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Nommez quelques grands hommes qui y sont ensevelis

47. Le peuple anglais a-t-il eu raison d'honorer ce grand homme ?

48. Y a-t-il en France quelque chose de correspondant à l'abbaye de

Westminster ?

49. Quels étaient les traits principaux du caractère de Livingstone ?

50. Qui admirez-vous le plus, Livingstone ou Stanley, et pourquoi ?

Trente-cinquième Leçon.

Ary S chef fer.

Ary Scheffer naquit à Dordrecht (Hollande), en 1794. Naturalisé Français à l'occasion des événements politiques qui incorporèrent momentanément la Hollande à l'Empire, vers 1808, il ne renia point sa seconde patrie et fut envoyé tout jeune à Paris par son père — peintre lui-même d'assez gracieux talent — pour y faire ses études.

Il entra dans l'atelier de Pierre Guérin, où il eut pour camarades Géricault et Delacroix. Ses aptitudes étaient merveilleuses et l'on fondait déjà sur lui, à peine adolescent, les plus glorieuses espérances. Malheureusement, son père étant venu à mourir, il se trouva trop vite, avec une mère presque sans ressources et deux frères en bas âge, le seul soutien de la famille.

Il eût eu sans doute beaucoup à apprendre encore, mais le temps ne lui était plus laissé de se livrer aux seules préoccupations de l'art. Il fallait vivre; il fallait faire vivre les

siens. Aussi se mit-il aussitôt à brosser courageusement d'innombrables toiles " commerciales."

Son maître, Pierre Guérin, l'ayant un jour surpris en cette occupation très relativement artistique, lui dit avec une certaine rudesse :

— Vous avez tort, vraiment, mon pauvre Scheffer, d'abandonner ainsi la grande peinture. Nous étions tous unanimes à pronostiquer votre succès et, de gaieté de coeur, vous vous dépouillez vous-même de la gloire qui vous était promise !

A quoi, le jeune peintre ne put que répondre, les larmes aux yeux :

— Maître, j'aime ma mère. ... Et j'ai besoin d'argent pour les petits !

Ces nécessités matérielles ralentirent, en effet, l'essor de son génie et laissèrent à jamais son éducation inachevée.

Les années de jeunesse d'Ary Scheffer furent d'ailleurs assez agitées. Il se mêla quelque peu à la politique sous la Restauration et fut affilié à diverses sociétés secrètes.

Après 1830, cependant, le bouillant révolutionnaire crut voir dans la royauté de Louis-Philippe le gouvernment constitutionnel de ses rêves. Presque célèbre alors, il se trouva lié d'amitié avec la famille d'Orléans et devint même le professeur des enfants du prince royal.

Mais il avait conservé, dans ces hautes relations, sa fierté démocratique, son amour-propre inquiet et soupçonneux des mauvais jours.

Sa susceptibilité était extraordinaire, et il se plaisait, parfois, à donner des leçons de dignité, — qui n'étaient pas toujours indispensables, — à ceux de ses protecteurs qui lui avaient paru tenter de l'humilier.

Une fois, par exemple, étant en compagnie du duc d'Orléans, je ne sais quelle parole de ce dernier, mal interprétée peut-être, avait commencé à lui faire froncer les sourcils, lors-

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qu'un marchand de chevaux, interrompant la conversation, vint proposer au prince l'achat d'un merveilleux alezan. Il s'agissait d'une somme de 10,000 francs.

Habitué aux idées d'économie de son père, le duc d'Orléans, tout en manifestant son admiration pour la bête et son regret de ne la pouvoir acquérir, déclara tout d'un coup que sa bourse ne lui permettait pas de risquer une telle dépense.

— Qu'à cela ne tienne ! dit alors Scheffer au marchand, je le prends, moi, à ce prix, votre cheval !

C'était une folie, car le peintre n'était pas très riche encore, et son travail seul pouvait fournir, non sans gêne, de quoi solder pareille dette. Mais il avait été ravi de se poser là en rival d'un prince et de venger une offense imaginaire.

Un peu plus tard, après la mort du duc d'Orléans, il fréquentait assez assidûment chez sa veuve, où il était admis du reste dans une flatteuse intimité.

Seul, de toute la famille, le jeune comte de Paris ne témoignait à l'artiste qu'un très médiocre respect. Ary Scheffer, paraît-il, ne lui plaisait pas. Et. chaque fois qu'il en trouvait l'occasion, l'enfant s'amusait à donner au peintre, le long des jambes, de petits coups de pied sournois.

Le jeu s'était déjà renouvelé trois ou quatre fois lorsqu'un jour, plus agacé que de coutume, l'artiste résolut d'y mettre fin. Comme l'héritier présomptif de la couronne s'approchait de lui, dans un coin du salon, pour recommencer son manège, Scheffer, faisant semblant de jouer avec lui, attrapa la jambe qu'il lui tendait, puis ayant détruit ainsi son équilibre, le fit tomber en disant :

— Souviens-toi de cela, mon petit. Si jamais tu deviens roi, tu sauras au moins comment on fait la culbute !

Aux journées de juin 1848, Ary Scheffer se battit aux barricades pour le compte du gouvernement. Mais il eut la dignité de refuser la croix de commandeur de la Légion

d'Honneur qui lui fut offerte à ce propos. Il mourut à Argenteuil en 1858.

Tel fut l'homme. L'artiste est plus connu. On sait, qu'en dehors de ses tableaux religieux, il puisa ses meilleures inspirations dans les œuvres de Gœthe. Faust, Marguerite, Mignon furent ses personnages favoris. Il a été pardessus tout le peintre de Marguerite. Sa Marguerite au Rouet, la première, est d'un sentiment exquis, d'une composition harmonieuse, d'un rendu saisissant. Marguerite à l'Eglise est également bien touchante dans sa gracieuse simplicité. Elle incarne admirablement le type de la vierge allemande, de l'héroïne conçue par Gœthe.

Le génie appelle le génie comme l'abîme appelle l'abîme. Gœthe a inspiré à la fois Scheffer et Gounod. Gounod a été le chantre de Marguerite, Ary Scheffer en restera le peintre inimitable.

Ernest Renan avait épousé la fille de ce grand peintre et le fils du philosophe a reçu le nom de baptême de Ary.

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