‹ Lectures d'histoire ancienneChapitre 24 sur 70 · av. J.-C. dragon, cylon, épiménide · texte numérisé non relu

av. J.-C. dragon, cylon, épiménide

Les habitants de l'Attique se trouvaient partagés en trois factions, qui avaient chacune à leur tête une des plus anciennes familles d'Athènes. Toutes trois, divisées d'intérêt par la diversité de leur caractère et de leur position, ne pouvaient s'accorder sur le choix d'un gouvernement. Les plus pauvres et les plus indépendants, relégués sur les montagnes voisines, tenaient pour la démocratie ; les plus riches, distribués dans la plaine, pour l'oligarchie ; ceux des côtes, appliqués à la marine et au commerce, pour un gouvernement mixte, qui assurât leur possession sans nuire à la liberté publique.

A cette cause de division se joignait, dans chaque parti, la haine invétérée des pauvres contre les riches : les citoyens obscurs, accablés de dettes, n'avaient d'autres ressources que de vendre leur liberté ou celle de leurs enfants à des créanciers impitoyables : et la plupart abandonnaient une terre qui n'offrait aux uns que des travaux infructueux, aux autres qu'un éternel esclavage et le sa» orifice des sentiments de la nature.

Un très petit nombre de lois, presque aussi anciennes que l'empire, et connues pour la plupart sous le nom de lois royales, ne suffisaient pas depuis que, les connaissances ayant augmenté, de nouvelles sources d'industrie, de besoins et de vices, s'étaient répandues dans la société. La licence restait sans punition , ou ne recevait que des peines arbitraires ; la vie et la fortune des particuliers étaient confiées à des magistrats qui, n'ayant aucune règle fixe, n'étaient que trop disposés à écouter leurs préventions ou leurs intérêts.

Dans cette confusion, qui menaçait l'Etat d'une ruine prochaine, Dracon fut choisi pour 'embrasser la législation dans son ensemble, et l'étendre jusqu'aux plus petits détails. Les particularités de sa vie privée nous sont peu connues ; mais il a laissé la réputation d'un homme de bien , plein de lumières et sincèrement attaché à sa patrie. D'autres traits pourraient embellir son éloge, et ne sont pas nécessa^ires à sa mémoire. Ainsi que les législateurs qui l'ont précédé et suivi, il fit un code de lois et de morale; il prit le citoyen au moment de sa naissance, prescrivit la manière dont on devait le nouiTir et l'élever, le suivit dans les différentes époques de la vie ; et, liant ces vues particulières à l'objet principal, il se flatta de pouvoir former des hommes libres et des citoyens ver-

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tueiix ; mais il ne fit que des mécontents, et ses règlements excitèrent tant de murmures qu'il fut obligé de se retirer dans l'île d'Egine, où il mourut bientôt après.

Il avait mis dans ses lois l'empreinte de son caractère : elles sont aussi sévères que ses mœurs l'avaient toujours été. La mort est le châtiment dont il punit l'oisiveté, et le seul qu'il destine aux crimes les plus légers, ainsi qu'aux forfaits les plus atroces : il disait qu'il n'en connaissait pas de plus doux pour les premiers, qu'il n'en connaissait pas d'autres pour les seconds. Il semble que son âme, forte et vertueuse à l'excès , n'était capable d'aucune indulgence pour des vices dont elle était révoltée, ni pour des faiblesses dont elle triomphait sans peine. Peut-être aussi pensa-t-il que dans la carrière du crime, les premiers pas conduisent infailliblement aux plus grands précipices.

Comme il n'avait pas touché à la forme du gouvernement, les divisions intestines augmentèrent de jour en jour. Un des principaux citoyens, nommé Cylon, forma le projet de s'emparer de l'autorité : on l'assiégea dans la citadelle, il s'y défendit longtemps ; et se voyant h la fin sans vivres et sans espérance de secours, il évita par la fuite le supplice qu'on lui destinait. Ceux qui l'avaient suivi se réfugièrent dans le temple de Minerve • on le& tira de cet asile en leur promettant la vie, et on les massacra aussitôt. Quelques-uns môme de ces infortunés furent égorgés sur les autels des redoutables Euménides.

Des cris d'indignation s'élevèrent de toutes parts. On détestait la perfidie des vainqueurs; on frémissait de leur impiété ; toute la ville était dans l'attente des maux que méditait la vengeance céleste. Au milieu de la consternation générale, on apprit que la ville de Nisée et l'île de Salamine étaient tombées sous les armes des Mégariens.

A cette triste nouvelle succéda bientôt une maladie épidémiquo. Les imaginations, déjà ébranlées, étaient soudainement saisies de terreurs paniques, et livrées à l'illusion de mille spectres effrayants. Les devins, les oracles consultés déclarèrent que la ville, souillée par la profanation des lieux saints, devait être purifiée par les cérémonies de l'expiation.

On fit venir de Crète Epiménide^ regardé de son temps comme un homme qui avait un commerce avec les dieox

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