RELIGION DES GRECS
Les dieux, revêtus de son autorité, impriment le mouvement à l'univers, et sont les auteurs des phénomènes qui nous étonnent.
Tous les matins une jeune déesse ouvre les portes de l'Orient, et répand la fraîcheur dans les airs , les fleurs dans la campagne , les rubis sur la route du soleil. A cette annonce la terre se réveille et s'apprête à recevoir le dieu qui lui donne tous les jours une nouvelle vie : il paraît, il se montre avec la magnificence qui convient au souverain des cicux ; son char, conduit par les Heures , vole et s'enfonce dans l'espace immense, qu'il remplit de flammes et de lumière. Dès qu'il parvient au palais delà souveraine des mers, la Nuit, qui marche éternellement sur ses traces , étend ses voiles sombres , et attache des feux sans nombre à la voûte céleste. Alors s'élève un autre char dont la clarté douce et consolante porte les cœurs sensibles à la rêverie; une déesse le conduit : elle vient en silence recevoir les tendres hommages d'Endymion. Cet arc qui brille de si riches couleurs, et qui se courbe d'un point de l'horizon à l'antre, ce sont les traces lumineuses du passage d'Iris qui porte à la terre les ordres de Junon. Ces vents agréables, ces tempêtes horribles, ce sont des génies qui tantôt se jouent dans les airs , tantôt luttent les uns contre les autres pour soulever les flots. Au pied de ce coteau est une grotte , asile de la fraîcheur et de la paix ; c'est là qu'une nymphe bienfaisante verse de son urne intarissable le ruisseau qui fertilise la plaine voisine; c'est de là qu'elle écoute les vœux de la jeune beauté qui vient contempler ses attraits dans l'onde fugitive. Entrez dans ce bois sombre; ce n'est ni le silence ni la solitude qui occupe votre esprit : vous êtes dans la demeure des dryades et des sylvains, et le secret effroi que vous éprouvez est l'effet de la majesté divine.
De quelque côté que nous tournions nos pas , nous sommes en présence des dieux ; nous les trouvons au dehors, au dedans de nous; ils se sont partagé l'empire des âmes , et dirigent nos penchants : les uns président à la guerre ou aux arts de la paix , les autres nous inspirent l'amour de la sagesse ou celui des plaisirs ; tous chérissent la justice et protègent la vertu : trente mille divinités dispersées au milieu de nous veillent continuellement sur nos pensées et sur nos actions. Quand nous
«6 LECTURES d'histoire ANCIENNE. — GRÈCE.
faisons le bien, le ciel augmente nos jours et notre bonheur ; il nous punit quand nous faisons le mal. A la voix du crime, Némésis et les noires Furies sortent en mugissant du fond des enfers ; elles se glissent dans le cœur du coupable et le tourmentent jour et nuit par des cris fu-
. nèbres et perçants. Ces cris sont les remords. Si le scé-
^ lérat néglige, avant sa mort, de les apaiser par les cérémonies saintes, les Furies, attachées à son âme comme Il leur proie , la traînent dans les gouffres du Tartare : car les anciens Grecs étaient généralement persuadés que l'âme est immortelle ; et telle était l'idée que, d'après les Egyptiens, ils se faisaient de cette substance si peu connue.
L'âme spirituelle, c'est-à-dire l'esprit ou l'entendement, est enveloppée d'une âme sensitive, qui n'est autro chose qu'une matière lumineuse et subtile, image fidèle de notre corps , sur lequel elle s'est moulée, et dont elle conserve à jamais la ressemblance et les dimensions. Ces deux âmes sont étroitement unies pendant que nous vivons : la mort les sépare ; et tandis que l'âme spirituelle monte dans les cieux, l'autre âme s'envole, sous la conduite de Mercure, aux extrémités de la terre, où senties enfers, le trône de Pluton et le tribunal de Minos. Abandonnée de tout l'univers , et n'ayant pour elle que ses actions , l'âme comparaît devant ce tribunal redoutable ; elle entend son arrêt et se rend dans les Champs-Elysées , ou dans le Tartare.
Les Grecs, qui n'avaient fondé le bonheur des dieux que sur les plaisirs des sens , ne purent imaginer d'autres avantages pour les Champs-Elysées qu'un climat délicieux et une tranquillité profonde , mais uniforme : faibles avantages qui n'empêchaient pas les âmes vertueuses de soupirer après la lumière du jour, et de regretter leurs passions et leurs plaisirs.
Le Tartare est le séjour des pleurs et du désespoir : les
, coupables y sont livrés à des tourments épouvantables ; des vautours cruels leur déchirent les entrailles ; desroues brûlantes les entraînent autour de leur axe. C'est là que Tantale expire à tout moment de faim et de soif , au milieu d'une onde pure, et sous des arbres chargés
, de fruits ; que les filles de Danatis sont condamnées à remplir un tonneau d'où l'eau s'échappe à l'instant , et Sisyphe à fixer sur le haut d'une montagne un rocher