‹ Lectures d'histoire ancienneChapitre 20 sur 70 · BIBLIOTHECA · texte numérisé non relu

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100 LBCTURBS O^HISTOIRB AMCDSIfNB. — ORACB.

séniens, et leur ruine sera prochaine, La Néda prend sa source dans le mont Lycée, passe à travers l'Arcadie, et retournant de là dans la Messénie, forme, dans le voisinage de la mer, la ligne de démarcation entre ce pays et celui des Eléens. Les Messéniens, d'après cet oracle, craignaient seulement que des boucs n'allassent boire dans la Néda, mais ce n'était pas là ce que le dieu voulait dire. Le figuier sauvage, que quelques Grecs nomment Olynthos, porte le nom de Tragos (bouc) chez les Messéniens. Un de ces figuiers, venu sur le iDord de la Néda, au lieu de s'élever, prit son accroissement horizontalement du côté du fleuve dans les eaux duquel il trempait l'extrémité des feuilles. Le devin Théoclus, ayant vu cet arbre, comprit que c'était là le bouc dont l'oracle avait voulu parler, et que le terme fatal de Messène approchait. Il garda sur cela le plus grand secret, excepté pour Aristomènes qu'il conduisit vers ce figuier : là il. lui apprit qu'il n'y avait plus d'espoir de salut. Aristomènes en fut convaincu, et le temps ne permettant plus de ditférer, il se hâta de prendre les mesures que les circonstances commandaient.

Les Messéniens conservaient en secret un objet dont l'anéantissement devait entraîner la destruction totale et éternelle de Messène, mais dont la conservation devait, au contraire, selon la prédiction de Lycus, fils de Pandion, ramener un jour les Messéniens dans leur pays. Aristomènes, connaissant ces prédictions, emporta cet objet lorsque la nuit fut venue , et alla l'enterrer sur le mont Ithôme, dans l'endroit le plus désert de la ville de ce nom, dans l'espérance que Jupiter, protecteur d'Ithôme, et les dieux qui avaient jusque-là veillé sur les Messéniens, seraient les gardiens de ce dépôt, et ne laisseraient pas tomber entre les mains des Lacédémoniens le seul gage que les Messéniens eussent de leur retour. Bientôt après, les malheurs des Messéniens commencèrent.

Un jour qu'un Messénien était de garde avec plusieurs autres, il vint à pleuvoir d'une telle force, qu'ils laissèrent leur poste, l'eau qui tombait du ciel à flots ne leur permettant pas d'y rester, parce que les fortifications ayant été faites à la hâte, il n'y avait ni tours ni créneaux pour se mettre à l'abri. Ils ne croyaient pas d'ailleurs que les Lacé^meniens osassent rien entreprendre

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pendant une nuit aussi orageuse et sans lune. D'un autre côté, Aristomènes ne pouvait pas aller visiter les postes, comme il avait coutume de le faire, car il avait été blessé quelques jours auparavant, en allant délivrer un marchand céphalénien, son hôte, et qui apportait à Ira toutes les choses dont on avait besoin ; ce marchand avait été pris par des Lacédémoniens et des archers d'Aptère que commandait Euryalus, Spartiate. Aristomènes le délivra et reprit toutes ses marchandises ; mais il reçut une blessure qui le retint pendant quelque temps chez lui, ce qui fut la principale cause de l'abandon où se trouva la citadelle.

(Les Spartiates et Empéramus s'y portèrent).

Leur marche fut très pénible à cause de la nuit et de la pluie qui tombait sans discontinuer; ils surmontèrent cependant tous ces obstacles, et, étant arrivés à la citadelle d'Ira, ils y montèrent, soit en appliquant des^^ échelles, soit par tout autre moyen que chacun put imaginer. Les Messéniens furent avertis de leur malheur par différents indices, et surtout par les chiens qui, au lieu d'aboyer comme à l'ordinaire, faisaient entendre des hurlements plus forts et plus prolongés. Se voyant dans la nécessité de combattre, et sans doute pour la dernière fois, ils ne prirent même pas toutes leurs armes, et saisissant chacun tout ce qui tombait sous la main, ils coururent à la défense de la place, la seule qui leur restât de toute la Messénie. La nuit se passa sans qu'il se fît rien de remarquable de part ni d'autre, l'ignorance des lieux et l'audace d'Aristomènes arrêtant les Lacédémoniens; les Messéniens, de leur côté, n'ayant pas eu le temps de prendre le mot d'ordre de leurs généraux, et la pluie ôteignant sur-le-champ les torches et les llamlDeauî qu'on allumait. Mais lorsque le jour fut venu, et qu'on put se reconnaître, Aristomènes et Thôoclus s'efforcèrent d'animer au plus haut degré le courage des Messéniens par tous les discours qu'on peut tenir dans de pareilles circonstances, et par le souvenir de la bravoure des Smyrnéens qui, n'étant qu'une portion des Ioniens, parvinrent, par leur valeur et leur dévouement, à repousser Gygès, fils de Dascylus, et les Lydiens qui s'étaient déjà emparés de leur ville.

A ces paroles, les Messéniens se sentirent transportés de fureur, et réunis en troupes, selon qu'ils se rencon-

iOf LECTURES D HISTOIRE ANCIENNE. — ORECB.

traient, ilsfondirentdeioutes parts sur les Lacédémoniens; montées sur les toits, malgré la violence de la pluie, les femmes leur jetaient des tuiles et tout ce qu'elles trouvaient sous leurs mains ; quelques-unes môme osèrent prendre les armes et inspirèrent par là une nouvelle ardeur aux hommes, en leur prouvant qu'elles aimaient mieux périr avec leur patrie, que d'être emmenées captives à Lacédémone. Tant de courage aurait peut-être vaincu le destin lui-même ; mais la pluie dont la violence redoublait sans cesse, le fracas épouvantable du tonnerre, les éclairs qui leur frappaient les yeux à chaque instant, tout s'opposait à leurs efforts, et ranimait au contraire ceux des Lacédémoniens, qui disaient que les dieux combattaient en leur faveur, et à qui le devin Hécatus faisait remarquer comme un heureux présage les éclairs brillants à leur droite.

Hécatus imagina aussi le stratagème que je vais exposer. Les Lacédémoniens étaient plus nombreux que les Messéniens; mais, comme l'emplacement n'était pas assez spacieux pour qu'on pût se ranger en bataille, et qu'il fallait combattre en môme temps dans plusieurs endroits de la ville, les derniers rangs de chaque bataillon devenaient inutiles : le devin les renvoya prendre de la nourriture et du repos dans le camp, en leur ordonnant de revenir avant le soir remplacer ceux qui auraient combattu pendant la journée, en sorte que, se reposant alternativement, les Lacédémoniens reprenaient de nouvelles forces, tandis que tout contrariait les Messéniens.

C'était la troisième nuit que ceux-ci combattaient sans relâche ; le jour paraissait déjà, et les trouvait accablés à la fois par la pluie, l'insomnie, le froid, la faim et la soif. Les femmes surtout, peu accoutumées aux travaux de la guerre, étaient anéanties par des fatigues continuelles. Théoclus alors se tournant vers Aristomènes, lui dit : « A quoi bon vous donner tant de peine? le destin veut » absolument que Messène soit prise; le malheur présent

> nous avait été prédit depuis longtemps par la Pythie, et » le figuier sauvage nous a dernièrement appris que l'ôpo- » que fatale était arrivée. Les dieux veulent que je périsse

> avec ma patrie; pour vous, employez tous les moyens à • sauver les Messéniens et à vous sauver vous-même. »

En finissant ce discours, il se précipita au milieu des Lacédémoniens, et leur criant : a Vous n'aurez pas tou-

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