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habits magnifiques et toutes les marques de leur dignité. Ce fut là qu'au pied d'une statue de Jupiter, et sur les membres sanglants des victimes, les athlètes prirent les dieux à témoin qu'ils s'étaient exercés pendant dix mois aux combats qu'ils allaient livrer. Ils promirent aussi de ne point user de supercherie et de se conduire avec honneur : leurs parents et leurs instituteurs firen t le même serment.
Après cette cérémonie , nous revînmes au stade. Les athlètes entrèrent dans la barrière qui le précède, s'y dépouillèrent entièrement de leurs habits, mirent à leurs pieds des brodequins, et se firent frotter d'huile par tout le corps. Des ministres subalternes se montraient de tous côtés, soit dans la carrière , soit à travers les rangs multipliés des spectateurs pour y maintenir l'ordre.
Quand les présidents eurent pris leurs places , un héraut s'écria : « Que les coureurs du stade se présentent. » Tl en parut aussitôt un grand nonibre qui se placèrent sur une ligne, suivant le rang que leur sort leur avait assigné. Le héraut récita leurs noms et ceux de leur patrie. Si ces noms avaient été illustrés par des victoires précédentes, ils étaient accueillis avec des applaudissements redoublés. Après que le héros eut ajouté : « Quelqu'un » peut-il reprocher à ces athlètes d'avoir été dans les fers, » ou d'avoir mené une vie irrégulière? » il se fit un silence profond , et je me sentis entraîné par cet intérêt qui remuait tous les cœurs, et qu'on n'éprouve pas dans les spectacles des autres nations. Au lieu de voir , au commencement de la lice, des hommes du peuple prêts à se disputer quelques feuilles d'olivier, je ne vis plus que des hommes libres , qui , par le consentement unanime de toute la Grèce , chargés de la gloire ou de la honte de leur patrie , s'exposaient à l'alternative du mépris ou de l'honneur, en présence de plusieurs milliers de témoins qui rapportaient chez eux les noms des vainqueurs et dos vaincus. L'espérance et la crainte se peignaient dans les regards inquiets des spectateurs ; elles devenaient plus vives à mesure qu'on approchait de l'instant qui devait les dissiper. Cet instant arriva. La trompette donna le signal; les coureurs partirent, et dans un clin d'œil parvinrent à la borne où se tenaient les présidents des jeux. Le héraut proclama le nom de Porus de €;yrène, et mille bouches le répétèrent.
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L'honneur qu'il obtenait est le premier et le plus brillant de ceux qu'on décerne aux jeux Olympiques, parce que la course du stade simple est la plus ancienne de celles qui ont été admises dans ces fêtes. Elle s'est, dans la suite des temps, diversifiée de plusieurs manières. Nous la vîmes successivement exécuter par des enfants qui avaient à peine atteint leur douzième année, et par des hommes qui couraient avec un casque , un bouclier et des espèces de bottines.
Le lendemain, nous allâmes de bonne heure à l'hippodrome , où devaient se faire la èourse des chevaux et celle des chars. Les gens riches peuvent seuls livrer ces combats, qui exigent en effet la plus grande dépense. On voit dans toute la Grèce des particuliers se faire une occupation et un mérite de multiplier l'espèce des chevaux propres à la course, de les dresser et de les présenter au concours dans les jeux publics. Gomme ceux qui aspirent aux prix ne sont pas obligés de les disputer euxmêmes, souvent les souverains et les républiques se mettent au nombre des concurrents, et confient leur gloire à des écuyers habiles. On trouve sur la liste des vainqueurs : Théron, roi d'Agrigente; Gélon et Hiéron, rois de Syracuse ; Archélaûs, roi de Macédoine ; Pausanias , roi de Lacédémone ; Glisthène, roi de Sicyone ; et quantité d'autres, ainsi que plusieurs villes de la Grèce. Il est aisé de juger que de pareils rivaux doivent exciter la plus vive émulation. Ils étalent une magnificence que les particuliers cherchent à égaler, et qu'ils surpassent quelquefois. On se rappelle encore que dans les jeux où Alcibiade fut couronné , sept chars se présentèrent dans la carrière au nom de ce célèbre Athénien , et que trois de ces chars obtinrent le premier, le second et le quatrième prix.
Pendant que nous attendions le signal, on nous dit de regarder attentivement un dauphin de bronze placé au commencement de la lice , et un aigle de même métal posé sur un autel au milieu de la barrière. Bientôt nous vîmes le dauphin s'abaisser et se cacher dans la terre , l'aigle s'élever les ailes déployées, de se montrer aux spectateurs ; un grand nombre de cavaliers s'élancer dans l'hippodrome, passer devant nous avec la rapidité d'un éclair, tourner autour de la borne qui est à l'extrémité,
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les uns ralentir leur course, les autres la précipiter, jusqu'à ce que l'un d'entre eux, redoublant ses efforts , eût laissé derrière lai ses concurrents affligés.
Le vainqueur avait disputé le prix au nom de Philippe, roi de Macédoine, qui aspirait à toutes les espèces de ^ gloire, et qui en fut tout à coup si rassasié, qu'il demandait à la Fortune de tempérer ses bienfaits par une disgrâce. En effet, dans l'espace de quelques jours, il remporta cette victoire aux jeux Olympiques ; Parménion , un de ses généraux , battit les Illyriens ; Olympias , son épouse, eut un fils : c'est le célèbre Alexandre.
Après que des athlètes à peine sortis de l'enfance eurent fourni la même carrière , elle fut remplie par quantité de chars qui se succédèrent les uns aux autres. Ils étaient attelés de deux chevaux dans une course, de deux poulains dans une autre, enfin de quatre chevaux dans la dernière, qui est la plus brillante et la plus glorieuse de toutes.
Pour en voir les préparatifs , nous entrâmes dans la barrière ; nous y trouvâmes plusieurs chars magnifiques, retenus par des câbles qui s'étendaient le long de chaque file, et qui devaient tomber l'un après l'autre. Ceux qui les conduisaient n'étaient vêtus que d'une étoffe légère. Leurs coursiers, dont ils pouvaient à peine modérer l'ardeur, attiraient tous les regards par leur beauté , quelques-uns par les victoires qu'ils avaient déjà remportées. Dès que le signal fut donné , ils s'avancèrent jusqu'à la seconde ligne, et, s'étant ainsi réunis avec les autres lignes , ils se présentèrent tous de front au commencement de la carrière. Dans l'instant on les vit, couverts de poussière, se croiser, se heurter, entraîner les chars avec une rapidité que l'œil avait peine à suivre. Leur impétuosité redoublait, lorsqu'ils se trouvaient en présence de la statue d'un génie qui, dit-on , les pénètre d'une terreur secrète ; elle redoublait, lorsqu'ils entendaient le son bruyant des trompettes placées auprès d'une borne , fameuse par les naufrages qu'elle occasionne. Posée dans ; la largeur de la carrière, elle ne laisse, pour le passage des chars, qu'un défilé assez étroit, où l'habileté des guides vient très souvent échouer. Le péril est d'autant plus ; redoutable , qu'il faut doubler la borne jusqu'à douze . fois ; car on est obligé de parcourir douze fois la longueur de l'hippodrome , soit en allant , soit en revenant.
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A chaque évolution il survenait quelque accident qui excitait des sentiments de pitié ou des rires insultants de la part de l'assemblée. Des chars avaient été emportés hors de la lice ; d'autres s'étaient brisés en se choquant avec violence : la carrière était parsemée de débris qui rendaient la course plus périlleuse encore. Il ne restait plus que cinq concurrents: un Thessalien, un Libyen, un Syracu clin , un Corinthien et un Thébain. Les trois premiers étaient sur le point de doubler la borne pour la dernière fois. Le Thessalien se brise contre cet écueil : il tombe embarrassé dans les rênes; et tandis que ses chevaux se renversent sur ceux du Libyen qui le serrait de près , que ceux du Syracusain se précipitent dans une ravine qui borde en cet endroit la carrière, que tout retentit de cris perçants et multipliés, le Corinthien et le Thébain arrivent /saisissent le moment favorable , dépassent la borne , pressent de l'aiguillon leurs coursiers fougueux, et se présentent aux juges, qui décernent le premier prix au Corinthien et le second au Thébain.
Il me reste à parler des exercices qui demandent plus de force que les précédents , tels que la lutte , le pugilat, le pancrace et le pentathle. Je ne suivrai point l'ordre dans lequel ces combats furent donnés, et je commencerai par la lutte.
On se propose , dans cet exercice , de jeter son adversaire par terre , et de le forcer à se déclarer vaincu. Les athlètes qui devaient concourir se tenaient dans un portique voisin : ils furent appelés à midi. Ils étaient au nombre de sept : on jeta autant de bulletins dans une boîte placée devant les présidents des jeux. Deux de ces 'bulletins étaient marqués, de la lettre a , deux autres de la lettre b , deux autres d'un c , et le septième d'un d. On les agita dans une boîte ; chaque athlète prit le sien, et l'un des présidents appareilla ceux qui avaient tiré la môme lettre. Ainsi il y eut trois couples de lutteurs et le septième fut réservé pour combattre contre les vainqueurs des autres. Us se dépouillèrent de tout vêtement, et, api'ès s'être frottés d'huile, ils se roulèrent dans le sable, afin que leurs adversaires eussent moins de prise en voulant les saisir.
Aussitôt un Thébain et un Argien s'avancent dans le