av. J.-C. LES thébains dans le péloponèse
dans le Péloponèse, et firent révolter beaucoup de villes •et de peuples contre les Lacédômoniens : l'Elide , Argos , toute l'Arcadie et la plus grande partie de la Laconie même. On était alors au solstice de l'hiver, et à la fin du dernier mois de l'année ; de sorte que dans très peu de jours ils devaient sortir de charge , car le premier jour du mois suivant il fallait qu'ils cédassent leur place à ceux qui seraient nommés, ou qu'ils encourussent la peine de mort s'ils la retenaient au delà de ce terme. Leurs collègues, craignant la mauvaise saison, et encore plus les suites redoutables de cette loi , voulaient à toute -force ramener l'armée à Thèbes. Pélopidas fut le premier qui , entrant dans le sentiment d'Epaminondas, excita le courage de ses concitoyens , et les engagea à profiter de l'alarme où étaient les ennemis , et à poursuivre leurs -entreprises , en passant par-dessus une formalité dont ils se devaient croire légitimement dispensés par l'Etat même, puisque l'intérêt de l'Etat, quand il est fondé sur la justice, est une loi souveraine pour les sujets.
Ils entrèrent donc dans la Laconie à la tête d'une armée de plus de soixante et dix mille bons soldats , dont les Thébains ne faisaient pas la douzième partie. Mais la grande réputation de ces deux généraux faisait que, même sans ordre et sans décret public , tous les alliés se rangeaient avec un respectueux silence sous leurs enseignes, ^t marchaient pleins de confiance et de courage sous leur conduite. Il y avait six cents ans que les Doriens s'étaient établis à Lacédémone , et depuis tout ce temps-là , c'était ici la première fois qu'ils voyaient les ennemis sur leurs terres ; auparavant jamais aucun n'avait osé y mettre le pied, bien moins encore attaquer la ville, quoiqu'elle fût sans murailles. Les Thébains et leurs alliés, trouvant donc un pays auquel on n'avait jamais touché, le parcoururent la flamme à la main , le saccagèrent et le pillèrent jusqu'à la rivière d'Eurotas , sans que personne se mît en devoir de les en empêcher.
On avait placé en quelques endroits des corps de garde pour défendre des passages importants. Ischolas Spartiate, qui commandait un de ces détachements , s'y distingua d'une manière particulière. Voyant bien qu'avec sa petite troupe il ne pouvait pas soutenir l'attaque des ennemis , mais jugeant qu'il était honteux à un Spartiate d'abandonner son poste , il renvoya dans la ville les jeunes
^•^* LECTURES d'histoire ANCIENNE. — GRÈCE.
ygens qui étaient en âge et en état de servir utilemer leur patrie , et ne retint avec lui que les vieillards S dévouant tous ensemble au bien public , à l'imitation d Léonidas, ils vendirent Men cher lenr vie, et après s'êtr longtemps défendus et avoir fait un grand carnage il périrent tous. '
Agésilas se conduisit, dans cette occasion, avec beau coup d'habileté et de sagesse. Il regarda cette irruptioi des ennemis comme un torrent impétueux , auquel i aurait été non-seulement inutile mais dangereux de s'op poser , et dont le cours rapide , mais de courte durée après quelques ravages, se dissiperait de lui-même. Il si contenta de distribuer dans le milieu de la ville et dan! tous les endroits les plus importants ses meilleures troupes, et de bien assurer tous les postes. Du reste, bien dé terminé à ne point sortir et à ne point liasarder de combat , il demeura insensible aux railleries , aux insultes «.ux menaces des Thébains, qui le défiaient en l'appelanl par son nom , et qui le pressaient de sortir pour défendre son pays , lui qui seul en avait causé tous les maux en allumant cette guerre.
Mais ce qui attristait encore davantage Agésilas , c'étaient les mouvements tumultueux et les troubles qui s'excitaient dans la ville , le murmure et les plaintes des vieillards affligés jusqu'au désespoir d'être témoins de ce qu'ils voyaient , aussi bien que des femmes qui paraissaient comme forcenées en entendant les cris menaçants des ennemis, et en voyant les embrasements qu'ils excitaient aux environs , dont la lumière et la fumée , qui venaient presque jusque sous leurs yeux, semblaient leurl annoncer un pareil malheur. Quelque courage que montrât au dehors Agésilas , il ne pouvait pas ne point être sensiblement touché d'un si triste spectacle , auquel se j-oignait la douleur de voir ternir sa réputation, en ce qu'ayant trouvé la ville très florissante et très puissante quand il fut chargé du gouvernement, il la voyait dépé-î VIT entre ses mains , et perdre sous lui tout son éclat II avait encore un secret dépit de voir démentir la vanterie dont il avait souvent usé lui-même, que jamais femme de Sparte n'avait vu la fumée d'un camp ennemi.
Pendant qu'il donnait différents ordres dans la ville on vint l'avertir qu'un certain nombre de mutins s'étaient emparés d'un poste important , où ils voulaient se