‹ Lectures courantes [microforme]Chapitre 72 sur 162 · 60.—CURIOSITÉ ET GOURMANDISE · texte numérisé non relu

60.—CURIOSITÉ ET GOURMANDISE

Dieu a créé l’homme pour être heureux, mais à la condition de mériter son bonheur par le bon

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nos premiers parents à une épreuve dans le paradis terrestre, en leur disant : « Vous pouvez manger des fruits de tous les arbres de ce jardin, à l'exception de ceux de «l'arbre de la science du bien et du mal...»

Adam et Ëve, cédant aux suggestions du démon, désobéirent à Dieu, qui les punit en les chassant du paradis terrestre, et en les condamnant, ainsi que leur postérité, au travail, aux misères de la vie et à la mort.

Déplorons cette chute dont nous subissons les conséquences ; mais gardonsnous néanmoins d'en mépriser les auteurs: car à leur place nous aurions peut-être agi de même.

À ce sujet on raconte l’anecdote suivante,

Un roi, se promenant dans une forêt, entendit à quelque distance une conversation fort animée; désirant en connaître l'objet, il s'approche douceinent et écoute caché derrière un grand arbre. C'était un charbonnier et sa femme qui se plaignaient des misères de la vie et murmuraient contre nos premiers parents, disant que, s'ils eussent été à leur place, ils n’auraient pas succombé à la tentation.

Le prince les laissa dire sans les interrompre ; ensuite il s’approcha, et feignant de n’avoir rien entendu, il leur dit : « Vous paraissez malheure ux, mais si vous voulez, je changerai votre sort.

L’air et le ton de voix de l'inconnu les persua dèrent, en sorte que, quitiant leur travail, ils le suivirent jusqu’à la lisière de la forèt, où il les fit entrer avec lui dans la voiture qui l’attendait. Après les avoir fait conduire en son palais, il pourvut à tous leurs besoins et mit à leurs ordres de nombreux serviteurs.

Plusieurs semaines se passent ainsi dans l’abondance et la joie ; le charbonnier et sa femme se félicitent de leur sort et bénissent le roi qui les a retirés de leur premier état.

Celui-ci les appelle un jour et leur dit : « Vous voyez de quels avantages vous jouissez ici. Eh bien ! il ne tient qu’à ‘vous d’en jouir toujours et même d'en rendre participants vos enfants. Je ne mets à cette faveur qu’une condition. Vous pouvez manger de tout ce qui vous sera servi; toutefois je vous défends de toucher à un vase d'or fermé qui sera placé au milieu de la table.»

La condition est acceptée avec reconnaissance. Au premier repas, le vase d’or parait, en effet, au milieu du service et frappe vivement les

regards des convives, mais surtout de la femme.

1 repas suivant, elle le considère avec encore plus d'attention et conçoit un vif désir de voir ce qu’il contenait, Ce désir, non combattu, finit par entrainer sa volonté. « Depuis un mois que ce vase est sous mes yeux, dit-elle à son mari, tous les mets me sont insipides: je serais heu-

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reuse si je pouvais seulement voir ce qu’il contient : d’ailleurs mon intention n’est pas d’en manger.

—Gardez-vous d'une telle pensée, répond le mari, Car il nous en arriverait malheur.

—Mais, reprit-elle, nous pouvons bien toucher à ce vase sans qu’on nous aperçoive. Je vais regarder au-dedans, après quoi je serai satisfaite. »

Le mari, n'ayant pas le courage de la mécontenter, soulève lui-même le couvercle, pendant qu’elle avance la tête pour regarder. Mais au même instant une souris sort äu vase entr'ouvert, bondit sur la table, puis sur le parquet et se met à courir dans le salon.

La faute devenait évidente. Le roi en est instruit, et s'adressant aux coupables, il leur reproche d’un ton sévère leur désobéissance, et ajoute : « Vous mériteriez une terrible punition. Néanmoins je me bornerai à vous replacer dans la condition dont je vous ai tirés.

« Retournez à votr. »remier état,et désormais songez bien plus à vous condamner vous-mêmes qu'à murmurer contre nos premiers parents, qui, à votre place, eussent probablement été plus fidèles que vous.»

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