‹ Lectures d'histoire ancienneChapitre 44 sur 70 · av. J.-C. missions diverses de pélopidas · texte numérisé non relu

av. J.-C. missions diverses de pélopidas

veaux succès , elle avait porté et fait retentir sa gloire jusqu'aux provinces les plus reculées. Ensuite, quand il fut arrivé à la cour et qu'il parut devant les satrapes, princes et capitaines qui étaient à la porte, il leur donna de l'admiration ; ils disaient tous : « Voilà donc cet homme qui a ôté aux Lacédémoniens l'empire de la terre et de la mer , et réduit Sparte à se tenir entre le Taygète et l'Eurotas ; Sparte , qui depuis peu encore , sous la conduite d'Agésilas , a fait la guerre aux Perses et au grand roi, et les a forcés de craindre pour les royaumes de Suse et d'Ecbatane. »

Arfcaxerxe , ravi de son arrivée , ne chercha qu'à augmenter sa réputation et à le rendre encore plus grand par tous les honneurs dont il put s'aviser, et cela par vanité et par amour-propre, pour faire entendre à ses sujets que les plus grands personnages et les plus vertueux venaient lui faire la cour, et lui rendre hommage comme au plus grand et au plus heureux de tous les rois. Mais après qu'il l'eut admis à son audience , qu'il l'eut vu et qu'il eut entendu ses discours , plus forts que ceux des ambassadeurs d'Athènes et plus simples que ceux des Lacédémoniens , il l'aima davantage ; et comme c'est la coutume des rois dans leurs affections, il ne dissimula point l'extrême considération qu'il avait pour lui , et ne cacha point aux autres ambassadeurs la préférence qu'il lai donnait et l'inclination qui le portait à lui accorder plus de grâces. Véritablement , il paraissait faire plus d'honneur à Antalcidas qu'à tous les autres Grecs ; car un jour il prit la couronne qu'il avait à table , et l'ayant trempée dans des essences précieuses, il la lui envoya. Il ne traita pas Pélopidas avec tant de privante et de familiarité, mais il lui envoya des présents qui passaient pour les plus riches et les plus magnifiques, et lui accorda de plus toutes ses demandes : « Que tous les Grecs seraient libres et indépendants ; qu'on repeuplerait Messène , et que les Thébains seraient réputés amis du roi de père en fils. »

Après des réponses si favorables , il partit sans avoir accepté , de tous les présents du roi , que ce qu'il fallait pour porter chez lui une marque de sa faveur et de sa bienveillance , et ce fut ce qui aggrava les plaintes qu'on fit contre les autres ambassadeurs des Grecs.

L'estime et la bienveillance que les Thébains avaient pour Pélopidas ne furent pas peu augmentées par cette

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ambassade qui avait procuré l'affranchissement des Grecs et le rétablissement de Messène, et il en reçut de grands témoignages à son retour.

Mort de Pélopidas, — Alexandre, tyran de Phères, était retombé dans son naturel ; il avait ruiné plusieurs villes de Thessalie , et mis garnison dans celles des Phthiotes , des Achéens et des Magnésiens. Ces villes, informées du retour de Pélopidas , députèrent en même temps à Thèbes, poar demander un secours de troupes et ce général. Les Thébains firent un décret qui leur accordait tout ce qu'elles demandaient.

Toutes choses se trouvant donc bientôt prêtes, et le général en état de partir , tout à coup le soleil vint à s'éclipser et les ténèbres à couvrir en plein jour la ville de Thèbes. Pélopidas, qui vit ses concitoyens troublés de ce signe , ne crut pas devoir les contraindre à partir dans cette frayeur et dans cette consternation , qui leur ôtaient toute espérance , ni exposer sept mille Thébains ; mais il se donna lui seul aux Thessaliens. Et prenant avec lui trois cents chevaux thébains ou étrangers qui voulurent le suivre, il partit contre les défenses des devins, et malgré les autres citoyens qui voulaient le retenir ; car ils croyaient que cette éclipse était un prodige considérable et qui menaçait un grand homme comme lui. Mais outre que Pélopidas était aigri contre Alexandre par le ressentiment des outrages qu'il en avait reçus, il espérait trouver un grand désordre et de grandes brouilleries dans sa maison à cause des conversations qu'il avait eues avec sa femme Thébé. Et ce qui l'excitait et l'enflammait encore plus, c'était la beauté de l'action même ; car tous ses désirs et toute son ambition était de faire voir à tous les Grecs que , dans le même temps que les Lacédémoniens envoyaient à Denys le tyran des généraux et des capitaines , et que d'un autre côté les Athéniens étaient comme à la solde d'Alexandre , et lui avaient érigé une statue de bronze comme à leur bienfaiteur, les Thébains étaient les seuls qui faisaient la guerre pour délivrer les opprimés , et pour exterminer parmi les Grecs tous les gouvernements violents et injustes.

Après avoir donc assemblé son armée à Pharsale, il marcha contre le tyran. Celui-ci voyant que Pélopidas n'avait que peu de Thébains , et que lui il avait une in-

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fanterie le double plus forte que celle des Thessaliens, il alla à sa rencontre jusqu'auprès du temple de Thétis. Là, quelqu'un ayant dit à Pélopidas que le tyran venait à lui avec une grosse armée : « Tant mieux, lui répondit-il, nous en battrons un plus grand nombre. »

En cet endroit, près du lieu qu'on appelle Gynoscéphales {tête de chien) , il y avait deux collines fort élevées et fort droites , qai sont opposées l'une à l'autre au milieu de la plaine. Les deux partis s'ébranlent pour faire occuper ces deux collines par leur infanterie , et en même temps Pélopidas ordonne à sa cavalerie de charger celle des ennemis qui était fort bonne. Cette cavalerie de Pélopidas enfonça celle d'Alexandre ; et comme elle la poursuivait dans la plaine , on vit tout à coup Alexandre sur le haut des collines , qui avait devancé l'infanterie des Thessaliens, et qui, tombant rudement sur ceux qui voulaient forcer ces hauteurs et ces retranchements, tuait les plus avancés, et repoussait les autres qui, chargés de blessures, étaient obligés de reculer. Ce que voyant Pélopidas, il rappela sa cavalerie, lui commanda de fondre sur les ennemis qui étaient en bataille , et , prenant son bouclier , il courut à ceux qui combattaient sur les collines.

Il eut bientôt percé son infanterie ; et passant dans un moment de la queue à la tête , il redonna à ses gens une telle vigueur et un tel courage, que les ennemis crurent que c'étaient des hommes frais qui les attaquaient. Ils soutinrent deux ou trois charges sans s'ébranler ; mais lorsqu'ils virent que cette infanterie poussait toujours en avant , et que la cavalerie , revenue de sa poursuite , venait la soutenir, ils commencèrent à lâcher le pied en se retirant à pas lents , et faisant toujours face. Alors Pélopidas, voyant de dessus les hauteurs toute l'armée ennemie , qui véritablement n'avait pas encore pris la fuite, mais qui commençait à plier et à se mettre en désordre , il s'arrêta et se tint quelque temps , cherchant des yeux Alexandre.

Dès qu'il l'eut aperçu à son aile droite , où il ralliait et encourageait ses troupes mercenaires, il ne laissa plus sa raison maîtresse de sa colère ; mais enflammé à cette vue , et abandonnant à son ressentiment seul le soin de sa vie et toute la conduite de l'affaire , il devança de bien loin ses bataillons et courut de toute sa force, en appelant

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et défiant Alexandre. Le tyran ne répondit point à son défi , et n'osa l'attendre , mais alla se cacher dans le bataillon de ses gardes. Ces soldats mercenaires ayant voulu faire ferme , les premiers rangs furent d'abord enfoncés par Pélopidas, et la plupart tués sur la place ; les autres , se battant de loin, percèrent enfin ses armes et lui enfoncèrent leurs piques dans l'estomac.

Si sa mort fut douloureuse à ses alliés, elle leur fut encore plus profitable ; car les Thébains, ayant appris la perte qu'ils venaient de faire, et enflammés du désir de se venger sans délai , envoyèrent très promptement une armée de sept mille hommes de pied et de sept cents chevaux , sous la conduite de Malcitas et de Diogiton , qui , surprenant Alexandre réduit à l'étroit et tout consterné de la défaite de son armée , l'obligèrent de rendre aux Thessaliens les villes qu'il leur avait prises, de laisser les Magnésiens , les Phthiotes et les Achéens en liberté , de retirer ses garnisons de leur pays, et de jurer qu'il obéirait toujours aux Thébains, et qull marcherait sous leurs ordres contre tous leurs ennemis.

Mort d'Alexandre de Phères, — Les Thébains se contentèrent de ces conditions ; mais il est à propos de raconter ici la peine que les dieux firent souffrir bientôt après au tyran , pour tout ce qu'il avait fait à Pélopidas. Nous avons déjà dit que sa femme Thébé avait été instruite par lui à ne pas redouter cet éclat extérieur et cet appareil de tyrannie , quoiqu'elle fût environnée des satellites et des bannis qui gardaient le tyran. Thébé , qui avait profité de ces leçons , et qui d'ailleurs craignait la perfidie et haïssait mortellement la cruauté de son mari, fait avec ses trois frères , Tisiphon , Pitolatls et Lycophron, un complot de le tuer et l'exécute de cette manière : tout le palais du tyran était rempli de gardes qui veillaient toute la nuit ; il n'y avait qu'une chambre haute qui était gardée par un chien enchaîné, très dangereux, et qui ne reconnaissait que le maître, la maîtresse, et un seul esclave qui lui donnait à manger.

Le temps pris pour l'exécution étant venu , Thébé enferme ses frères pendant le jour dans une chambre voisine ; et entrant seule, selon sa coutume, dans la chambre d'Alexandre qu'elle trouve endormi , elle sort un moment anrès , ordonne à l'esclave d'emmener le chien de-

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hors , parce que son mari voulait dormir en repos ; et , de peur que l'échelle par où il fallait monter ne fît du bruit quand ses frères monteraient , elle emmaillotta de laine les échelons. Tout étant ainsi préparé, elle fait monter tout doucement ses frères armés de poignards , et les laissant à la porte qui était entr'ouverte , elle rentre ; et prenant le cimeterre qui était pendu au chevet , elle le leur montre ; c'était le signal dont ils étaient convenus, pour marquer que le tyran était assoupi et qu'il dormait tranquillement.

Sur le point de l'exécution, ces jeunes gens se trouvent saisis de frayeur , et n'osent avancer : Thébé se met en colère, les appelle lâches, et leur fait des serments horribles qu'elle va éveiller Alexandre et lui déclarer leur complot. La honte et la crainte les raniment ; elle les fait entrer, les mène près du lit, et tient elle-même la lampe. L'un prend le tyran par les pieds, qu'il serre de toute sa force, l'autre le prend par les cheveux , et le troisième le frappe à grands coups de poignards et le tue ; mort peutêtre trop douce et trop prompte pour un monstre si abo^ minable et si crue], mais pourtant proportionnée et conforme à ses injustices et à ses cruautés, sil'on en considère les circonstances et les suites ; car c'est le premier des tyrans qui ait été assassiné par sa propre femme. Et, après sa mort , son corps fut exposé à toutes sortes d'outrages , foulé aux pieds par ses sujets, et abandonné en proie aux chiens et aux vautours.

Plutarque. — Vélopidas. Trad. de Dacier.

Pendant que Pélopidas soutenait et étendait au dehors la gloire de Thèbes , Epaminondas, rendu, comme malgré lui, au commandement, conduisait de nouvelles expéditions dans le Péloponèse. Il trouva la mort dans sa victoire de Mantinée sur les Spartiates (362). — Après la mort de ces deux grands hommes, Thèbes retomba dans son obscurité première, et la Macédoine acquit la prépondérance en Grèce.

§ V. — Mort d^Epaminondas A Mantinée,

Cependant les Lacédémoniens , s*apercevant qu'Eparainondas se livrait avec trop d'ardeur à leur poursuite, firent volte-face et se ruèrent tous sur lui. Aussitôt il fut accablé d'une grêle de flèches. Epaminondas, tantôt évitait ces projectiles, tantôt les parait avec son bouclier, et il en arrachait quelques-uns de son corps qu'il renvoyait

à Tennemi pour sa propre défense ; enfin il se battait en héros et était près de remporter la victoire , lorsqu'il reçut un coup mortel dans la poitrine. La lance se brisa et le fer resta dans la plaie ; Epaminondas tomba épuisé. On se battit avec acharnement autour de son corps , et on essuya des pertes réciproques ; enfin , grâce à leur force physique , les Thébains parvinrent , quoique avec peine, à défaire les Lacédémoniens. Les Béotiens ne les poursuivirent pas longtemps, mais ils revinrent sur leurs pas , considérant comme la chose la plus importante de rester maîtres de leurs morts.

Les trompettes sonnèrent donc la retraite, et la victoire paraissant douteuse , des deux côtés on éleva un trophée. En effet, les Athéniens qui avaient vaincu les Eubéens et les mercenaires occupant les hauteurs, étaient en possession des morts ; et les Béotiens qui avaient mis en déroute les Lacédémoniens, étaient de leur côté maîtres du champ de bataille et s'attribuaient la victoire. Ainsi , on resta quelque temps sans envoyer des députés pour traiter de l'enlèvement des morts ; car personne ne voulait s'avouer vaincu. Enfin les Lacédémoniens envoyèrent les premiers des hérauts à ce sujet; et des deux côtés on donna la sépulture aux morts. Cependant Epaminondas encore en vie avait été transporté dans le camp , et les médecins convoqués déclarèrent qu'il mourrait lorsqu'on aurait retiré le fer de la plaie. Il supporta la mort avec un courage héroïque. Il fit venir son écuyer et lui demanda si le bouclier était sauvé. L'écuyer répondit affirmativement. Puis, après avoir fait placer le bouclier devant ses yeux , Epaminondas demanda de quel côté était la victoire. L'écuyer répondit que les Béotiens étaient vainqueurs. « Eh bien ! reprit-il , je puis mourir maintenant ; » et il ordonna qu'on lui arrachât le fer. Ses amis qui l'environnaient éclatèrent en gémissements , et l'un d'eux s'écria en pleurant : « Ah! Epaminondas, faut-il que tu meures j) sans enfants ? — De par Jupiter, reprit Epaminondas , » cela n'est pas; car je laisse deux filles, la victoire de » Leuctres et celle de Mantinée ! » Le fer fut extrait, et Epaminondas expira tranquillement.

DiODOBE DE Sicile. — Bibliothèque historique, 1. 15, 8. 87, Traduction Hoefer.

LA UACÉDOINE. 807

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