criminelle. Mais lorsqu'il était dans cet oubli de Dieu et de lui-même, Dieu eut pitié de lui, et lui envoya Nathan, son prophète, pour lui ouvrir les yeux, et pour lui faire sentir la plaie qui lui était inconnue.
Ce saint prophète, ayant reçu de Dieu une commission si pénible, fit voir, par la manière adroite dont il parla d’abord, avec quelle sagesse on doit épargner les personnes qui sont dans le rang de David, en ne les rebutant pas par des paroles trop sévères et trop aigres. Nathan usa de la parabole d’un homme qui ayant beaucoup de brebis en ôta une à un pauvre qui n'avait que celle-là, et qu’il aimait uniquement. Ce prince, qui n'était pas encore aveuglé dans ce qui ne le regardait pas, prononça la sentence contre luimème, sans le savoir, en la prononçant contre cet homme; car Je prophète, n’usant plus de * déguisement, lui dit, avec une gravité digne de celui dont il était le minisire, que c'était luimême qui était cet homme. Il lui représenta les biens que Dieu lui avait faits, et les maux, doni i] l'avait délivré, en le retirant des mains de Saül 11 lui fit voir quel outrage il faisait à Dieu en payant tant de grâces d'une si grande ingratitude.
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David alors rentra en lui-même. Il ne s’irrita point contre la vérité, lors même qu’elle le condamnait. Ilne s'aigrit point contre le prophète qui la lui représentait sans le flatter, et il ne lui demanda pas, comme remarque saint Augustin, qui il était pour oser reprendre son prince, et pour examiner la vie de son souverain. Il oublia en ce moment qu'il était roi, pour se souvenir seulement qu’il était pécheur. La parole qu'il prononça: «J'ai péché contre le Seigneur, » fut en lui une parole de pénitence plus sincère qu’elle n'avait été en Saül, et qu’elle n’est aujourd’hui en plusieurs chrétiens. Il embrassa avec une humble soumission tous les maux que Nathan Mi prédit devoir arriver à sa propre famille, et regarda cette iongue suite de malheurs qu'on hi marqua, comme un moyen favorable de satisfaire à Dieu et d’apaiser sa colère.
Mais, en voyant avec un regret, une douleur amère en quel état il était tombé, il ne se désespéra point, comme remarque $. Chrysostôme, qui admire en cela le grand courage de ce prince et sa grande confiance en Dieu ; mais dès qu'il reconnut sa faute, il travailla, sans s'inquiéter, à à la réparer le mieux qu’il lui fut possible, par une pénitence qui dura autant que sa vie, et qui a fait dire à saint Ambroise que plusieurs
imitent David dans son péché, mais que peu limitent dans sa énitence,