JEUX OLYMPIQUES. 7S
stade : ils s'approchent , se mesurent des yeux , et s'empoignent par les bras. Tantôt appuyant leur front l'un contre l'autre, ils se poussent avec une action égale, paraissent immobiles , et s'épuisent en efforts superflus ; tantôt ils s'ébranlent par des secousses violentes , s'en; trelacent comme des serpents , s'allongent, se raccourcissent, se plient en avant, en arrière, sur les côtés : une sueur abondante coule de leurs membres affaiblis : ils respirent un moment , se prennent par le milieu du corps, et, après avoir employé de nouveau la ruse et la force, le Thébain enlève son adversaire ; mais il plie sous le poids : ils tombent, se roulent dans la poussière et reprennent tour à tour le dessus. A la fln, le Thébain, par l'entrelacement de ses jambes et de ses bras, suspend tous les mouvements de son adversaire qu'il tient sous lui, le serre à la gorge, et le force à lever la main pour marque de sa défaite. Ce n'est pas assez néanmoins pouç obtenir la couronne ; il faut que le vainqueur terrasse au moins deux fois son rival , et communément ils en viennent trois fois aux mains. L'Argien eut l'avantage dans la seconde action, et le Thébain reprit le sien dans la troisième.
Après que les deux autres couples de lutteurs eurent achevé leurs combats , les vaincus se retirèrent accablés de honte et de douleur. Il restait trois vainqueurs , urî Agrigentin, un Ephésien, et le Thébain dont j'ai parlé: Il restait aussi un Rhodien que le sort avait réservé. Il avait l'avantage d'entrer tout frais dans la lice ; mais il ne pouvait remporter le prix sans livrer plus d'un combat. Il triompha de l'Agrigentin, fut terrassé par l'Ephésien, qui succomba sous le Thébain : ce dernier obtint la palme. Ainsi une première victoire doit en amener d'autres; et , dans un concours de sept athlètes , il peut arriver que le vainqueur soit obligé de lutter contre quatre antagonistes, et d'engager avec chacun d'eux jusqu'à trois actions différentes.
Il n'est pas permis, dans la lutte , de porter des coups à son adversaire ; dans le pugilat, il n'est permis que de le frapper. Huit athlètes se présentèrent pour ce dernier exercice, et furent, ainsi que les lutteurs, appareillés par le sort. Ils avaient la tête couverte d'une calotte d'airain, ^t leurs poings étaient assujettis par des espèces de gan-
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tolets , formés de lanières de cuir qui se croisaient en tous sens.
Les attaques furent aussi variées que les accidents qui les suivirent. Quelquefois on voyait deux athlètes faire divers mouvements pour n'avoir pas le soleil devant les yeux , passer des heures entières à s'observer , à épier chacun l'instant où son adversaire laisserait une partie de son corps sans défense , à tenir leurs bras élevés , étendus de manière à mettre leur tête à couvert , à les agiter rapidement pour empêcher l'ennemi d'approcher. Quelquefois ils s'attaquaient avec fureur et faisaient pleuvoir l'un sur l'autre une grêle de coups. Nous en vîmes qui, se précipitant les bras levés sur leur ennemi prompt à les éviter, tombaient pesamment sur la terre et se brisaient tout le corps ; d'autres qui, épuisés et couverts de blessures mortelles, se soulevaient tout à coup et prenaient de nouvelles forces dans leur désespoir ; d'autres enfin, qu'on retirait du champ de bataille n'ayant sur le visage aucun trait qu'on pût reconnaître, et ne donnant d'autre signe de vie que le sang qu'ils vomissaient à gros bouillons.
Je frémissais à la vue de ce spectacle ; et mon âme s'ouvrait tout entière à la pitié, quand je voyais de jeunes enfants faire l'apprentissage de tant de cruauté : car on les appelait aux combats de la lutte et du ceste avant que d'appeler les hommes faits. Cependant les Grecs se repaissaient avec plaisir de ces horreurs ; ils animaient par leurs cris ces malheureux acharnés les uns contre les autres ; et les Grecs sont doux et humains ! Certes , les dieux nous ont accordé un pouvoir bien funeste et bien humiliant : celui de nous accoutumer à tout, et d'en venir au point de nous faire un jeu de la barbarie ainsi que du vice.
Les exercices cruels auxquels on élève ces enfants les épuisent de si bonne heure, que, dans les listes des vainqueurs aux jeux Olympiques, on en trouve à peine deux ou trois qui aient remporté le prix dans leur enfance et dans un âge plus avancé.
Dans les autres exercices, il est aisé de juger du succès : dans le pugilat, il faut que l'un des combattants avoue sa défaite. Tant qu'il lui reste un degré de force, il ne désespère pas de la victoire, parce qu elle peut dépendre de ses efforts et de sa fermeté. On nous raconta qu'un