ay. J.-C. MISSIONS diverses de pélopidas
de ceux qui le gardaient, eut la curiosité de le voir et de l'entretenir. Elle alla donc dans sa prison ; et d'abord , comme femme qu'elle était , elle ne démêla pas la bonne mine et la majesté de ce personnage, dans la bassesse et dans la calamité où elle le voyait; mais jugeant bien par ses cheveux négligés, par ses méchants habits, et par le pauvre traitement qu'on lui faisait, qu'il souffrait beaucoup et qu'il était dans un état qui répondait mal à la gloire de son nom , elle se mit à pleurer.
Péiopidas , ne sachant pas qui elle était , fut d'abord surpris ; mais après qu'on l'eut nommée , il lui parla le premier , et l'appela du nom de son père : car il avait connu familièrement Jason , et il avait été de ses amis. Thébé ayant commencé à lui dire : « Pélopidas , votre pauvre femme me fait grand'pitié. » « Vous m'en faites bien davantage, Thébé , lui répondit-il , de ce que n'étant point prisonnière, vous souffrez un aussi méchant homme qu'Alexandre. » Ce mot toucha Thébé jusqu'au vif; car elle ne supportait qu'avec beaucoup de peine la cruauté , les violences et l'insolenCe du tyran. C'est pourquoi , allant souvent voir Pélopidas et se plaignant librement devant lui de tous les outrages qu'elle souffrait, elle s'aigrissait de plus en plus contre son mari , et remplissait son cœur de ressentiment , d'audace , de haine et de désir de se venger.
Les généraux des Thébains, qui venaient d'entrer dans la Thessalie , n'ayant rien fait , et ayant même été obligés , par leur incapacité et par leur mauvaise fortune , d'abandonner le pays et de s'en retourner honteusement et avec perte , la ville de Thèbes les condamna chacun à une amende de dix mille drachmes , et envoya Epaminondas en Thessalie avec une armée.
Voilà d'abord un grand mouvement parmi les Thessaliens, réveillés et ranimés par la réputation de ce général ; et il s'en fallut bien peu que dès ce moment les affaires du tyran ne fussent entièrement ruinées , si grandes furent la frayeur qui tomba tout d'un coup sur ses capitaines et sur ses amis , l'ardeur qui porta tous ses sujets à la révolte , et la joie qu'inspira à tous les peuples l'attente de ce qui devait arriver, personne ne doutant que le tyran n'allât bientôt être puni de tous ses crimes.
Mais Epaminondas, préférant le salut de Pélopidas à sa propre réputation , et craignant que s'il poussait d'abord
les affaires à l'extrémité, le tyran au désespoir ne tournât, comme une bête féroce , toute sa rage contre son prisonnier , tirait la guerre en longueur ; et tournoyant tout autour comme pour faire ses préparatifs, pendant ces délais , il tenait en suspens le tyran , l'amusait avec un tel ménagement et une telle adresse , que par là il ne le portait ni à modérer ses violences et ses emportements , ni à irriter ses fureurs et sa barbarie ; car il connaissait ses cruautés et le peu de cas qu'il faisait de la raison et de la justice. Il savait qu'il faisait enterrer des hommes tout vifs ; qu'il en couvrait d'autres de peaux de sangliers et d'ours ; que , lâchant sur eux ses chiens de chasse , il les faisait déchirer , ou les tuait à coups de flèches , et que c'étaient là ses jeux et ses divertissements. Dans les villes de Mélibée et de Scotuse , ses amies et ses alliées , il convoqua à une assemblée les citoyens , et les fit environner par ses gardes , qui égorgèrent devant lui toute leur jeunesse. Il consacra la pique dont il s'était servi pour tuer son oncle Polyphron ; et l'ayant couronnée de festons et de bandelettes , il lui sacrifia comme à un dieu , et l'appela Tychon (c'est-à-dire V heureuse).
Ce même tyran si cruel , étonné de la réputation et du nom d'Epaminondas, et ébloui de sa dignité et de la majesté qui l'environnait, commença à craindre, comme un coq qui^ se sentant vaincu, va tramant l'aile^ et se hâta de lui envoyer des gens pour se justifier. Mais Epaminondas ne voulut pas souffrir que les Thébains fissent ni paix ni alliance avec un si méchant homme : il lui accorda seulement une trêve de trente jours ; et après avoir retiré de ses mains Pélopidas et Isménias, il ramena ses troupes.
Pélopidas à la cour de Perse, ^ Les Thébains ayant eu vent que les Lacédémoniens et les Athéniens avaient envoyé des ambassadeurs au grand roi pour conclure ave lui une ligue , ils y envoyèrent aussi de leur côté Pélopidas , choix plein de sagesse , à cause de sa grande réputation. Premièrement , dans toutes les provinces du roi où il passa , il était très connu et très célèbre : car la renommée n'avait pas publié ses combats contre les Lacédémoniens dans les premières régions de l'Asie seulement, et de loin en loin ; mais d'abord, après les premières nouvelles qu'elle y eut semées de sa victoire à la bataille de Leuctres , inforpaéeteus les jours de ses nou-^