‹ Lectures d'histoire ancienneChapitre 11 sur 70 · RELIGION DES GRECS · texte numérisé non relu

RELIGION DES GRECS

qu'il soulève avec effort , et qui , sur le point de parvenir au terme, retombe aussitôt de lui-même. Des besoins insupportables , et toujours aigris par la présence des objets propres à les satisfaire; des travaux toujours les mêmes, et éternellement infructueux : quels supplices! L'imagination qui les inventa avait épuisé tous les raflinements de la barbarie pour préparer des châtiments au crime, tandis qu'elle n'accordait pour récompense à la vertu qu'une félicité imparfaite et empoisonnée par des regrets. Serait-ce qu'on ait jugé plus utile de conduire les hommes par la crainte des peines que par l'attrait du plaisir ; ou plutôt , qu'il est plus aisé de multiplier les images du malheur que celles du bonheur?

Ce système informe de religion enseignait un petit nombre de dogmes essentiels au repos des sociétés ; l'existence des dieux, l'immortalité de l'âme, des récompenses pour la vertu, des châtiments pour le crime ; il pi-escrivait des pratiques qui pouvaient contribuer au maintien de ces vérités, les fêtes et les mystères ; il présentait à la politique des moyens puissants pour mettre à profit l'ignorance et la crédulité du peuple, les oracles, Tart des augures et des devins; il laissait enfin à chacun la liberté de choisir parmi les traditions anciennes , et de charger sans cesse de nouveaux détails l'histoire et la généalogie des dieux ; de sorte que l'imagination ayant la liberté de créer des faits, et d'altérer par des prodiges ceux qui étaient déjà connus, répandait sans cesse dans ses tableaux l'intérêt du merveilleux, cet intérêt si froid aux yeux de la raison , mais si plein de charmes pour les enfants et pour les nations qui commencent à naître. Les récits d'un voyageur au milieu de ses hôtes , d'un père de famille au milieu de ses enfants , d'un chantre admis aux amusements des rois, s'intriguaient ou se dénouaient par l'intervention des dieux, et le système de la religion devenait insensiblement un système de fictions et de poésie.

Dans le même temps, les fausses idées qu'on avait sur la physique enrichissaient la langue d'une foule d'images. L'habitude de confondre le mouvement avec la vie, et la vie avec le sentiment, la facilité de rapprocher certains rapports que les objets ont entre eux , faisaient que les êtres les plus insensibles prenaient dans le discours une âme ou des propriétés qui leur étaient étrangères : l'épée

68 LECTURES d'histoire ANCIENNE. — GRÈCE.

était altérée du sang de rennemi ; îe trait qui vole , impatient de le répandre ; on donnait des ailes à tout ce qui fendait les airs, à la foudre , aux vents , aux flèches, au son de la voix ; l'Aurore avait des doigts de rose, le Soleil des tresses d'or, Thétys des pieds d'argent. Ces sortes de métaphores furent admirées , surtout dans leur nouveauté ; et la langue devint poétique, commme toutes les langues le sont dans leur origine.

Barthélémy. — Voyage d'Anacharsis, introduction, l" partie.

Jeux Olympiques,

Les jeux Olympiques , institués par Hercule , furent , après une longue interruption, rétablis par les conseils "du célèbre Lycurgne , et par les soins d'Iphitus , souverain d'un canton de l'Elide. Cent huit ans après, on inscrivit pour la première fois, sur le registre public des Eléens, le nom de celui qui avait remporté le prix à la course du stade ; il s'appelait Gorébus. Cet usage continua; et de là cette suite de vainqueurs dont les noms, indiquant les différentes Olympiades, forment autant de points fixes pour la chronologie. On allait célébrer les jeux pour la cent sixième fois lorsque nous arrivâmes à Elis.

A la petite pointe du jour , nous nous rendîmes au stade. Il était déjà rempli d'athlètes qui préludaient aux combats, et entouré de quantité de spectateurs : d'autres, en plus grand nombre, se plaçaient confusément sur la colline qui se présente en amphithéâtre au-dessus de la carrière. Des chars volaient dans la plaine ; le bruit des trompettes, le hennissement des chevaux se mêlaient aux cris de la multitude ; et lorsque nos yeux pouvaient se distraire de ce spectacle, et qu'aux mouvements tumultueux de la joie publique nous comparions le repos et le silence de la nature, alors quelle impression ne faisaient pas sur nos âmes la sérénité du ciel , la fraîcheur délicieuse de l'air, l'Alphée qui forme en cet endroit un superbe canal, et ces campagnes fertiles qui s'embellissaient des premiers rayons du soleil !

Un moment après nous vîmes les athlètes interrompre leurs exercices, et prendre le chemin de l'enceinte sacrée. Nous les y suivîmes , et nous trouvâmes dans la chambre du sénat les huit présidents des jeux , avec des

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