A quel repas mange-t-on le couscous
Dix-neuvième Leçon.
Au Bénin (fin).
Autant que j'ai pu le remarquer, dans mon passage assez rapide sur cette partie du territoire béninien, les habitants sont de mœurs assez douces quand ils ne sont pas exaltés par la guerre ou les fêtes publiques pendant lesquelles ils se grisent d'un vin fait des fruits de certains palmiers. Mais quand ils sont animés soit par la guerre soit par l'ivresse ils se portent aux cruautés et aux excès les plus odieux. Dans ces circonstances, la vie de leurs prisonniers et de leurs esclaves ne compte plus pour eux, et c'est par centaines, par milliers même qu'ils égorgent ces malheureux. Les Béniniens sont en général bien faits, d'un tempérament robuste, d'une taille moyenne et bien prise, ils ont les cheveux noirs, crépus, laineux, mais très fins, les yeux noirs et bien fendus, les traits agréables et la barbe assez rare.
Les femmes sont mieux faites encore que les hommes, leur peau est d'une douceur et d'une délicatesse extrêmes et quelques-unes sont vraiment belles, mais comme presque toutes les femmes de ces côtes, depuis le Sénégal jusqu'à Saint-Paul-de- Loanda, au Congo, elles ont l'habitude de s'oindre les cheveux avec du beurre ou de la graisse qui, au bout de quelque temps,
deviennent rances et prennent une odeur peu agréable. Elles agissent ainsi afin de pouvoir peigner et tresser plus facilement leur chevelure.
Les hommes comme les femmes, pour tout vêtement, ne portent qu'un pagne en étoffe appelée guinée et qui est tissée dans le pays. Les femmes riches portent le pagne beaucoup plus long que les autres et en ramènent un pan sur leur tête.
Ce sont les jeunes filles et les femmes qui extraient du fruit de certains palmiers l'huile qui y est contenue et qui fait l'objet d'un des commerces les plus importants de l'Afrique.
Elles pilent ces fruits dans des mortiers de bois, détachent ainsi la pulpe oléagineuse qui adhère fortement au noyau et font bouillir l'espèce de pâte qu'elles obtiennent après l'avoir délayée dans une certaine quantité d'eau.
La partie oléagineuse forme à la surface de l'eau une pellicule plus ou moins épaisse qui, en se refroidissant, se fige et prend la consistance du beurre.
Ce produit a une couleur jaune opaque, et une saveur douce, assez semblable à celle de l'huile de coco fraîche ; mais, de même que cette dernière il rancit rapidement. Quand il vient d'être fabriqué, l'indigène s'en sert pour faire frire des poissons, des légumes et une espèce de galette de viande qu'il fait avec du mouton haché et des aubergines.
A une certaine distance, le village d'Akou me parut beaucoup plus considérable qu'il n'était, et tous les centres habités au Bénin offrent la même illusion au voyageur.
Cela tient à ce que chaque case possède, de l'autre côté de la cour qui sert à la cuisine, son grenier où on enferme les réserves de millet et autres grains servant à l'alimentation. Ces greniers sont couverts d'une sorte de toit en paille bien travaillée, semblable pour la forme à celui des maisons ordinaires, ce qui les fait confondre aisément avec les habitations,
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et souvent est cause que l'on donne à un village une importance double de celle qu'il a réellement.
Les populations du Bénin sont toujours en fêtes, il est rare qu'elles n'aient pas chaque semaine deux ou trois anniversaires à célébrer par des festins, des chants et des danses.
La grande fête qui affecte un caractère religieux et national est la fête de l'Igname qui se célèbre toutes les années au mois de septembre. En y ajoutant les innombrables solennités religieuses, fêtes des fétiches et de famille, on verra qu'il resterait peu de temps au Béninien pour se livrer au travail, s'il ne se déchargeait de ce soin sur les esclaves et les femmes.
L'igname est le légume le plus important du pays, on peut dire qu'elle joue chez les indigènes le rôle du pain chez nous. On célèbre sa fête quand elle entre en maturité.
Les chefs et les rois tributaires sont tenus d'y assister dans la capitale qui s'appelle Ouéni. Tous les excès sont de mise pendant cette fête ; chaque chef ou roi, en entrant à Ouéni, immole un ou plusieurs esclaves, selon son rang, puis il vient défiler avec tous les siens devant le roi sur la grande place garnie de canons. Le soir même commencent des scènes d'ivresse, qui ne cessent qu'au matin, pour recommencer au coucher du soleil. Dans tous les endroits importants de la ville, le roi fait placer d'énormes bassins pleins de vin de palmier et de jus fermenté d'oranges ; chacun vient y boire à son tour.
Le second jour est consacré aux affaires générales de l'Etat : le roi préside une sorte de diète de tous les chefs et rois, ses tributaires, et pendant ce temps-là, des sacrifices humains s'accomplissent dans tous les coins de la ville. Des esclaves sont immolés sur les sépultures royales et dans le sillon où on a récolté la première igname mûre. Au bout de dix jours de folies de toute espèce, le roi vient, accompagné de toute sa cour,
manger de l'igname nouvelle sur la place du marché, en présence de la foule, qui chante un hymne en l'honneur de la précieuse racine. Le lendemain, avec tous les habitants, le roi va faire ses ablutions solennelles dans le Forniose. On transporte sur les bords de la rivière son trône, ses armes, tons les objets qui sont à son usage personnel, et il les purifie d propres mains, avec des aspersions d'eau ; et chose étrange, en ce que cette tradition se retrouve au berceau de presque tous les peuples de l'Orient, le roi charge de tous les crimes, de toutes les fautes, de tous les péchés d'ordre religieux, qui ont été commis dans l'année, un bouc et un mouton qu'on lui amène, puis il les égorge et les jette à l'eau. Dans la croyance de tous, le fleuve emporte les deux victimes à la mer, et avec elles :;u:es les si-iiIImitS V: iri::.
Questions.