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Etes-vous atteint de la manie de collectionner

Trentième Leçon.

Vie de Henri IV.

Henri IV, roi de France et de Navarre, était fils d'Antoine de Bourbon et de Jeanne d'Albret, fille elle-même d'Henri d'Albret, roi de Navarre. Il naquit le 13 décembre 1553 au château de Pau, et il mourut assassiné à Paris, le 14 mai 1610, à l'âge de cinquante-sept ans. Il est peu de rois dont le nom soit resté aussi populaire. Henri doit cette popularité à son cou-

rage, à son esprit et au bien qu'il fit à son royaume. Après une série de princes incapables et cruels, la France trouvait enfin un roi actif, intelligent, bon et soucieux de son honneur et de ses intérêts. Il y joignait quelques défauts mais il fut pourtant un des meilleurs rois de France. Ses heureuses qualités étaient dues en partie à l'éducation de son enfance, et en partie aussi à un excellent naturel. Le 18 août 1572 il épousa la sœur du roi .Charles IX, et six jours après, dans la nuit du 24 août, par l'ordre du roi, les protestants étaient massacrés à Paris et dans toutes les grandes villes. Ce sont les massacres de la Saint-Barthélémy, ainsi nommés parce que le 24 août est consacré dans le calendrier catholique à saint Barthélémy.

Cependant la race des Valois s'éteignit. Le dernier, Henri III, fut tué par un moine en 1589. Henri de Navarre, descendant de saint Louis, se trouvait être le prince le plus rapproché du trône. Sa religion cependant était un obstacle à ce qu'il fût accepté de tous comme roi et les Parisiens n'étaient point disposés à accepter comme roi un protestant. Henri se vit abandonné des seigneurs malgré le mot d'un d'entre eux, de Crillon, qui lui dit : " Sire, vous êtes le roi des braves, et vous ne serez abandonné que des poltrons."

Il lui fallut faire la conquête de sa couronne. Il avait à lutter contre les catholiques qui avaient formé une vaste association appelée "la Ligue," et qui étaient soutenus par l'Espagne. Heureusement le chef de la Ligue, Mayenne, était un général vain et incapable, on disait de lui qu'il "passait plus de temps à table qu'Henri n'en passait au lit ; " le roi le battit à Arques, puis quelque temps après à Ivry. Le soir de la victoire d'Arqués, Henri écrivit à son ami Crillon : " Pends-toi, brave Crillon, on a vaincu sans toi." Avant la bataille d'Ivry il dit aux siens : " Si vous perdez vos enseignes, ralliez-vous autour de mon panache

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blanc, vous le trouverez toujours au chemin de l'honneur et de la victoire."

Deux fois de 1589 à 1593 il mit le siège devant Paris : deux fois il échoua; mais il eut du moins l'occasion de montrer sa bonté pendant le second siège. Les Parisiens souffraient d'une atroce famine ; le roi permit qu'on laissât passer des sacs de farine pour les nourrir.

Cependant la guerre civile ruinait le royaume ; les ligueurs ne voulaient point se soumettre, l'Espagne se préparait à faire payer cher son intervention ; il n'y avait qu'un moyen de tout terminer, puisque Henri n'avait pu conquérir de force Paris ; c'était l'abjuration du roi. Henri le comprit ; et renonçant au protestantisme, il se fit catholique. L'argent lui servit à désarmer encore ceux que son changement de religion n'avait point satisfaits. Il dépensa beaucoup à acheter ces soumissions, et comme on le félicitait de ce qu'on lui avait rendu son royaume, il répondit : " Dites plutôt qu'on me l'a bien vendu." Mais dès que les ligueurs furent soumis il oublia le passé, et la seule vengeance qu'il tira de Mayenne, le chef de la Ligue, fut bien innocente. Ce seigneur étant allé trouver le roi, Henri se promena avec lui dans les jardins du château en marchant longtemps et très vite. Mayenne, qui était gros, sua bientôt et parut tout essoufflé. Lorsque le roi le vit bien fatigué, il lui dit en souriant: "Voilà, mon cousin, la seule vengeance que je veux prendre de vous."

Il lui restait encore à vaincre les Espagnols ; il les battit près de Dijon, les chassa de la Bourgogne, de la Picardie, et en 1598 il les contraignit à faire la paix. Quelques semaines avant de signer la paix avec l'Espagne, Henri avait rédigé VEdit de Nantes qui accordait aux protestants le droit de pratiquer en toute liberté leur culte. C'était la première fois qu'on reconnaissait à chaque Français le droit de penser et de prier à sa guise ; aussi Henri IV est-il à bon droit regardé

comme un des rois qui ont le mieux compris la tolérance religieuse.

La même année vit donc finir la guerre civile et la guerre étrangère ; mais le royaume, troublé par près de quarante ans de guerres était dans un triste état. Il fallait rétablir l'ordre, ramener la prospérité. Ce fut l'œuvre des dernières années du règne. Henri fut habilement secondé de ce côté par son jjreinier ministre et ami le duc de Sully. Au bout de quelques années la prospérité était telle qu'un ambassadeur espagnol déclarait au roi qu'il ne reconnaissait plus le royaume qu'il avait autrefois vu si misérable : " C'est qu'alors, répondit Henri, le père de famille n'y était pas." Le duc de Savoie admirait aussi l'abondance revenue en France, et demandait au roi ce que valait, c'est-à-dire ce que rapportait le royaume : " Il me vaut, dit Henri, ce que je veux ; oui, ce que je veux, parce qu'ayant le cœur de mon peuple, j'en aurai ce que je voudrai, et si Dieu me donne encore de la vie, je ferai qu'il n'y aura point de laboureur en mon royaume qui n'ait moyen d'avoir une poule dans son pot ; mais aussi je ne manquerai point d'avoir de quoi entretenir des gens de guerre pour mettre à la raison tous ceux qui choqueront mon autorité." Cette réponse était d'autant plus habile que le duc de Savoie était de ceux qui pouvaient essayer d'ébranler l'autorité royale. D'ailleurs l'es£jrit est un trait saillant du caractère de ce prince appelé communément le Béarnais Tjarce la ville de Pau où il est né se trouve dans l'ancienne province du Béarn (département des Basses-Pyrénées). Nous avons cité sa lettre à Crillon, le soir de la bataille d'Arqués ; il signait d'autres lettres: "je vous aime à tort et à travers," pour indiquer que son affection n'avait rjoint de bornes.

Tout le monde connaît l'anecdote d'Henri surpris par l'ambassadeur espagnol, lorsque pour faire jouer ses enfants il se mettait à genoux portant son fils aîné sur le dos, tandis que

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sa fille le tirait par le cordon de l'ordre du Saint-Esprit : '•Tous êtes père, monsieur l'ambassadeur?" dit le roi. — '•'Oui. sire." — -En ce cas je puis continuer."

Cependant ce roi si bon et si sage a été plus aimé apr-- sa mort que de son vivant. Il sentait bien qu'il en serait ainsi, et il disait à ses courtisans et aux seigneurs : ;- Vous me regretterez quand je ne serai plus là."

Le 14 mai 1610. à la veille d'entreprendre une guerre considérable, il allait voir son ministre Snlly qui était malade. quand il fut assassiné par Eavaillac. qu'un contemporain appelle un monstre vomi de l'enfer. C'était la dix-septième fois qu'on tentait de le tuer.

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