Que fit-elle cependant quand la guerre fut décidée
23. Quand et combien de fois envoya-t-elle à Saint Louis de l'argent et
des hommes ?
24. Quelle résolution prit-elle quand il lui devint impossible d'en envoyer
davantage ?
25. Kacontez l'anecdote qui montre la fermeté de caractère de cette
reine.
Vingt-sixième Leçon. 123
Yingt-sixième Leçon.
Trois Reines illustres.
Catherine II de Russie.
Catherine II surnommée La Grande est née à Stettin (Poméranie) le 2 mai 1729. En 1745 elle éponsa son cousin le duc Charles de Holstein que sa tante la czarine Elisabeth avait adopté comme héritier, et on stipula dans le contrat que Catherine succéderait au trône si son époux mourait sans héritier. La jeune princesse était vive, légère, enjouée et rien n'annonçait en elle la femme extraordinaire qui devait, plus tard, étonner le monde par l'énergie de son caractère et la grandeur de ses entreprises. Elle nous dit cependant dans ses mémoires qu'en entrant en Russie elle s'était dit : " Je régnerai seule ici." Aussi à peine arrivée, elle se mit activement à étudier la religion grecque et la langue russe, les deux instruments essentiels pour réussir auprès de cette nation sur laquelle elle aspirait à régner. Elle s'attacha aussi à plaire à l'impératrice et à toutes les personnes influentes. Comme tous les grands ambitieux, elle savait se plier à tout, assouplir son orgueil et ramper en quelque sorte pour préparer plus sûrement son élévation. En même temps, elle se formait l'esprit et se trempait le caractère par les lectures les plus sérieuses ; P. Bayle, Plutarque, Tacite, Voltaire étaient ses écrivains préférés. En 1754, elle eut un fils qui régna sous le nom de Paul Ier. Le 5 janvier 1762, la mort d'Elisabeth amena le règne éphémère du triste époux de Catherine, Pierre III. Il y avait entre les deux époux une antipathie profonde qui était causée par l'humeur fantasque et grossière du Czar et par l'esprit d'indépendance de Catherine. Pierre en arriva à vouloir la répudier. Menacée du divorce, de la prison et
peut-être de la mort, elle prévint le châtiment qui l'attendait en se précipitant dans la révolte ouverte et en faisant éclater au grand jour le complot qu'elle tramait depuis si longtemps et avec tant d'habileté. Par les soins des frères Orloff et d'autres nobles puissants, une révolution militaire amena la déposition du malheureux Pierre III, après six mois de règne, et l'élévation au trône de Catherine, non comme régente, mais comme souveraine (9 juillet 1762). Quelque chose de plus que les intrigues particulières avait amené ce résultat : c'était la haine du peuple contre Pierre qui affectait de mépriser la Russie, tandis que Catherine s'était donnée corps et âme à sa patrie d'adoption et avait réussi à gagner le clergé, la noblesse et l'armée, c'est-à-dire toutes les forces vives de la nation.
Elle justifia en quelque sorte son usurpation, d'abord par la modération avec laquelle elle usa de la victoire, ensuite par les progrès qu'elle a fait faire à la Russie dans les voies de la civilisation. Voltaire l'a surnommée la Sémiramis du Nord. On peut dire, en restant dans la réalité historique, qu'elle fut un second Pierre le Grand et le continuateur de son œuvre.
Aucun des amis et des partisans de Pierre III ne fut inquiété ; soit politique, soit modération naturelle, Catherine ne commit aucun acte de rigueur; chose nouvelle en Russie, et même dans l'Europe entière, qu'une révolution aussi considérable qui s'accomplissait sans effusion de sang.
Pierre avait été enfermé à Ropscha, domaine impérial situé à peu de distance de Saint-Pétersbourg et c'est là que peu de jours après la révolution, Grégoire Orloff, son frère Alexandre et quelques uns de leurs amis5 étranglèrent le malheureux prince, après l'avoir préalablement empoisonné. On a accusé Catherine d'avoir ordonné la mort de son mari, mais il n'y a aucune preuve de ce fait. Il est certain cependant qu'elle accepta le fait accompli, qui affermissait son pouvoir, et que les meurtriers furent comblés de richesses et d'honneurs.
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Elle se consacra alors tout entière à son œuvre d'Etat, à la grandeur politique, au rôle qu'elle ambitionnait d'être le plus grand empereur qui eût régné en Russie depuis Pierre Ier. Elle y réussit pleinement ; ses actions justifièrent ses desseins et son ambition se légitima dès son entrée dans la toute-puissance. Elle rappela beaucoup d'exilés, abolit la torture, améliora le rôle des serfs, encouragea le commerce et l'agriculture, fonda des hôpitaux, des villes, des manufactures, des écoles, des établissements de bienfaisance, entreprit de réformer l'administration, les impôts et la jurisprudence, ébaucha un grand nombre d'œuvres et d'institutions qui restèrent inachevées, par suite de cette impatiente ambition de la gloire qui la poussait sans cesse à de nouvelles entreprises et lui permettait à peine d'improviser hâtivement ses créations. Les commencements de son règne furent d'ailleurs difficiles. La haine qu'on portait à Pierre III avait favorisé son usurpation ; mais une réaction eut lieu presque aussitôt : des complots sans cesse renaissants, les murmures du peuple et des troupes menacèrent le pouvoir de l'impératrice, mais elle se montra supérieure à tout ; elle domina toutes les oppositions, toutes les hostilités et en triompha par un mélange d'énergie, d'habileté, d'audace et de machiavélisme profond.
Dans sa politique extérieure, elle mit toute sa gloire au développement de la puissance russe, à la continuation de l'œuvre de Pierre le Grand. L'affaiblissement de la Pologne, la destruction de l'empire ottoman et le rétablissement de l'empire Byzantin au profit de la Russie, tels furent les principaux desseins dont elle poursuivit la réalisation avec une ténacité et une énergie extraordinaires. Elle mit trente ans à accomplir l'œuvre de destruction de la Pologne tandis qu'en même temps elle faisait le guerre contre les Turcs. Elle conquit sur ces derniers la presqu'île de Crimée et la mer Noire fut ouverte à la marine russe.
Les entreprises de Catherine, ses guerres, ses tentatives de réforme, la protection qu'elle accordait aux sciences, aux lettres et à la philosophie, son esprit libéral, audacieux et novateur, le rôle qu'elle était parvenue à jouer dans les conseils de la diplomatie européenne, firent oublier ses défauts. La Russie la surnomma Mère de la patrie, et l'Europe, la Grande. Voltaire l'accabla de flatteries poétiques, lui donna, comme nous l'avons dit, le titre de Sémiramis du Nord, et s'écria avec un enthousiasme un peu exagéré :
C'est du Nord aujourd'hui que nous vient la lumière !
Elle répondait à cet engouement en créant l'Académie russe (1783), en chargeant des savants de faire des voyages scientifiques dans toutes les parties de son empire et en appelant à la cour les philosophes et les penseurs de tous les pays.
Cette femme extraordinaire, qui aspirait à tous les genres de gloire et qui a même écrit plusieurs ouvrages en Français, parmi lesquels ses Mémoires, mourut en 1796 et son fils Paul Ier lui succéda.