Dans quelles circonstances fut-il assassiné
Trente et unième Leçon.
Pierre le Grand.
Pierre Ier est le véritable fondateur de l'empire de Russie. Avant lui, la Russie n'était point considérée comme un état européen. Les mœurs grossières et barbares des Russes, les
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luttes sans cesse renaissantes parmi eux, tout contribuait à les faire regarder comme étrangers à l'Europe. Des quatre mers qui baignent la Eussie, une seule, la mer Blanche, était entièrement russe ; c'était la moins favorable au développement du commerce et de la civilisation, car elle est presque constamment couverte d'énormes glaçons ; la seconde, la mer Caspienne, était en partie au pouvoir de la Perse ; la troisième, la mer Noire avec la mer d'Azof, qui en est la continuation, était au pouvoir de peuplades musulmanes ; la quatrième, la mer Baltique, appartenait aux Suédois. Pierre Ier allait conquérir les pays que baigne la Baltique, et commencer la conquête des rives de la mer Caspienne et de la mer Noire. Mais il ne fut pas seulement un conquérant ; il fut aussi un législateur et il s'efforça de faire pénétrer en Eussie les idées, le commerce et la civilisation des peuples occidentaux. Après lui, la Eussie était un grand État qui intervint dans toutes les affaires européennes, et cette puissance n'a fait depuis que croître.
Pierre était fils d'Alexis qui régna de 1645 à 1676, il naquit le 30 mai 1672. Alexis laissa à sa mort quatre enfants, trois fils dont Pierre était le plus jeune, et une fille Sophie. L'aîné, Fœdor, eut le titre de czar ; mais il mourut bientôt après, et il désigna pour lui succéder ses deux frères Ivan et Pierre. Comme ils étaient encore très jeunes, leur sœur Sophie s'empara du pouvoir. Pierre fut relégué au château de Preobrajenskoë. Là, entouré de quelques aventuriers, il préparait sa grandeur future. Il avait déjà une intelligence vive, une volonté forte et persévérante, le désir de tout voir, de tout savoir, de tout connaître. Bientôt il enrôla ses compagnons et en forma le corps appelé de Preobrajenskoë qui est encore un des régiments d'élite de la Eussie ; avec eux il marcha sur Moscou et il renversa le pouvoir de sa sœur. Sophie avait pour elle une troupe privilégiée, les Strélitz, qui faisaient et
défaisaient les souverains. Pierre triompha par la force des Strélitz ; il fit arrêter leurs chefs, et plus tard à la suite d'une nouvelle émeute, il acheva la destruction de cette milice turbulente, en faisant massacrer les rebelles. La chute de Sophie, qui fut enfermée dans un couvent, marque le commencement du règne de Pierre. Quant au troisième fils d'Alexis, Ivan, Pierre le prit pour collègue ; ce prince, qui était très faible d'esprit, montra d'ailleurs pour son frère autant d'affection que d'admiration.
Pierre, avide de s'instruire, voulut connaître les mœurs, les usages des peuples occidentaux. Il accomplit deux grands voyages hors de ses Etats. La première fois, il parcourut l'Allemagne, la Hollande et l'Angleterre, mais il ne vint pas en France. Afin de pouvoir satisfaire amplement sa curiosité, sans être gêné par les honneurs qu'on lui aurait rendus s'il s'était présenté comme empereur, il se fit appeler Pierre Mikhaïlof. Il s'occupait de toutes choses; il visitait les ateliers de construction des navires hollandais ; à Saardam, sous le nom de maître Pierre, il logea chez un forgeron et mania la hache des charpentiers ; dans une papeterie, il fit du papier. Il répétait sans cesse : " Je dois voir." A Londres, il s'instruisit sur le commerce, sur les vaisseaux. Une révolte qui éclata à Moscou le rappela précipitamment dans ses Etats.
Il fit un nouveau voyage, quand il eut vaincu le roi de Suède, Charles XII, et cette fois il vint en France. Le roi Louis XIV était mort depuis dix-huit mois; son successeur était un enfant, Louis XV, et le royaume était gouverné par le duc d'Orléans. On accueillit fort bien l'empereur de Russie ; on mit à sa disposition un palais, des voitures, des officiers; Pierre visita les Gobelins, l'Observatoire, l'hôtel des Monnaies où il vit frapper devant lui une médaille à son effigie avec l'inscription en latin: "Il prend des forces en
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marchant ; " il entra dans les magasins et les boutiques, admirant les richesses et l'industrie de la France. On dit que devant la statue de Richelieu, il s'arrêta en s'écriant: " 0 grand homme, je te donnerais la moitié de mes Etats, pour apprendre de toi à administrer l'autre."
Cependant ses allures étranges toujours, souvent familières et grossières, étonnèrent et déplurent. Dans sa visite au jeune roi, il prit cet enfant dans ses bras au grand étonnement des courtisans ; au lieu des carrosses de la cour, il prenait la première voiture venue ; quand il entra dans le palais qu'on avait mis à son usage, son premier soin, dit-on, fut de faire jeter les matelas sur le plancher pour ne point coucher sur des lits trop moelleux.
Il voulut donner aux Russes les arts, l'industrie et le commerce qui leur manquaient. Il attira dans ses Etats des marchands étrangers ; ils y fondèrent des fabriques de produits chimiques, de tapisseries, des manufactures de draps et de laines. Il encouragea l'agriculture et la culture de la vigne et du mûrier. Il établit à Saint-Pétersbourg une académie et il envoya explorer la Sibérie orientale, jusqu'alors mal connue. La Russie avait des soldats mal armés, mal disciplinés, et manquant de toute éducation militaire, et elle n'avait pas de marine. Pierre organisa l'armée. Pour donner l'exemple de la discipline, et surtout de la subordination, il voulut passer par tous les grades ; dans les cérémonies qui eurent lieu pour célébrer la prise d'Azof, on vit l'Empereur suivre en qualité de simple capitaine un de ses généraux ; il voulut également passer par tous les grades inférieurs dans la marine. Mais la création importante de ce grand souverain, celle qui atteste à la fois son génie et son obstination, est la fondation de Saint- Pétersbourg. Il fit construire cette ville nouvelle au milieu des marais qu'il fallut dessécher, sur une rivière, la Neva, dont il fallut régler le cours capricieux et au milieu des provinces
qu'il fallut conquérir sur les Suédois. Mais Saint-Pétersbourg était en face de la mer, au fond du golfe de Finlande ; elle devait attirer les étrangers et mettre les Eusses en communication directe avec l'Occident. Pour la peupler, le czar ordonna aux principaux seigneurs ou boyards d'y avoir chacun une maison, et lui-même en fit la capitale du nouvel Empire.
Cependant Pierre ne triompha pas sans résistance. Pour mieux faire prévaloir le nouvel esprit ou l'esprit de réforme, il combattit les abus et aussi les vieux usages. Il fit aussi la guerre aux nobles et aux prêtres qu'il soumit à son autorité. Les adversaires de ses réformes soutinrent d'abord contre lui Sophie qu'il tint étroitement enfermée dans un couvent, puis les Strélitz se révoltèrent ; Pierre les vainquit, et on dit qu'à la suite d'un festin, il fit amener devant lui leurs chefs dont il abattit lui-même les têtes ; on lui opposa à la fin son propre fils Alexis. Le czar fit arrêter le jeune prince qui s'était sauvé à l'étranger, et il lui fit faire son procès comme si c'eût été un accusé ordinaire ; le jeune prince mourut à la suite des tortures qu'on lui infligea. Si Pierre n'avait pas reculé devant le châtiment d'un pareil coupable, que ne devaient pas craindre ses autres ennemis ?
La Eussie devint alors un des plus grands Etats de l'Europe. Pierre, à la suite d'une guerre contre les Turcs, soumit une partie de la Eussie méridionale ; puis, s'étant uni aux ennemis du roi de Suède, Charles XII, il battit ce roi à la grande bataille de Pultava, et lui enleva les provinces qu'il possédait sur les côtes orientales de la mer Baltique.
Il mourut en 1725, à l'âge de cinquante-trois ans. On a pu lui reprocher, avec raison, ses cruautés, mais la Eussie lui a attribué justement sa grandeur et sa puissance.
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PIERRE LE GRAIND.
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