JEUX OLYMPIQUES
chiloque (1), et destiné à relever la gloire des vainqueurs et l'éclat de cette cérémonie. Après que les spectateurs eurent joint, à chaque reprise, leurs voix à celles des musiciens , le héraut se leva , et annonça que Porus de Cyrène avait remporté le prix du stade. Cet athlète se présenta devant le chef des présidents, qui lui mit sur la tête une couronne d'olivier sauvage, cueillie, comme toutes celles qu'on distribue àOlympie, sur un arbre qui est derrière le temple de Jupiter, et qui est devenu par sa destination l'objet de la vénération publique. Aussitôt toutes ces expressions de joie et d'admiration, dont oa l'avait honoré dans le moment de sa victoire, se renouvelèrent avec tant de force et de profusion, que Porus me parut au comble de la gloire. C'est en effet à cette hauteur que tous les assistants le voyaient placé ; et je n'étais plus surpris des épreuves laborieuses auxquelles se soumettent les athlètes, ni des effets extraordinaires que ce concert de louanges a produits plus d'une fois. On nous disait, à cette occasion, que le sage Ghilon expira de joie en embrassant son iils qui venait de remporter la victoire, et que l'assemblée des jeux Olympiques se fit un devoir d'assister à ses funérailles.
Ces éloges donnés aux vainqueurs sont quelquefois troublés ou plutôt honorés par les fureurs de l'envie. Aux acclamations publiques, j'entendis quelquefois se mêler des sifflements, de la part de plusieurs particuliers nés dans les villes ennemies de celles qui avaient donné le jour aux vainqueurs.
A ces traits de jalousie, je vis succéder des traits non moins frappants d'adulation ou de générosité. Quelquesuns de ceux qui avaient remporté le prix à la course des chevaux et des chars faisaient proclamer à leur place des
(\) Archiloqiie, poëte lyrique distingué, naquit dans l'île de Paros, vers le raiiieu du huitième siècle avant J.-C. Horace nous a laissé sur lui un vers qui caractérise à merveille la méchanceté de son caractère, et qui lui attribue, peutiire à tort, l'invention de l'ïambe : Archilocum p'oprio rabies armavit iambo. Il avait en vue les attaques injurieuses de ce poëte contre Lycambe, qui oe tiut pas sa promesse de lui donner en mariage sa fille Néobule. Quant ^ux détails sur la vie d'Aichiluque, ils manquent à peu près complètement. Nous savons seulement qu'il osait se vanter d'avoir fui dans une bataille pour mieux se soustraire à la mort; qu'il fut chassé de Sparte, où Ton ne pouvait s'accommoder ni de tels propos ni de tels exemples; et qu'il mourut vers 685, ou assassiné, ou tué dans une bataille. L'hymne qu'il chanta lui-même aux jeux Olympiques en l'honneur d'Hercule passe pour sa plus belle composition.
7$ LECTURES d'histoire ANCIENNE. — ORtCE.
personnes dont ils voulaient se ménager la faveur ou conserver l'amitié. Les athlètes qui triomphent dans les autres combats, ne pouvant se substituer personne, ont aussi des ressources pour satisfaire leur avarice ; ils se disent, au moment de la proclamation, originaires d'un ville de laquelle ils ont reçu des présents, et risquent ainsi d'être exilés de leur patrie, dont ils ont sacrifié la gloire.
Le jour même du couronnement, les vainqueurs offrirent des sacrifices en actions de grâces. Ils furent inscrits dans les registres publics des Eléens, et magnifiquement traités dans une des salles du Prytanée (1). Les jourssuivants, ils donnèrent eux-mêmes des repas, dont la musique et la danse augmentèrent les agréments. La
Î)oésie fut ensuite chargée d'immortaliser leurs noms ; et a sculpture, de les représenter sur le marbre ou sur Fairain , quelques-uns dans la même attitude où ils avaient remporté la victoire.
Suivant l'ancien usage, ces hommes, déjà comblés d'honneurs sur le champ de bataille, rentrent dans leur patrie avec tout l'appareil du triomphe, précédés et suivis d'un cortège nombreux, vêtus d'une robe teinte en pourpre, quelquefois sur un char à deux ou à quatre chevaux, et par une brèche pratiquée dans le mur de la ville. On cite encore l'exemple d'un citoyen d'Agrigente , en Sicile, nommé Exénète, qui parut dans cette ville sur un char magnifique, et accompagné de quantité d'autres chars, parmi lesquels on en distinguait trois cents attelés de chevaux blancs.
En certains endroits, le trésor public leur fournit une subsistance honnête; en d'autres, ils sont exempts de toute charge ; à Lacédémone, ils ont l'honneur, dans un jour de bataille, de combattre auprès du roi ; presque partout ils ont la préséance à la représentation des jeux ; et le titre de vainqueur olympique, ajouté à leur nom, leur concilie une estime et des égards qui font le bonheur de leur vie.
Quelques-uns font rejaillir les distinctions qu'ils re-
(1) A Athènes, le Prytanée était un monument dont une des destinations consistait à entretenir, aux frais de l'Etat, les hommes que leurs services avaient rendus dignes de cet honneur. Par extension , les villes grecques appelaient ainsi les asiles ouverts à ceux de leurs grands citoyens qu'elles honoraient d'une semblable faveur.
CONSEIL DES AMPHJCTYONS. 70
çoivent sur les chevaux qui les leur ont procurées ; ils leur ménagent une vieillesse heureuse ; ils leur accordent une sépulture honorable ; et quelquefois même ils élèvent des pyramides sur leurs tombeaux.
Barthélémy. — - Voyage d'Anacharsis, ch. 38.
LITTÉRATURE ET ARTS. — Poésie : les Olympiques, de Pindare. Nous y ajoutons, comme se rapportant à un thème analogue , les Pythiques , les Isthmiques et les Néméennes du même poëtc. — Rappelons ici que le gouvernement allemand fait exécuter depuis plusieurs années à Olympie des fouilles très fructueuses.
Conseil des amphictyons.
L'assemblée des amphictyons était comme la tenue des états de la Grèce (1). On en attribue l'établissement à Amphictyon, roi d'Athènes, et fils de Deucalion, qui leur donna son nom. Sa première vue, en établissant cette compagnie, fut de lier par les nœuds sacrés de l'amitié les différents peuples de la Grèce qui y étaient admis, et de les obliger, par cette union, à entreprendre la défense les uns des autres, et à veiller ainsi mutuellement au bonheur et à la tranquillité de leur patrie. Les amphictyons furent aussi créés pour être les protecteurs de l'oracle de Delphes, et les gardiens des richesses prodigieuses de ce temple, et pour juger les différends qui pouvaient survenir entre les Delphiens et ceux qui venaient consulter l'oracle. Ce conseil se tenait aux Thermopyles, et quelquefois à Delphes même ; et il s'assemblait régulièrement deux fois l'année , au printemps et en automne, et plus souvent, quand les affaires l'exigeaient.
On ne sait point précisément le nombre des peuples ni des villes qui avaient droit de séance dans cette assemblée, et il varia sans doute selon les temps. Lorsque les Lacédémoniens, pour s'y rendre maîtres des délibérations , voulurent en exclure les Thessaliens , les Argiens et les Thébains, Thémistocle, dans le discours qu'il prononça devant les amphictyons pour rompre cette
(1) « Sur le modèle du conseil amphictyonique des Thermopyles s'en formèrent bientôt cinq autres, à la fin des temps de première civilisation. Ces conseils particuliers étaient placés à Delphes , à Oncheste en Béotie , dans l'ile d'Ëubee, à Tisthme de Corinthe, à Calaurie » (Â. Poirson).
entreprise, semble insinuer qu'il n'y avait alors que trente et une villes qui eussent ce droit.
Chaque ville envoyait deux députés , et avait par conséquent dans les délibérations deux voix ; et cela sans distinction, et sans queles plus puissantes eussentaucune prérogative d'honneur, ni aucune prééminence sur les plus petites par rapport aux suffrages , la liberté dont se piquaient ces peuples demandant que tout fût égal parmi eux.
Les amphictyons avaient plein pouvoir de discuter et de juger en dernier ressort les différends qui survenaient entre les villes amphictyoniques ; de condamner à de grosses amendes celles qu'ils trouvaient coupables ; et d'employer non seulement toute la rigueur des lois pour l'exécution de leurs arrêts , mais môme encore de lever , s'il le fallait, des troupes pour forcer les rebelles à y obéir.
Avant que d'être installés dans la compagnie , ils prêtaient un serment qui est remarquable : c'est Eschine qui nous en a conservé la formule , dont voici le sens : a Je jure de ne jamais renverser aucune des villes ho- » norées du droit d'amphictyonie, et de ne point détour- » ner ses eaux courantes ni en temps de paix ni en temps » de guerre. Que si quelque peuple venait à faire une » pareille entreprise , je m'engage à porter la guerre en » son pays, à raser ses villes, ses bourgs et ses villages, » et à le traiter, en toutes choses, comme mon plus cruel » ennemi. De plus, s'il se trouvait un homme assez » impie pour oser dérober quelques-unes des riches » offrandes conservées àDelphes dansle temple d'Apollon » ou pour faciliter à quelque autre les moyens de com- » mettre ce crime , soit en lui prêtant aide pour cela , » soit même en ne faisant que le lui conseiller : j'em- » ploierai mes pieds , mes mains , ma voix , en un mot » toutes mes forces , pour tirer vengeance de ce sacri- » lège. » Ce serment était accompagné d'imprécations et d'exécrations terribles. « Que si quelqu'un enfreint > ce qui est contenu dans le serment que je viens de » faire, soit que ce quelqu'un soit un simple particu- » lier , soit même que ce soit une ville ou un peuple ; » que ce particulier, cette ville ou ce peuple soit regardé » comme exécrable, et qu'en cette qualité il éprouve » toute la vengeance d'Apollon, de Diane, de Latone et » de Minerve la prévoyante. Que leur terre ne produise