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Les Béniniens seront-ils un jour civilisés

Vingtième Leçon.

Michel-Ange Buonarotti.

ALtchel-Axge naquit auprès de Florence en 1474. Son père, qui était noble, lui fit donner une instruction solide, mais dès l'âge de 15 ans le jeune homme montra de si étonnantes dispositions pour le dessin, qu'il fallut le placer comme élève auprès d'un peintre célèbre. Celui-ci déclara au bout de quelques mois qu'il n'avait plus rien à lui apprendre. Le prince qui gouvernait alors Florence, Laurent de Atédicis, surnommé le Magnifique, aimait passionnément les arts et donnait dans son palais l'hospitalité aux plus grands artistes

de l'époque. Il s'attacha Michel- Ange et le traita avec tant de distinction que celui-ci se vit bientôt en butte à la jalousie de ses rivaux. L'un d'eux lui donna même un jour un coup de poing si violent au milieu du visage, que Michel-Ange en eut le nez écrasé, et conserva toute sa vie la marque de cette odieuse brutalité.

Après la mort de son protecteur, le jeune peintre, devenu célèbre à l'âge où les mieux doués commencent seulement à se faire remarquer, se mit à étudier la sculpture. Afin d'arriver à une connaissance plus approfondie du corps humain, il imagina de faire ce que nul n'avait osé tenter avant lui. Il se fit donner des cadavres de malheureux morts à l'hôpital ; on les apportait pendant la nuit dans son atelier, et là Michel- Ange les disséquait, afin d'apprendre la position des muscles qui mettent nos membres en mouvement. Il acquit ainsi toute la science d'un chirurgien expérimenté, ce qui lui permit de représenter le corps humain avec •une précision ^et une vérité extraordinaires. Avant lui, au contraire, les meilleurs artistes faisaient souvent des fautes de dessin grossières ; leurs personnages avaient ou des jambes trop longues ou des bras trop courts. Michel-Ange ne tomba jamais dans les mêmes erreurs.

Il avait une trentaine d'années à peu près et sa réputation était faite, lorsque le pape Jules II le fit venir à Rome. Ce pontife avait formé le projet de bâtir son propre tombeau. Il chargea Michel-Ange d'exécuter ce monument et accepta le plan grandiose que l'artiste lui proposa. L'édifice devait avoir la forme d'une pyramide, ses dimensions colossales, le grand nombre de statues qui devaient l'orner eussent fait de cette sépulture du grand pape l'un des monuments les plus admirables du monde entier. Malheureusement Michel-Ange n'eut pas le temps de l'achever : ce qui nous en reste, c'est-àdire le Moïse de Eome et les deux Captifs du Louvre, est digne d'une éternelle admiration.

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Pendant qu'il travaillait à cet ouvrage gigantesque, Michel- Ange eut besoin de parler au pape, et s'étant rendu trois fois au palais du Vatican où résidait Jules II, se vit refuser l'audience qu'il demandait. Comme tous les hommes supérieurs, l'artiste puisait dans la conscience de son génie la fierté qui convient au mérite. Indigné d'être traité comme un vulgaire solliciteur, il revint sans rien dire à son atelier, monta à cheval et partit pour Florence, laissant inachevés les travaux qu'il avait commencés. A cette nouvelle, le pape entre dans une grande colère et fait aussitôt partir à la poursuite du fugitif un courrier bien monté, qui devra lui porter l'ordre de revenir au plus vite. Michel- Ange est en effet rejoint par l'envoyé du pape, mais refuse d'obéir et poursuit sa route. Jules II alla, dit-on, jusqu'à menacer Florence d'une guerre, pour obliger le gouvernement de cette cité à s'entremettre afin de fléchir le ressentiment du sculpteur. Michel-Ange, qui avait d'abord songé à partir pour Constantinople, céda enfin pour épargner à sa patrie un conflit avec le saint-siège. Quand il se présenta devant Jules II, celui-ci lui jeta un regard furieux et l'accueillit avec des paroles sévères. Le sculpteur lui répondit avec la respectueuse fermeté qui convenait à sa propre dignité et au rang du souverain pontife. Un évêque, qui se trouvait présent, s'étant permis de faire quelques observations désobligeantes sur cette attitude qu'il ne jugeait pas assez humble u Taisez-vous, lui dit brusquement Jules II, vous n'êtes qu'un sot et vous ne devriez pas vous permettre de traiter de la sorte un si grand homme ! "

Quelques années plus tard, un des successeurs de Jules II chargea Michel-Ange de peindre la voûte d'une chapelle appelée la Chapelle Sixtine. Ces peintures, qui excitent encore aujourd'hui l'admiration de tous les visiteurs du Vatican, furent exécutées en vingt mois d'un labeur acharné, d'autant plus fatigant pour l'artiste, qu'il était obligé de travailler sur

un échafaudage et couché sur le dos. C'est dans cette même Chapelle Sixtine qu'il peignit plus tard, sur une immense muraille, le Jugement Dernier, œuvre magistrale qui compte plus de cent personnages représentés dans les attitudes les plus diverses, et où apparaît la connaissance approfondie que Michel-Ange avait acquise de la structure du corps humain.

Dans les dernières années de sa longue vie, Michel-Ange abandonna la peinture et la statuaire, auxquelles il devait tant de beaux triomphes, pour l'architecture où il ne se montra pas inférieur à lui-même. C'est lui qui donna les plans de cette admirable coupole de Saint-Pierre, le plus vaste dôme qui existe dans le monde entier. La croix dont elle est surmontée repose sur une boule qui, d'en bas, paraît grosse comme un ballon d'enfant : dix personnes peuvent cependant y tenir à l'aise. Bien peu de monuments, si l'on en excepte l'obélisque de Washington, la grande Pyramide d'Egypte et les clochers des cathédrales de Cologne et de Strasbourg, atteignent cette énorme hauteur de 132 mètres.

L'artiste extraordinaire dont le génie presque surhumain plane encore sur son siècle, mourut à l'âge de 90 ans. On raconte que dans les derniers mois de sa vie, étant devenu presque aveugle, il se faisait conduire dans un musée et prenait plaisir à promener ses mains tremblantes sur de belles statues pour se consoler, en les touchant, d'être privé du plaisir de les voir. Avant de rendre le dernier soupir, il dit à un de ses amis qui l'interrogeait sur ses volontés suprêmes " qu'il léguait ses biens à sa famille, son corps à la terre, son âme à Dieu." On lui fit de magnifiques funérailles à Florence, où son corps repose aujourd'hui dans une église réservée à la sépulture des plus grands hommes de l'Italie. Le nom de ce puissant artiste est, comme celui de l'illustre Dante, un des plus dignes d'être proposés à l'admiration des hommes. Il y aurait du reste plus d'un trait de ressemblance à signaler dans

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le mâle et vigoureux génie des deux grands Florentins. Peutêtre même l'artiste se sentait-il uni au poète par on ne sait quelle secrète parenté d'esprit, car il avait pour lui une admiration passionnée. Il lisait souvent la Divine Comédie et l'on sait que pour exécuter son fameux Jugement dernier, il s'inspira des sombres peintures contenues dans V Enfer de Dante.

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