‹ Lectures d'histoire ancienneChapitre 28 sur 70 · V. DuRUY. — Histoire de la Grèce ancienne, t. I, ch · texte numérisé non relu

V. DuRUY. — Histoire de la Grèce ancienne, t. I, ch

Les yaincus fuyant en toute hâte laissèrent cependant derrière eux trois cent mille hommes, dont le chef, Mardonius, après avoir essayé vainement d'intimider et de séduire les Athéniens, fut vaincu à Platée par Aristide et Pausanias. Le même jour, Xanthippe, père de Périclès, détruisit au promontoire de Mycale, en Asie, les débris de la flotte persane (479). — Alors on se préoecupa de relever Athènes de ses ruines.

Reconstruction d'Athènes.

Les Athéniens , après la retraite de l'ennemi , firent revenir des divers endroits où ils les avaient secrètement déposés , leurs enfants , leur femmes , et ce qui leur restait d'effets précieux, et pensèrent à relever leurs ville et leurs murs. Il ue restait que peu de Tancienne enceinte des murs : la plupart des maisons étaient tombées; il n'en subsistait qu'un petit nombre, où avaient logé les plus considérables des Perses.

478 av. J.-C. RECONSTRUCTION D'ATHÈNES. 171

Les Lacédémoniens, informés de ce projet, vinrent en députation à Athènes. Eux mêmes auraient bien voulu que ni cette ville, ni aucune autre n'eût été fortifiée ; mais surtout ils étaient sollicités par leurs alliés, qui craignaient et la puissante marine des Athéniens, bien différente de ce qu'elle fut autrefois, et l'audace que ce peuple avait montrée dans la guerre contre les Mèdes. Les députés invitèrent les Athéniens à ne pas se fortifier , à détruire plutôt avec eux toutes les fortifications qui se trouvaient hors du Péloponèse. Ils ne leur faisaient connaître ni leurs vues ni leurs défiances , et prétextaient que les barbares, s'ils revenaient, n'auraient plus de lieu fortifié qui pût servir de point de départ , ainsi qu'ils l'avaient fait de Thèbes.

A les entendre, le Péloponèse suffisait pour ofi'rir à tous les Hellènes une retraite d'où ils s'élanceraient contre les ennemis.

Les Athéniens, sur l'avis de Thémistocle, se hâtèrent de congédier les députés, et répondirent seulement qu'ils allaient, de leur côté, faire partir pour Lacédémone une députation chargée de traiter cette affaire. Thémistocle voulut être expédié lui-même sans délai , et demanda qu'on ne fît point partir sur-le-champ ceux qu'on lui choisirait pour collègues, mais qu'on les retînt jusqu'à ce que le mur fût assez élevé pour être en état de défense. Tous ceux qui étaient dans la ville, sans exception , citoyens, femmes, enfants, devaient partager les travaux : édifices publics, maisons particulières, rien de ce qui pouvait fournir des matériaux ne devait être épargné; il fallait tout démolir. Après avoir donné ces instructions , et ajouté qu'il ferait le reste à Lacédémone, il partit. A son arrivée, au lieu de se rendre auprès des magistrats, il usa de délais et de prétextes ; et quand les gens en place lui demandaient pourquoi il ne se rendait pas à l'assemblée générale, sa réponse était qu'il attendait ses collègues, qu'ils avaient été surpris par quelques affaires : il comptait les voir bien tôt arriver; il était même étonné qu'ils ne fussent pas encore venus.

On croyait Thémistocle, parce qu'on avait pour lui de Taffection. Cependant arrivaient d'au très personnages qui affirmaient, comme fait certain, qu'on fortifiait Athènes; que déjà les muraili-^s acquéraient de la hauieur. On ne pouvait se refuser à le croire : mais Thémistocle, qui en

172 LECTURES d'histoire ANCIENNE. — GRÈGE.

était instruit, conjurait les Lacédémoniens de ne pas se laisser tromper par des discours, et d'envoyer quelquesuns des leurs, hommes probes, qui rendraient un compte fidèle de ce qu'ils auraient vu. On les expédia ; mais Thémistocle fit passer à Athènes un avis secret de leur départ et manda que, sans les arrêter ouvertement, on les rétînt jusqu'au retour de ses collègues , Abronychus , fils de Lysiclès, et Aristide, fils de Lysimaque, qui enfin étaient venus le joindre et lui annoncer que le mur était parvenu à une hauteur convenable. Il craignait d'être arrêté avec eux quand on serait instruit de la vérité; mais les Athéniens, conformément à son avis, retenaient les députés de Lacédémone.

Thémistocle parut enfin dans le conseil , et là déclara sans détour qu'en efTet Athènes venait de s'entourer de murs, et qu'elle se trouvait en état de mettre en sûreté ses habitants; que si Lacédémone et ses alliés avaient quelque dessein d'y envoyer une députation , ce devait être désormais comme à des hommes qui connaissaient aussi bien leurs intérêts particuliers que l'intérêt commun de l'Hellade ; que quand ils avaient cru nécessaire d'abandonner leur ville et de monter sur leurs vaisseaux , ils avaient bien su prendre ce parti sans le conseil de Lacédémone; que dans toutes les affaires où ils s'étaient consultés avec les Lacédémoniens , on n'avait pas vu qu'ils eussent moins de prudence que personne ; que maintenant donc ils croyaient utile que leur ville fût murée ; que c'était en particulier leur intérêt et celui de tous leurs alliés ; qu'il était impossible que des hommes qui ne seraient pas dans une situation égale apportassent aux délibérations communes égalité et parité de sentiments ; qu*en un mot , il fallait que tous les Hellènes soutinssent leur fédération sans avoir des murailles, ou qu'on trouvât bon ce que venaient de faire les Athéniens.

Les Lacédémoniens , à ce discours, ne manifestèrent pas de ressentiment contre les Alhéniens. Eu effet, du moins à les en croire, leur députation avait eu pour objet, non d'intimer une défense, mais de donner un conseil qui intéressait l'Hellade tout entière. D'ailleurs ils témoignèrent alors aux Athéniens beaucoup d'amitié , pour le zèle qu'ils avaient montré dans la guerre des Mèdes. Cependant ils étaient secrètement piqués d'avoir

478 av. J.-C. RECONSTRUCTION d'athènes. 173

manqué leur but. Les députés se retirèrent de part et d'autre sans qu'il fût question de plaintes.

Ainsi, en peu de temps, les Athéniens ceignirent leur ville de murailles. Encore aujourd'hui l'on peut voir que la reconstruction fut exécutée précipitamment; car les fondements sont, en certains endroits, de toutes sortes de pierres qui n'ont pas été travaillées pour concourir ensemble. Des colonnes, des marbres sculptés furent tirés des monuments et entassés les uns sur les autres. De tous les côtés de la ville l'enceinte fut tenue plus grande qu'auparavant : on travaillait à tout à la fois ; on ne prenait point de repos.

Thémistocle persuada d'achever les constructions au Pirée, commencées précédemment sous son archontat. Il jugeait très favorable la position de ce lieu, qui offrait trois ports creusés par la nature ; et il voyait dans les batailles maritimes des Athéniens contre les Mèdes un acheminement à la prééminence. Il osa dire le premier qu'il fallait se livrer à la mer, et aussitôt il les aida à s'en préparer l'empire. Ce fut d'après son plan qu'on donna au mur du Pirée la largeur qu'on lui voit encore aujourd'hui : en effet , deux chariots qui se rencontraient pouvaient apporter des pierres. Les parois intérieures des murs n avaient -ni mortier de chaux ni mortier de terre : ces murs étaient formés de grandes pierres étroitement jointes ensemble, taillées carrément, et liées en dehors avec du fer et du plomb. Ils avaient tout au plus la moitié de la hauteur que Thémistocle avait projetée. Il voulait que, par leur largeur et leur élévation, on n'eût pas à craindre les attaques des ennemis ; qu'un petit nombre d'hommes, même des plus faibles, suffit pour les défendre, et que les autres montassent sur les vaisseaux ; car c'était à la marine surtout qu'il s'attachait. C'est qu'il voyait, du moins selon moi, que l'armée du grand roi pouvait faire plus aisément des invasions par mer que par terre , et il regardait le Pirée comme plus important que la ville haute. 11 conseillait bien souvent aux Athéniens, s'il leur arrivait d'être forcés par terre, de descendre au Pirée, et de se défendre sur leur flotte contre tous ceux qui les attaqueraient. Ce fut ainsi que les Athéniens se fortifièrent, et prirent, aussitôt après la retraite des Mèdes, toutes les précautions que dictait la prudence.

T&ucYDiOE. — Guerre du Mopmèse, 1. 1, s. 86-93. Trad. de Gail.

174 LECTURES d'histoire ANCIENNE. — ORÈCB»

Exil et mort de Thémistocle,

De si grands services ne protégèrent pas Thémistocle contre Tenvie. En butte aux mêmes défiances qui avaient fait condamner Miltiade, il fut banni par l'ostracisme et se retira à Argos. Il y vivait entouré de la considération que sa renommée lui avait acquise, lorsque les Lacédémoniens envoyèrent des députés à Athènes pour l'accuser d'avoir fait alliance avec le roi de Perse pour opprimer la Grèce (1). On le condamna comme traître, sans l'avoir entendu. A celte nouvelle , il ne se crut pas en sûreté à Argos, et se retira à Corcyre. Mais s'étant aperçu que les principaux habitants craignaient que son séjour dans leur lie n'armât contre eux les Athéniens et les Lacédémoniens, il se réfugia chez Admète, roi des Molosses, et son ancien hôte. Admète était absent lorsqu'il arriva. Voulant s'assurer un accueil favorable à l'abri de la religion, il prit dans ses bras la petite fille du roi, encore enfant, et se jeta avec elle dans un lieu consacré et qui était l'objet d'une vénération particulière. Il n'en sortit que lorsque le roi lui eut tendu la main en signe de protection. Admète fut fidèle à sa parole. Il ne trahit pas celui qui s'était confié à sa foi, et refusa de le livrer aux ambassadeurs d'Athènes et de Sparte qui étaient venus le réclamer. Il l'avertit seulement de pourvoir à son salut, et de ne pas se croire en sûreté si près de ses ennemis. 11 voulait le faire conduire à Pydna avec une escorte. Thémistocle, instruit de ses intentions, s'embarqua secrètement sur un vaisseau, sans être connu de l'équipage. Mais poussé par une tempête vers l'île de Naxos, qui était alors occupée par les Athéniens, il comprit qu'il était perdu s'il abordait. Dans cette extrémité, il se découvrit au maître du vaisseau , lui faisant les plus brillantes promesses, s'il voulait le sauver. Celui-ci , touché des malheurs d'un homme si illustre, tint tout un jour son navire à l'ancre en face de l'île, ne permettant à personne de descendre. De là il fit voile pour Ephèse, et y débarqua Thémistocle, qui, dans la suite, reconnut généreusement ce service.

(1) C'est l'accusation malheureusement trop fondée cette fois, qui amena, en 467, l'arrestation et la mort de Pausanias, un des vainqueurs de Platée (Y. l'extrait suivauO*

Page 1