Quand mourut-il et à quel âge
Dix-huitième Leçon.
Au Bénin.
Quand j'entrepris mon voyage dans l'est de l'Afrique, un des premiers villages que mes amis et moi nous visitâmes, fut Akou dans le Bénin.
Nous y arrivâmes un soir et tout autour du village le terrain nous parut des plus fertiles. Les ananas, les bananiers, oranges, citrons, melons, pastèques y poussaient sans culture.
Au petit jour, je me levai pour aller observer de près quelques-uns des sujets les plus intéressants de la flore de la contrée que je n'avais fait qu'apercevoir la veille.
Le sol des environs d'Akou est peu élevé au-dessus du Niger, il est inondé chaque année, et le terrain noirâtre et comme tourbeux, toujours humide, est couvert de la plus belle végétation.
J'y distinguai quantité de poivriers sauvages, Yuvaria œthlopica se montrait également avec une grande abondance dans ces parages : c'est l'arbre le plus commun de cette partie de l'Afrique. Il est très estimé des nègres à cause de son fruit aromatique qui est connu en France sous le nom de poivre de Guinée des droguistes. Ses fruits sont réunis plusieurs ensemble sous un réceptacle globuleux porté à l'extrémité d'un long pédoncule ; les graines sont renfermées dans une pulpe sèche, très aromatique ; c'est cette pulpe desséchée qui constitue un condiment des plus agréables, elle a à peu près la saveur des quatre épiées de Madagascar.
Je me promenais depuis près d'une heure, glanant d'ici, de là, d'incomparables richesses pour mon herbier, lorsqu'à l'extrémité 'd'un petit enclos, une vieille négresse, que je rencon-
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trai m'offrit des galettes de maïs et un rayon de miel ; je goûtai à ce dernier et le trouvai supérieur à tous ceux dont j'avais mangé jusqu'à ce jour. C'était la première fois que je voyais du miel, depuis notre entrée dans le Bénin ; je demandai à la brave femme d'où venait cette récolte. — Maupataf Maupata ! me répondit-elle, et comme je lui faisais comprendre que je n'entendais pas sa réponse, elle me fit signe de la suivre. Elle me conduisit au fond de son enclos et me montra un arbre magnifique d'une hauteur d'environ cent vingt pieds, que je reconnus être le Parinarium excelsum. Quel ne fut pas mon étonnement, en l'examinant, de voir toutes ses branches garnies de ruches. Cet arbre gigantesque a cela d'extraordinaire qu'il est, pendant toute l'année, couvert d'une grande quantité de fleurs blanches qui, par leur odeur délicieuse, attirent un nombre prodigieux d'abeilles.
Pour retenir les abeilles sur cet arbre, les nègres suspendent aux branches des ruches de paille très bien faites. Les abeilles s'y précipitent avec empressement et les ont bientôt garnies de rayons.
J'achetai de la négresse quelques rayons de miel qu'elle m'enveloppa fort proprement dans des feuilles de bananier, et je repris lentement le chemin du village, dont je m'étais écarté de près de deux milles.
Le temps était splendide, le soleil qui commençait à monter à l'horizon avait complètement dissipé l'humidité de la nuit ; quand j'avais commencé ma promenade, toutes les feuilles d'arbres, tous les pétales de fleurs, étaient couverts de perles de rosée : en moins de rien chaque goutte d'eau s'était évanouie sous l'action de la chaleur ; les perruches, les. merles, les bengalis africains et toute une armée d'oisillons gazouillaient sur les tiges des cannes à sucre, dans le feuillage des arbres, dans les lianes, tandis que les écureuils noirs jouaient entre eux en passant de branche en branche, poursuivis parfois par ce petit
singe gris de Guinée, si pétillant de malice, qu'ils avaient troublé dans la grave occupation de son déjeuner.
Chaque maison possédait un jardin entouré d'un rempart naturel formé par un arbuste de la famille des palmiers qui s'élève tout au plus à la hauteur de dix à douze pieds. A l'aide de fortes épines qui garnissent l'extrémité de ses feuilles, il s'accroche à tous les corps environnants. Les feuilles mêmes qui pendent jusqu'à terre s'entortillent entre elles, de manière que chaque arbuste forme à lui seul un buisson impénétrable à toute espèce de gros animaux ; tout au contraire il sert de barrière et de rempart naturel aux fourmis, guêpes et oiseaux qui se réfugient sous son ombrage impénétrable pour échapper à leurs nombreux ennemis ; on ne saurait s'imaginer à quel point ce genre de clôture donne un aspect pittoresque à chaque case et par suite au village entier. Sur le seuil des demeures, les jeunes Béniniennes étaient occupées à traire de petites vaches aux cornes recourbées, et le liquide nacré s'élançait en sifflant dans une calebasse.
Je n'ai jamais su résister à un spectacle aussi engageant ; pour quelques cauris je reçus la permission d'approcher mes lèvres d'un des vases pleins de lait et je m'abreuvai à longs traits de la bienfaisante boisson, au grand ébahissement de toutes ces filles qui, comme c'est l'usage dans ces contrées, n'usaient du lait qu'à l'état de caillé, ou après l'avoir fait aigrir à l'aide de certains herbages.
Je pus constater que les noirs d'Akou étaient très riches en bestiaux, bœufs, vaches, chèvres, moutons, cochons, mais tout cela est d'assez petite taille. Ils cultivent presque tous le riz, le mil, le maïs, le coton et diverses espèces de légumes ; quelques-uns se livrent à la chasse et à la pêche. Leur village, comme tous ceux du Bénin, est très peuplé ; chaque case contient de douze à quinze individus. Les cases sont construites en bambous et roseaux serrés, fixés à des poteaux qui s'élèvent
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à cinq ou six pieds au-dessus du sol, et supportent un toit en paille de forme conique. Chaque case, pour les habitants ordinaires, ne consiste qu'en un rez-de-chaussée de six à quinze pieds de diamètre, où l'on entre par un trou carré tout bas, unique ouverture de la case ; l'intérieur est rarement divisé en plus de deux compartiments, n'ayant pour tous meubles que des espèces de claies recouvertes de nattes qui servent de lit. Sur l'arrière se trouve une petite cour, entourée d'une clôture très serrée dans laquelle on fait la cuisine.
La nourriture favorite des Béniniens est une espèce de pâte de millet, qu'ils nomment sanghou, et qui n'est en résumé qu'une espèce de couscous.
Les femmes chargées de ce soin pilent d'abord le millet dans des troncs d'arbre creusés en forme de mortier, puis elles dégagent la farine du son à l'aide d'un petit van circulaire fait avec les tiges minces et flexibles d'un roseau. Elles retirent ainsi deux sortes de farine ; l'une qui comprend la partie la plus grossière et la moins blanche est cuite à la vapeur dans un vase en terre ; la préparation est alors sèche et granuleuse et sert à faire le couscous, avec un assaisonnement de bouillon de volaille, de mouton ou de poisson, et de poivre de Guinée ; l'autre sorte se compose de la partie la plus fine et la plus blanche de la farine ; on l'accommode avec du lait et on la mange avec du caillé ; ce plat sert au repas du matin, le couscous est réservé pour les repas du soir.