‹ Lectures d'histoire ancienneChapitre 25 sur 70 · av. J.-C. dragon, cylon, épimènide · texte numérisé non relu

av. J.-C. dragon, cylon, épimènide

et qui lisait dans l'avenir ; de notre temps , comme un homme éclairé , fanatique , capable de séduire par ses talents , d'en imposer par la sévérité de ses mœurs, habile surtout à expliquer les songes et les présages les plus obscurs , à prévoir les événements futurs dans les causes qui devaient les produire. Les Cretois ont dit que , jeune encore, il fut saisi, dans une caverne, d'un sommeil profond , qui dura quarante ans suivant les uns , beaucoup plus suivant d'autres : ils ajoutent qu'à son réveil, étonné des changements qui s'offraient à lui, rejeté de la maison paternelle comme un imposteur, ce ne fut qu'après les indices les plus frappants qu'il parvint à se faire reconnaître. Il résulte seulement de ce récit qu'Epiménide passa les premières années de sa jeunesse dans les lieux solitaires, livré à l'étude de la nature, formant son imagination à l'enthousiasme par les jeûnes, le silence et la méditation, et n'ayant d'autre ambition que de connaître les volontés des dieux pour dominer sur celle des hommes.

Le succès surpassa son attente : il parvint à une telle réputation de sagesse et de sainteté, que dans les calamités publiques , les peuples mendiaient auprès de lui le bonheur d'être purifiés, suivant les rites que ses mains, disait-on, rendaient plus agréables à la divinité.

Athènes le reçut avec les transports de l'espérance et de la crainte. Il ordonna de construire de nouveaux temples et do nouveaux autels , d'immoler des victimes qu'il avait choisies , d'accompagner ces sacrifices de certains cantiques. Comme en parlant il paraissait agité d'une fureur divine, tout était entraîné par son éloquence impétueuse : il profita de son ascendant pour faire des changements dans les cérémonies religieuses, et ron peut à cet égard le regarder comme un des législateurs d'Athènes. Il rendit ces cérémonies moins dispendieuses; il abolit l'usage barbare où les femmes étaient de] se meurtrir le visage en accompagnant les morts au tombeau; et , par une foule de règlements utiles , il tâcha de ramener les Athéniens à des principes d'union et d'équité.

La confiance qu'il avait inspirée et le temps qu*il fallut pour exécuter ses ordres calmèrent insensiblement les esprits : les fantômes disparurent; Epimènide partit couvert do gloii'e , honoré dos regrets d'un peuple entier i.

111 LECTURES d'histoire ANOENNE. — GRÈCE.

U refusa des présents considérables , et ne demanda pour lui qu'un rameau d'olivier consacré à Minerve , et pour Cnosse , sa patrie , que l'amitié des Athéniens.

Barthélémy. — Voyage d'Anacharsis, introd. ; 2« part., sect. l".

S II. — Solon ot sa législation»

Lois de Solon.

Etat d'Athènes. — Athènes délivrée de la malédiction cylonienne par le bannissement et par la punition de ceux qui l'avaient encourue , retomba dans ses premières dissensions pour le gouv€>rnement de la république, et se divisa en autant de partis qu'il y avait de différentes sortes d'habitants dans l'Attique. Car les montagnards tenaient pour le gouvernement populaire; ceux de la plaine voulaient un Etat oligarchique ; et ceux de la cotemaritime, demandant un gouvernement mêlé des deux premiers , empêchaient l'un et l'autre des deux partis opposés d'avoir l'avantage. D'ailleurs , la division qui naît ordinairement entre les pauvres et les riches , à cause de leur inégalité, était alors plus enflammée que jamais ; de manière que toute la ville se trouvait dans un très pressant danger , et semblait n'avoir d'autre moyen de se garantir du naufrage que de se soumettre au pouvoir d'un seul. Les pauvres , se trouvant obligés envers les riches pour les dettes qu'ils ne pouvaient payer , étaient réduits ou à leur donner tous les ans le sixième des fruits de leurs terres : c'est pourquoi on les appelait sixénaires et merce' naires ; ou à engager leurs propres personnes : ce qui les réduisait au pouvoir de leurs créanciers qui se les faisaient adjuger et qui les retenaient pour leurs esclaves ou les envoyaient vendre dans les pays étrangers. La plupart même étaient forcés de vendre leurs propres enfants, car il n'y avait point de loi qui l'empêchât; ou bien ils étaient contraints d'abandonner leur patrie, pour se soustraire à la cruauté de ces usuriers impitoyables.

Enfin, le plus grand nombre de ces malheureux, et ceux qui se trouvèrent les plus forts et les plus résolus , s'étant assemblés, s'encouragèrent à ne plus souffrir cette barbarie, et à élire pour chef un homme de confiance, avec lequel ils iraient délivrer ceux qui n'avaient pas pu payer à temps, obtiendraient un nouveau partage des

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terres, et changeraient entièrement le gouvernement de l'Etat. Dans cette extrémité, les plus sages des Athéniens, voyant que Selon était le seul qui ne fût point suspect à aucun des deux partis, car il n'avait trempé ni dans l'injustice des riches , ni dans la révolte des pauvres , se mirent aie prier de s'entremettre des affaires, et d'apaiser tous ces différends.

Quoiqu'il eût refusé la royauté, il ne se porta pas plus mollement ni plus lâchement au maniement des affaires, et on ne le vit ni céder aux plus puissants dans l'établissement de ses lois ni rien faire par complaisance pour ceux qui l'avaient élu. Véritablement il y avait de certaines choses auxquelles il ne toucha point ; mais ce fut parce qu'elles lui parurent bien, et qu'il craignit qu'après avoir remué et bouleversé toute la ville, il n'eût plus la force de la rétablir et de la remettre en meilleur état. Il ne fit que les changements qu'il crut pouvoir persuader à ses concitoyens par de belles paroles, ou leur faire recevoir par autorité, en mêlant sagement, comme il le disait lui-miême, la force avec la justice ; c'est pourquoi quelqu'un lui ayant demandé quelque temps après si les lois qu'il avait données aux Athéniens étaient les meilleures, il répondit : « Oui, ce sont les meilleures de toutes celles qu'ils étaient capables de recevoir. »

Abolition des dettes. — Sa première ordonnance fut que toutes les dettes seraient abolies, et personne ne pourrait plus s'obliger par corps. Il y a pourtant des auteurs, entre autres Eurytion, qui écrivent que ce ne fut pas une abolition des dettes, mais une simple diminution des intérêts ; et que les pauvres, ravis du soulagement qu'ils en tiraient, donnèrent eux-mêmes le nom de décharge à cette ordonnance pleine d'humanité, qui comprenait aussi l'augmentation des mesures et celle de la monnaie : car la mine, qui ne valait que soixante et treize drachmes, fut portée à cent : de sorte qu'en payant la même chose en valeur, et donnant beaucoup moins en poids, les débiteurs de grosses sommes gagnaient beaucoup, sans que les créanciers perdissent.

Cependant la plupart de ceux qui en ont écrit soutiennent que cette décharge fut une pure abolition de toutes les dettes, et que cela s'accorde mieux avec ce que Selon écrit dans ses vers, où il se glorifie « d'avoir ôté del'At-

114 LECTURES d'histoire ANCIENKE. — GRÈCE.

tique les écriteaux qui marquaient que les héritagesétaient engagés ; d'avoir rendu toute cette terre libre, d'esclave qu'elle était auparavant ; et de tous les citoyens adjugés à leurs créanciers, d'avoir ramené les uns des terres étrangères où on les avait vendus, et où ils avaient été si longtemps errants, qu'ils avaient oublié leur langue naturelle ; et d'avoir remis en liberté les autres, qui^ ayant été retenus dans le pays, croupissaient dans une honteuse et misérable servitude. »

Il est vrai que cette affaire lui attira une aventure fâcheuse, qui lui donna un très sensible déplaisir : car comme il travaillait à cette abolition, et qu'il cherchait les paroles les plus persuasives et l'exorde le plus convenable pour mettre à la tête de son édit, il communiqua son dessein à Conon, à Glinias et à Hipponicus, qui étaient ses meilleurs amis, et qu'il consultait dans toutes ses affaires : il leur dit donc qu'il ne toucherait point aux terres, mais que pour toutes les dettes il voulait absolument les abolir. Ses -amis, plus intéressés que fidèles, se hâtèrent de prévenir la publication de l'édit, et empruntèrent secrètement des meilleures bourses de fort grosses sommes dont ils achetèrent des héritages. Après que l'édit fut publié, comme on vit qu'ils retenaient les héritages sans rendre l'argent, on ne manqua pas de rejeter le tout sur Solon, et de l'accuser, non pas d'avoir été trompé par ses amis, mais d'avoir aidé ses amis à tromper les autres. 11 est vrai que cette calomnie fut bientôt détruite par la remise qu'il lit le premier de cinq talents qui lui étaient dus : d'autres, comme Polyzelus de Rhodes, en mettent quinze. Gela n'empêcha pourtant pas que ses trois amis ne fussent appelés toujours depuis, les Cécropides , c'ost-à-dire les abolisseurs de dettes.

D'abord, cette ordonnance ne plut ni à l'un ni à l'autre des deux partis . Elle choqua les riches parce qu'elle abolissait les dettes ; et elle fâcha encore plus les pauvres, parce qu'elle n'ordonnait pas un nouveau partage des terres, comme ils l'avaient espéré ; et que Solon ne les avait pas tous rendus égaux en biens, comme Lycurgue l'avait fait à Laccdémone. Mais il ne se passa guère de temps, que les Athéniens ne comprissent toute l'utilité qui leur revenait de cette conduite. Et alors, cessant de se plaindre et de murmurer, ils firent en commun un sacrifice, qu'ils appelèrent, du nom de la déclaration»

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le sacrifice de la décharge , et donnèrent à Solon l'intendance des lois et de la police, avec un pouvoir si peu limité, qu'ils le firent entièrement maître des charges, des assemblées, des jugements et des délibérations; il créait à son gré tous les officiers, réglait leurs biens et leur nombre, et le temps qu'ils seraient en charge, et cassait ou confirmait, comme il le jugeait à propos, toutes les ordonnances qui avaient été faites auparavant.

Règlements divers. — Après avoir annulé les lois dô Dracon (excepté celles qui étaient contre les meurtriers), Solon voulant laisser les charges entre les mains des riches, et donner aussi aux pauvres quelque part au gouvernement dont ils étaient exclus, fit une estimation des biens de chaque particulier. Ceux qui se trouvèrent avoir de revenu annuel cinq cents mesures, tant en grains qu'en choses liquides, furent mis au premier rang, et appelés les Pentacosiomédimnes^ c'est-à-dire qui avaient cinq cents mesures de revenu. Le second ordre fut de ceux qui en avaient trois cents, et qui pouvaient nourrir un cheval de guerre : on les appela les Chevaliers. Ceux qui n'en avaient que deux cents firent le troisième et on les nomma Zeugites. Tous les autres, qui étaient audessous, furent compris sous le nom de Thèks, c'est-àdire de mercenaires travaillant de leurs mains, auxquels Solon ne permit d'avoir aucune charge ; il leur laissa seulement le droit d'opiner dans les assemblées et dans les jugements du peuple, ce qui, au commencement, ne parut rien, et se trouva à la fin un très grand avantage, parce que la plupart des procès et des différends retournaient toujours au peuple , devant lequel on pouvait appeler de tous les jugements des magistrats. D'ailleurs, comme les lois de Solon étaient écrites avec beaucoup d'obscurité, et qu'elles avaient plusieurs sens contraires, cela augmenta infiniment l'autorité de ce tribunal ; car les différends ne pouvant être décidés par le texte formel des lois, on avait besoin de ces juges, de qui dépendait uniquement la décision, et qui étaient en quelque façon au-dessus des lois mômes. Solon parle et s'applaudit assez, dans ses vers, de cette égalité qu'il avait introduite : « J'ai donné au peuple, dit-il, tout pouvoir qui était juste » et raisonnable, sans trop augmenter ni diminuer son » autorité. Pour les riches, j'ai aussi pourvu à leur su-

H6 LECTURES d'histoire ANCIENNE. — ORÈGB.

» reté ; je les ai mis à couvert de toute insulte, et j'ai éga- » lementmuni les deux partis d'un fort bouclier, afin que 9 l'un ne puisse jamais opprimer injustement l'autre. »

Mais voulant encore plus subvenir à la faiblesse du menu peuple, il fit une loi qui permettait à tout le monde de prendre et d'épouser la querelle de celui qu'on aurait outragé. Si quelqu'un avait été blessé, battu ou maltraité, en quelque manière que ce pût être , le premier venu pouvait poursuivre et mettre en justice celui qui avait commis l'excès : ce législateur ayant sagement voulu accoutumer par là ses citoyens à sentir les maux les uns des autres, comme membres d'un seul et même corps. Et à cette ordonnance se rapporte un mot qu'on a conservé de lui ; car comme on lui demandait un jour quelle ville lui semblait la plus heureuse et la mieux policée, il répondit que « c'était celle dont les citoyens » étaient si unis, que ceux qui n'avaient pas été outra- » gés sentaient l'injure faite à leurs compatriotes, et en » poursuivaient la réparation aussi vivement que ceux » qui l'avaient reçue. »

Il établit le sénat de V Aréopage, qu'il composa de ceux qui avaient été archontes ; et comme il avait eu cette charge, il fut du nombre des juges. Mais voyant que l'abolition des dettes avait rendu le peuple fier et haut à la main, il créa un second conseil de quatre cents hommes^ cent de chaque tribu, devant lesquels on rapportait toutes les affaires avant que de les proposer dans l'assemblée du peuple ; de sorte que le peuple ne connaissait de rien qui n'eût été auparavant bien vu et examiné par ce conseil des quatre cents. Il réserva à l'Aréopage, comme à la cour souveraine, l'intendance générale de toutes choses, et le soin de faire observer toutes les lois, dont il le fit le dépositaire, et il crut que l'Etat, arrêté et affermi par deux bonnes ancres, ne serait plus si agité ni si tourmenté, et que le peuple serait plus tranquille.

Parmi ses autres lois, il y en a une bien singulière et bien étrange : c'est celle qui déclare infâmes ceux qui, dans une sédition de ville, ne prennent aucun parti. Il ne voulait pas qu'on fût insensible aux malheurs communs, et qu'après avoir mis sa personne et ses biens en sûreté, on se fît un mérite et que l'on triomphât de n'avoir pris aucune part aux misères de sa patrie; il voulait que dès le commencement, on embrassât le parti le plus

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juste, que l'on courût le même danger, et qu'on n'attendît pas tranquillement de quel côté pencherait la victoire afin de suivre le victorieux.

On loue à bon droit une autre loi de Solon qui défend de dire du mal des morts , car il y a de la religion à tenir les morts pour sacrés , de la justice à épargner ceux qui ne sont plus , et de la politique à empêcher les haines d'être immortelles. Il défendit aussi de dire aucune injure à personne dans les temples , dans les lieux où se rendait la justice, dans les assemblées du peuple, et dans les théâtres pendant les jeux; et il condamnait les contrevenants à une amende de cinq drachmes, applicables, trois à l'offensé et deux au trésor public : car de ne pouvoir être nulle part le maître de sa colère , c'est être d'un naturel trop indocile et trop effréné ; et de la retenir partout , c'est ce qui paraît très difficile et souvent impossible : or il faut que les lois visent à ce qui est communément possible, si l'on aime mieux faire un exemple utile du châtiment de peu de personnes , que de ne tirer aucun fruit de la punition de plusieurs.

Comme la ville d'Athènes se peuplait tous les jours, et que les hommes y accouraient de tous côtés , à cause de la grande sûreté dans laquelle on y vivait, Solon, voyant que la plus grande partie du terroir de l'Attique était ingrat et stérile, et que les marchands, qui trafiquaient sur mer, n'apportaient rien à ceux qui n'avaient rien à leur donner en échange, exhorta ses concitoyens à cultiver les manufactures et les arts, et fit une loi, que le fils ne serait pas tenu de nourrir son père, qui ne lui aurait fait apprendre aucun métier. Car pour Lycurgue, qui habitait une ville où il n'y avait nuls étrangers, et qui possédait un si grand territoire, qu'il aurait suffi, comme dit Euripide, à une fois autant d'habitants, et, ce qui est encore plus considérable, qui se voyait environné d'une grande multitude d'Ilotes qu'il était dangereux de laisser en repos , qu'il fallait abattre et humilier par un travail assidu, sans aucun relâche ; il fit fort bien de décharger ces citoyens de tous les arts mécaniques et bas , et de ne les accoutumer qu'au seul exercice des armes : mais Solon, qui devait bien plus accommoder les lois aux choses que les choses aux lois , et qui connaissait la nature du pays , qui , bien loin d'être en état de fournir à la nourritui^e d'une populace fainéante

'118 LECTURES d'histoire ANCIENNE. — GRiCB.

et oisive, pouvait à peine faire subsister les laboureurs, fit aussi très sagement de relever les arts et les métiers par toute sorte d'honneurs et de privilèges , et de commettre le sénat de l'Aréopage pour informer de la manière dont chacun gagnait ia vie, et pour châtier ceux qui ne faisaient rien.

Plutarque. — SoloUf passim, Trad, de Dacier,

LITTÉRATURE ET ARTS. — Littératore : République d'Athènes et Revenus de VAllique, par XénophoQ. — Peinture » Solon soU' tenant la justice de ses lois, par Noël Coypel.

De V Aréopage,

Ce conseil portait le nom du lieu où il tenait ses assemblées, appelé le bourg ou la colline de Mars (apetoç tcocyoç), parce que, solon quelques-uns, Mars y avait été appelé en jugement pour un meurtre qu'il avait commis. On le croit presque aussi ancien que la nation. Gicéron et Plutarque en attribuent l'établissement à Solon : mais il ne fit que le rétablir, en lui donnant plus de lustre et d'autorité qu'il n'avait eu jusque-là, et pour cette raison il en fut regardé comme le fondateur. Le nombre des sénateurs de l'Aréopage n'était point fixe : on voit que dans certain temps il montait jusqu'à deux et trois cents. Solon jugea à propos qu'il n'y eût que des archontes sortis de charge qui fussent honorés de cette dignité.

Ce sénat était chargé du soin de faire observer les lois, de l'inspection des mœurs , du jugement surtout des causes criminelles. Il tenait ses séances dans un lieu découvert et pendant la nuit : le premier, apparemment, pour ne se point trouver sous un même toit avec les criminels, et ne se point souiller par cette sorte de commerce; le second, pour ne se point laisser attendrir par la vue des coupables, et pour ne juger que selon les lois et la justice. C'est pour cette même raison que devant ces juges l'orateur no pouvait employer ni exorde ni péroraison, qu'il ne lui était point permis d'exciter les passions, et qu'il était obligé de se renfermer uniquement dans sa cause. La sévérité de leurs jugements était fort redoutée, principalement pour ce qui regarde les meurtres, et ils avaient une attention particulière à en inspirer de l'horreur aux citoyens. Ils condamnèrent un en-

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fant qui mettait son plaisir à crever les yeux à des cailles, regardant cette inclination sanguinaire comme la marque d'un très méchant naturel , qui pourrait un jour devenir funeste à plusieurs, si on la laissait croître impunément.

Les affaires de la religion, comme les blasphèmes contre les dieux, le mépris des sacrés mystères, les différentes espèces d'impiété, l'introduction de nouvelles cérémonies et de nouvelles divinités, étaient aussi portées à ce tribunal. On lit dans Justin le martyr, que Platon, qui dans son voyage en Egypte avait puisé de grandes lumières sur l'unité d'un Dieu, quand il fut de retour à Athènes, prit grand soin de dissimuler et de couvrir ses sentiments , de peur d'être obligé de comparaître devant les aréopagites pour en rendre compte ; et l'on «ait que saint Paul fut traduit devant eux comme enseignant une nouvelle doctrine, et voulant introduire do nouveaux dieux.

Ces juges avaient une grande réputation de probité, d'équité, de prudence, et étaient généralement respectés. Gicéron, en écrivant à son ami Atticus sur la fermeté, la constance et la sage sévérité qu'avait fait paraître le sénat de Rome, croit en faire un éloge parfait en le comparant à l'Aréopage : Senatus^ apeioç Tràyo;, nil constantlus^ nil severius^ nil fortius. Il fallait que Gicéron en eût conçu une idée bien avantageuse, pour en parler comme il fait dans le premier livre de ses Offices. Il compare la fameuse bataille de Salamine, où Thémistocle avait eu tant de part, avec l'établissement de l'Aréopage, qu'il attribue à Selon, et n'hésite point à préférer ou du moins à égaler le service rendu par le législateur à celui dont Athènes fut redevable au général d'armée. « Car enfin, dit-il, » cette victoire n'a été utile à la république qu'une seule » fois, mais l'Aréopage le sera pendant tous les siècles, » puisque c'est à l'ombre de ce tribunal que se conser- » vent les lois d'Athènes et les coutumes anciennes de » l'Etat. Thémistocle n'a servi de rien à l'Aréopage, mais » l'Aréopage a beaucoup contribué à la victoire de Thé- D mistocle, puisqu'alors la république se conduisit par » les sages conseils de cet auguste sénat. »

Il paraît par cet endroit de Gicéron que l'Aréopage avait grande part au gouvernement ; et je ne doute point qu'il ne fût consulte dans les affaires importantes. Mais

lîO LECTURES d'histoire ANCIENNE. — GRÈCE.

peut-être que Gicéron confond ici le conseil de l'Aréopage avec celui des Cinq-Cents. Quoi qu'il en soit, les aréopagites s'intéressaient extrêmement aux affaires publiques. Périclès, qui n'avait pu entrer dans l'Aréopage, parce que, le sort lui ayant toujours été contraire, il n'avait passé par aucune des charges nécessaires pour y être admis, entreprit d'en affaiblir l'autorité, et il en vint à bout : ce qui est une tache pour sa réputation.

RoLLiN, — Histoire ancienne, 1. 5, art. 8,

2 III. — Pisistrate et ses fil».

Solon et Pisistrate.

Les lois de Solon ne devaient conserver leur force que -pendant un siècle. Il avait fixé ce terme pour ne pas révolter les Athéniens par la perspective d'un joug éternel. Après que les sénateurs, les archontes, le peuple se furent par serment engagés à les maintenir, on les inscrivit sur les diverses faces de plusieurs rouleaux de bois, que l'on plaça d'abord dans la citadelle. Ils s'élevaient du sol jusqu'au toit de l'édifice qui les renfermait , et, tournant au moindre effort sur eux-mêmes, ils présentaient successivement le code entier des lois aux yeux des spectateurs. On les a depuis transportés dans le Prytanée et d'autres lieux, où il est permis et facile aux particuliers de consulter ces titres précieux de leurliberté.

Quand on les eut médités à loisir, Solon fut assiégé d'une foule d'importuns qui l'accablaient de questions, de conseils, de louanges ou de reproches. Les uns le pressaient de s'expliquer sur quelques lois susceptibles, suivant eux, de différentes interprétations; les autres lui présentaient des articles qu'il fallait ajouter, modifier ou supprimer. Solon, ayant épuisé les voies de la douceur et de la patience, comprit que le temps seul pouvait consolider son ouvrage : il partit, après avoir demandé la permission de s'absenter pendant dix ans, et engagé les Athéniens par un serment solennel, à ne point toucher à ses lois jusqu'à son retour (1).

(1) Voir au 1. 1*' {Orient) Solon à la Cour du roi Crésus. M. Duruy remarque à cet égard que « ces récits sont controuvés ; l'inexorable chronologie les repousse et tout autant la vraisemblance historique. » Et il écrit en note :

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