ay. J.-C. exploits d'agésilas
Exploits d'Agésilas,
Dès qu'Agésilas fut en possession du gouvernement, il persuada aux Lacédémoniens d'envoyer une armée en Asie et de faire la guerre au roi de Perse , leur démontrant qu'ils avaient plus d'avantage à combattre en Asie qu'en Europe. Le bruit s'était répandu qu'Artaxerxès équipait une flotte et rassemblait une armée pour envahir la Grèce. Agésilas ayant été autorisé à agir, déploya, tant d'activité , qu'il était en Asie avec son armée avant que les satrapes eussent connaissance de son départ. Aucun n'était préparé et en état de se défendre. A la nouvelle de son arrivée, Tissapherne, le premier des généraux persans, lui demanda une trêve, sous prétexte de travailler à un accommodement, mais en effet pour rassembler des troupes. Il obtint une suspension d'armes de trois mois. L'un et l'autre jurèrent de l'observer. Agésilas tint fidèlement sa promesse, mais Tissapherne n'employa ce temps qu'à se piéparer à la guerre. Agésilas s'apercevait bien de cette pertidie ; mais il ne voulut pas commencer les hostilités ^ disajit qull acquerrait par là un grand avantage sur Tissapherne, qui, par son parjure, irritait les dieux et indisposait les hommes ; tandis que lui, en gardant sa foi , augmentait la confiance de son armée, qui se verrait assurée de la protection des dieux, et se conciliait la faveur des hommes , toujours portés pour ceux qui remplissent fidèlement leurs promesses.
Cependant la trêve étant expirée , Tissapherne, qui avait la plus grande partie de ses poss<3ssions dans la Carie, considérée alors comme la plus riche province de l'Asie, y concentra toutes ses forces, ne doutant point que Tennemi ne débutât par l'envahir. Mais Agésilas marcha d'abord sur la Phrygie et la dévasta, avant que Tissapherne eût fait un mouvement. Après quoi il ramena ses
rent le plus rhumanité et qui la grandisseût : dans aucune autre circonstance n'éclate davantage la puissance de la volonté de l'homme sur le monde extérieur : dans aucune autie circonstance , les événements ne sont maîtrisés si longtemps par une ré;o!ution et une intelligence si continues. Quant à l'art militaire, la retraite est un parfait modèle, un exemple proposé aux généraux, aux officiers, aux soldais de tous les âges. Dans les actes des Dix-Mille , il y a des qualités de discipline, de tactique, de stratégie, qui seront éternellement imitables, parce qu'elles sont indépeiulantes des changements qui surviennent dans les armes et dans Fai't militaire. »
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soldats chargés de butin à Ephèse, pour passer l'hiver. Il y établit des ateliers d'armes et s'occupa activement de ses préparatifs de guerre ; et, pour que les soins de l'armement et de l'équipage fassent un objet d'émulation pour le soldat, il institua des prix pour ceux qui se distingueraient dans cette partie du service. Il fit la même chose pour tous les genres d'exercices , accordant de grandes récompenses aux plus habiles. 11 parvint ainsi à 68 créer une armée brillante et exercée. Lorsqu'il crut le moment venu de faire sortir des troupes de leurs quartiers, il comprit que s'il annonçait de quel côté il voulait se diriger, l'ennemi ne le croirait pas , et, lui soupçonnant d'autres projets , porterait ses forces sur d'autres points. C'est ce qui arriva. Il avait dit qu'il irait à Sardes, mais Tissapherne crut devoir protéger la Carie; puis se voyant trompé et vaincu en habileté, il courut au secours des siens : il était trop tard. Lorsqu'il arriva, Agésilas avait déjà forcé plusieurs places et enlevé un grand butin. Reconnaissant la supériorité de la cavalerie ennemie, il ne s'exposa jamais en rase campagne, et n'en vint aux mains que dans les lieux où l'infanterie avait l'avantage ; ce qui lui donna la victoire dans toutes les rencontres , quoique ses ennemis fussent beaucoup plus nombreux. Enfin il se conduisit avec tant d'habileté en Asie, qu'il en fut généralement regardé comme le vainqueur. Il allait pénétrer en Perse, et attaquer le roi lui-même, lorsque les éphores lui envoyèrent un courrier pour lui annoncer que Thèbes et Athènes avaient déclaré la guerre aux Lacédémoniens. On lui ordonna de revenir sur-le-champ. C'est ici qu'on doit admirer sa vertu comme citoyen , après avoir admiré ses talents comme général. Chef d'une armée victorieuse, à la veille de conquérir le royaume de Perse, et loin des magistrats qui lui ordonnaient de revenir, il obéit comme un simple particulier dans l'assemblée du peuple à Lacédémone. Plût aux dieux que nos généraux eussent suivi cet exemple I Mais je reviens à mon récit. Agésilas préféra l'estime de ses concitoyens à un puissant empire, et trouva qu'il était plus glorieux de se soumettre aux lois de sa patrie que de conquérir l'Asie. Il fit repasser l'Hellespont à ses troupes, et marcha si rapidement, qu'il fit en un mois le chemin que Xerxès n'avait fait qu'en un an. Comme il approchait du Péloponèse, les Athéniens et les
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Béotiens essayèrent de l'arrêter à Goronée : il les défit dans la célèbre bataille de ce nom. Voici le trait qui honora le plus sa victoire. La plupart des fuyards s'étaient réfugiés dans un temple de Minerve : on vint lui demander ce qu'il voulait qu'on en fit. Quoiqu'il eût reçu plusieurs blessures dans ce combat, et qu'il parût fort irrité contre ses ennemis, il sacrifia son ressentiment à la religion, et défendit de les maltraiter. Ce ne fut pas seulement dans la Grèce qu'il fit respecter les temples des dieux , il protégeait aussi les autels et les idoles chez les barbares. Il disait souvent qu'il s'étonnait qu'on ne mît pas au nombre des sacrilèges quiconque n'épargnait pas celui qui l'invoquait au nom des dieux, et qu'on ne punît pas les atteintes portées a la religion aussi rigoureusement que la spoliation des temples.
Après la bataille de Goronée , la guerre se concentra autour de Gorinthe ; c'est pour cela qu'on la nomma la guerre de Gorinthe. Agésilas attaqua les ennemis et leur tua dix mille hommes dans un seul combat , ce qui les affaiblit considérablement. Loin de s'enorgueillir de sa victoire, Agésilas gémit sur la perte de tant de soldats enlevés à la Grèce par la faute de ses adversaires, a Sans » notre aveuglement, disait-il, ces dix mille hommes au- » raient pu nous venger des Perses. » Ayant forcé l'ennemi de se renfermer dans ses murailles , on le pres- » sait d'assiéger la ville. Il s'y refusa , en disant « que » ce serait une action indigne de lui ; que sa mission » était de ramener à leur devoir ceux qui s'en étaient » écartés , et non pas d'emporter d'assaut les villes les » plus illustres de la Grèce. Anéantir ceux qui nous ont » aidés à combattre les barbares , ajoutait-il , c'est nous » détruire nous-mêmes sous les yeux de nos ennemis , » qui, paisibles spectateurs de la lutte, viendront ensuite » nous anéantir à notre tour. »
Cornélius Népos. — Agésilas^ s. 2-6. Trad. Kennoysan.
LITTÉRATURE ET ARTS. — Poésie : Agésilas, tragédie de Corneille. — Littérature : Eloge d' Agésilas, par Xénophon.
§ m. — Politique intérieure de Sparte ; traité d'A-ntaleidae (387).
Vous aurez su que, par la prise d'Athènes , toutes nos républiques se trouvèrent, en quelque manière, asservies
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aux Lacédémoniens ; que les unes furent forcées de solliciter leur alliance, et les autres de l'accepter. Les qualités brillantes et les exploits éclatants d'Agésilas, roi de Lacédémone, semblaient les menacer d'un long esclavage. Appelé en Asie au secours des Ioniens, qui, s'étant déclarés pour le jeune Gyrus , avaient à redouter la vengeance d'Artaxerxôs , il battit plusieurs fois les généraux de ce prince, et ses vues s'étendantavec ses succès , il roulait déjà dans sa tête le projet de porter ses armes en Perse, et d'attaquer le grand roi jusque sur son trône.
Artaxerxès détourna l'orage. Des sommes d'argent , distribuées dans plusieurs villes de la Grèce, les détacbèrent des Lacédémoniens. Thèbes, Corinthe, Argos et d'autres peuples formèrent une ligue puissante , et rassemblèrent leurs troupes dans les champs de Goronée en Béotie; elles eu vinrent bientôt aux mains avec celles d'Agésilas, qu'un ordre de Lacédémone avait obligé d'interrompre le cours de ses exploits. Xénophon, qui combattit auprès de ce prince, disait qu'il n'avait jamais vu une bataille si meurtrière. Les Lacédémoniens eurent riionneur de la victoire ; les Tbébains, celui de s'être retirés sans prendre la fuite.
Cette victoire, en affermissant la puissance de Sparte, fit éclore de nouveaux troubles, de nouvelles ligues. Parmi les vainqueurs mêmes, les uns étaient fatigués de leurs succès ; les autres, de la gloire d'Agésilas. Ges derniers , ayant à leur tête le Spartiate Antalcidas, proposèrent au roi Artaxerxès de donner la paix aux nations de la Grèce. Leurs députés s'assemblèrent, et Tiribaze, satrape d'ionie , leur déclara les volontés de son maître , conçues en ces termes :
« Le roi Artaxerxès croit qu'il est de la justice : 1" que » les villes grecques d'Asie , ainsi que les îles de Glazo- » mène et de Ghypre, demeurent réunies à son empire; » 2o que les autres villes grecques soient libres , à l'ex- » ception des îles de Lemnos, d'Imbros et de Scyros, qui » axjpartiendront aux Athéniens. Il joindra ses forces à » celles des peuples qui accepteront ces conditions, et les » emploiera contre ceux qui refuseront d'y souscrire. «
L'exécution d'un traité destiné à changer le système politique de la Grèce fut confiée aux Lacédémoniens, qui en avaient conçu l'idée et réglé les articles. Par le premier, ils ramenaient sous le joug des Perses les Greps de
397 av. J.-C. XHÈBES p:^f^y^ pj^s Spartiates. tSi
f'Asie , dont la liberté avait fait répandre tant de sang depuis près d'un siècle ; par le second , en obligeant les Thébains à reconnaître l'indépendance des villes de la Béotie, ils affaiblissaient la seule puissance qui fût peutêtre en état de s'opposer à leurs projets ; aussi les Thébains , ainsi que les Argiens , n'accédèrent-ils au traité que lorsqu'ils y furent contraints par la force. Les autres républiques le reçurent sans opposition, et quelques-unes même avec empressement.
Bauthélemt. — Voyage d'Anacharsis, ch. !•