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Quelle est votre opinion sur Napoléon III

Vingt-huitième Leçon.

Vie de Bernard Palissy.

Les poteries ordinaires se font avec une terre particulière, l'argile, qu'on pétrit et qu'on fait ensuite chauffer au soleil ou dans un four. Ainsi se font les briques. L'argile employée pour les poteries fines et pour la belle porcelaine se nomme kaolin. On la trouve surtout en Saxe. Les poteries grossières, lorsqu'elles sont recouvertes d'un enduit brillant et limpide comme le verre, dit émail, portent le nom de céramiques. La céramique est donc l'art de couvrir les poteries de cet enduit, qu'on obtient en mélangeant à l'argile ou au kaolin certains métaux que le feu du four vitrifie. L'art de la céramique paraît avoir été ignoré des anciens. On en attribue l'invention chez les modernes à Lucca délia Eobia qui vivait à Florence à la fin du XIVe siècle et qui mourut en 1430. La famille de Lucca propagea sa découverte en Italie. Diverses villes, Sienne, Faenza, Viterbe rivalisèrent bientôt ; mais la prééminence sembla appartenir à Faenza qui donna son nom aux nouvelles poteries ; les faïences. L'Italie avait précédé les autres pays, et longtemps elle garda non seulement le premier rang dans cette nouvelle fabrication, mais le secret même de son art. Le musée de Sèvres contient de nombreux échantillons des fabriques italiennes de Sienne, de Faenza et de Viterbe, remarquables par l'éclat des couleurs et la perfection des dessins que l'artiste pétrissait dans l'argile avant de les exposer au feu. Bernard Palissy enleva à l'Italie le secret de cette fabrication, et il produisit à son tour des œuvres qui ne le cèdent en rien à celles de ses devanciers : mais avant d'arriver à ces résultats, il passa par une longue série d'épreuves que lui-même a racontées.

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♦ Bernard Palissy naquit vers 1510. Comme il était pauvre,

il dut apprendre de bonne heure un métier pour vivre ; il se fit ajusteur- vitrier, c'est-à-dire qu'il travailla aux vitraux qui ornent les églises et les palais, apprenant ainsi les premiers éléments de la peinture et de la verrerie, dont il devait plus tard tirer tant de profit. Mais le métier n'était guère productif. L'apprenti vitrier se fit géomètre ou arpenteur, voyageant de ville en ville, de village en village, sans, trouver la fortune, ni même l'aisance. En 1535 il se marie, et alors adieu les voyages ! C'est à cette époque qu'on lui montra une coupe de terre émaillée d'une telle beauté que " dès lors, dit-il, sans avoir égard que je n'avais nulle connaissance des terres argileuses, je me mis à chercher les émaux, comme un homme qui tâte en ténèbres."

Ce fut en tâtonnant en effet, et après bien des expériences sans résultat, que Bernard Palissy trouva enfin le secret du grand art. "Le voilà, nous dit un de ses biographes, recherchant, pilant toute sorte de substances, les mélangeant, en recouvrant des débris de poteries qu'il soumet à la chaleur du four des potiers ordinaires, puis au feu plus puissant des verriers ; ensuite installant un fourneau dans sa propre maison, prenant à ses gages un ouvrier potier, à qui, faute d'argent, il se voit une fois obligé de donner en payement ses propres habits ; tournant seul, pour broyer ses matériaux, un moulin qui exigeait ordinairement la force de deux puissants hommes ; se déchirant les doigts en reconstruisant son four, que le feu avait fait éclater, et dont le mortier et la brique s'étaient liquéfiés et vitrifiés, en sorte qu'il est forcé pendant plusieurs jours, comme il le dit, de manger son potage ayant les doigts enveloppés de linges : poussant la conscience et le zèle du chercheur jusqu'à tomber sans connaissance quand il s'aperçoit qu'une fournée sur laquelle il avait compté présentait de nombreux défauts. Cet enfantement d'une magnifique découverte

par la seule initiative d'un homme qui s'était dit qu'il réussirait, et qui pour atteindre au but supporta héroïquement tant de misères, tant de privations, tant d'humiliations, ne dura pas moins de quinze années."

La misère noire était venue. Palissy était toutes les nuits à la merci des pluies et des vents, sans aucun secours, aide, ni consolation, sinon des chiens qui hurlaient d'un côté et des chats-huants qui criaient de l'autre. "Il m'arriva plusieurs fois, raconte-t-il, qu'ayant tout quitté, n'ayant rien de sec sur moi, à cause des pluies qui étaient tombées, je m'en allais coucher à minuit ou au point du jour, accoutré de telle sorte, comme un homme qu'on aurait traîné par tous les bourbiers de la ville, et en m'en allant ainsi j'allais titubant, sans chandelle, et tombant d'un côté et d'autre, comme un homme qui serait ivre de vin, rempli de grandes tristesses, d'autant qu'après avoir longuement travaillé, je voyais mon labeur perdu." Tantôt les fournées étaient trop cuites, tantôt elle ne l'étaient pas assez. Un jour, n'ayant plus rien pour alimenter la flamme, il brûla ses meubles. "J'étais dans des angoisses telles que je ne saurais en donner l'idée: j'étais tout tari et desséché par le labeur et par la chaleur du fourneau; il y avait plus d'un mois que ma chemise n'avait séché sur moi, et même ceux qui auraient dû me secourir allaient crier par la ville que je faisais brûler le plancher, et par tel moyen on me faisait perdre mon crédit et on me regardait comme fou."

Sa femme l'accablait de ses plaintes, et en se rappelant toutes ces persécutions, et les idées de suicide qui lui vinrent plusieurs fois, il s'écrie qu'il s'étonne comment il a pu survivre à tant d'ennuis. "J'allais tout baissé, comme un homme couvert de honte." Quelle tristesse dans cette seule phrase et que d'humiliations et de douleurs elle révèle ! Palissy avait enfin pu construire avec du mortier et des cailloux un four qui lui avait coûté cent vingt écus? tout ce

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qu'il possédait : le four éclata, et on ne lui offrit des débris que huit francs ; cette fois il est atterré ; il se met au lit malade, désespéré. C'était la dernière épreuve : ses souffrances eurent enfin un terme. Après quinze ans de lutte, Bernard Palissy put triompher.

Son triomphe fut aussi complet que les déceptions avaient été grandes. Protégé par de puissants seigneurs, présenté par eux à la reine Catherine de Médicis et au roi Henri II, loué, admiré et fêté, Bernard Palissy, qui avait embrassé la religion protestante, fut épargné lors des massacres des protestants dans la nuit de la Saint-Barthélémy; il fut logé aux Tuileries, où il se fit construire un atelier. Dans des fouilles faites aux Tuileries en 1865 et plus tard en 1878 on a retrouvé de nombreux fragments de poteries, de fours et d'instruments qui ont servi à Palissy. Mais aussi quel art parfait il apportait jusque dans ses moindres œuvres ! Non seulement il excellait par la qualité des céramiques, mais c'est surtout la variété des sujets et leur vérité qu'il faut admirer. Ce sont des personnages humains, des monstres, des poissons, des coquillages, les dess;ns les plus divers que Palissy pétrissait de ses mains dans l'argile, et qui, sous l'action de la chaleur, prenaient un puissant éclat.

Palissy mourut en 1589. Son œuvre a été dispersée, mais du moins le musée de Cluny et le musée de la manufacture de Sèvres possèdent de nombreuses poteries qui lui sont attribuées ; c'est dans ce dernier que se trouve le plat fameux désigné sous le nom de baptême du Christ.

Palissy ne fut pas seulement un grand artiste : il fut aussi un savant géologue. Les théories qu'il émit sur les diverses couches de notre terre ne furent point admises des contemporains, mais la postérité les a en partie adoptées. Il avait étudié cette science, non dans les livres, puisque nul avant lui n'émit cette théorie, mais alors qu'il était arpenteur, comme

il avait appris la peinture quand il travaillait aux vitraux. Ainsi il ne dut toute sa science qu'à un travail incessant et à une persévérance qui ne se démentit jamais.

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