av. J.-C. les thébains dans le péloponèse
Pélopidas fut cité le premier devant le tribunal. Il se défendit avec moins de force et de grandeur d'âme qu'on n'avait sujet de l'attendre d'un homme de son caractère, car il était vif et bouillant. Ce courage , fier et intrépide dans les combats, l'abandonna dans le jugement. Son air et son discours , qui avaient je ne sais quoi de timide et de rampant , annonçaient un homme qui craignait la mort, et ne disposèrent point les juges en sa faveur : ce ne fut point sans peine qu'ils le renvoyèrent absous. Epaminondas parut d'un air et parla d'un ton tout différent ; et il se présenta, pour ainsi dire, de front au péril, sans changer de contenance. Au lieu de se justifier , il fit son éloge. Il raconta en termes magnifiques comment il avait ravagé la Laconie, rétabli la Messénie , réuni l'Arcadie en un seul corps , et conclut en disant qu'il mourrait avec joie, si les Thébains voulaient bien lui laisser à lui seul la gloire de toutes ces actions , et déclarer qu'il les avait faites de son chef et sans leur aveu. Tous les suffrages furent pour lui, et il sortit de ce jugement, comme il avait coutume de sortir des combats, couvert de gloire et généralement applaudi ; tant le véritable courage a de grandeur et enlève comme par force l'admiration des hommes !
Il était né pour les grandes choses , et donnait luimême un air de grandeur à tout ce qu'il faisait. Un jour ses ennemis, jaloux de sa gloire, et pour lui faire injure, l'avaient fait nommer téléarque : c'était une commission peu digne d'un homme de son mérite. Il ne s'en tint nullement déshonoré , et dit qu'il ferait voir « que nonseulement la charge montre quel est l'homme , mais aussi que l'homme montre quelle est la charge. » En effet , il éleva à une grande dignité cet ofîice , qui n'était rien auparavant, et dont les fonctions ne consistaient qu'à faire nettoyer les rues, emporter les fumiers et prendre soin des égouts pour faire écouler les eaux.
RoLLiN. — Histoire ancienne , 1. 12, eh. 1, s. 4 et 5.
Pélopidas se montra digne de l'indulgence de ses juges par de nouveaux services. Il mit la paix dans la Thessalie, que souillaient îes crimes d'Alexandre de Phères. Il termina les troubles survenus en Macédoine à la mort d'Amyntas II, et emmena comme otage, à Thèbes, Philippe, le plus jeune des fils du défunt. Mais en traversant les Etats du tyran de Phères, il tomba dans les mains de ce monstre, d'où la vigoureuse attitude d'Epaminondas l'arracha bientôt. Euân, Pélopidas alla négocier , à la cour du roi de Perse , l'alliance de ce souverain avec sa j)atrie. Moins heureux au retour , il tenta une action décisive contre
Alexandre, de plus en plus odieux aux Thessaliens et aux Grecs. Il mouru*en lui livrant combat aux collines Cynoscéphales. — Voici des détails sur tous ces événements.
g IV. — Blisalons diverses de Pélopldas. — Alexandre
de I»hères.
Pélopidas en Thessalie et en Macédoine. — Dans ce temps-là , Alexandre , tyran de Phères , faisait ouvertement la guerre à plusieurs peuples de Thessalie, et s'ouvrait secrètement un chemin pour les assujettir tous. Les villes envoyèrent à Thôhes des ambassadeurs , pour demander des troupes et un général, Pélopidas , voyant Epaminondas occupé dans le Péloponèse, se donna luimême pour général aux Thessaliens, ne pouvant souffrir que la capacité qu'il avait pour la guerre , et ses autres talents demeurassent inutiles ; et jugeant bien que partout où était Epaminondas, on n'avait nul besoin d'un autre capitaine.
Il part donc pour la Thessalie avec une armée, se rend maître de Larisse, et oblige Alexandre de venir à ses pieds : là , il travaille à le changer et à le faire devenir de tyran un prince humain et juste. Mais voyant qu'il était incorrigible , et d'une brutalité sans exemple , et qu'on se plaignait tous les jours de sa cruauté , de ses débauches et de son avarice insatiable , il commença à s'emporter véritablement contre lui , et à le menacer.^ Le tyran alarmé se dérobe avec ses gardes; et Pélopidas, laissant les Thessaliens à couvert des entreprises du tyran , et en bonne intelligence les uns avec les autres , prend le chemin de la Macédoine, où Ptolémée faisait la guerre à Alexandre, roi des Macédoniens, et où ces deux frères l'avaient appelé pour le faire l'arbitre et le juge de leurs querelles, ou pour le prier d'embrasser le parti de celui qui aurait raison, et à qui on ferait injustice.
Pélopidas n'est pas plus tôt arrivé , qu'il termine tous leurs différends , et rétablit les bannis de part et d'autre ; et ayant pris pour otages Philippe , frère du roi Alexandre, et trente autres enfants des plus grandes maisons de la Macédoine, il les mène à Thèbes pour faire voir aux Grecs jusqu'où s'étendait l'autorité des Thébains , par la réputation de leurs forces , et par la confiance entière que l'on avait en leur justice et en leur fidélité. Ce fut ce Philippe qui, longtemps après, fit la guerre aux Grecs