‹ Lectures d'histoire ancienneChapitre 45 sur 70 · PUISSANCE DE LA MACÉDOINE · texte numérisé non relu

PUISSANCE DE LA MACÉDOINE

La Mâcéàomel Situation géographique de la Macédoine, ses habitants, ses qua-

avant | rante rois entre Caranus et Philippe II (796-359). Philippe II. [La famille d'Amyntas IL — Avènement de Philippe II (359). iPolitique de Philippe : la force et la corruption ; réorganisation ' de l'armée, phalange, raines de Crénides; Démosthéne. ^Premières hostilités en lUyrie, en Thrace, en Thessalie. — i Guerre sociale.

lire giierre sacrée (357-346) : labour du champ Cyrrhéen par I les Phocidiens qui luttent depuis trois ans lorsque Philippe Philippe II J intervient ; sa présence aux Thermopyles (1'^ Philippique). (359-336). \ — Inaction apparente; il embellit Pella, envahit le Péloponèse et l'Eubée, ruine Olynthe (Olynthiennes) , bal les Phocidiens, et les remplace au conseil aniphictyonique (346). ' guerre sacrée (338) : sacrilège des Locriens d'Amphissa , Eschine, prise d'Elatée par Philippe, victoire de Chéronée. ^Préparatifs contre les Perses; second mariage de Philippe, sa

mort (336).

[ Ses débuts : naissance , leçons d'Aristote ; victoires sur les Barbares et les Grecs (ruine de Thèbes) ; présence à Corinthe (Diogène).

Alexandre le j Expédition d'Asie par : l'Hellespont, Troie, le Granique, Milet Grand ( et Halicarnasse. Gordium, Tarse, Issus, Tyr, Jérusalem, Gaza, (336-323). j l'Egypte, l'oasis d'Aramon, Arbelles, Babylone, Persépolis, Ecbatane, la Parlhie, l'Arie, la Drangiane, la Bactriane, la Sogdiane , l'Inde. — Rentrée et mort à Babylone (323). Géographie de son empire : bornes et divisions politiques.

§ I. — L.a Macédoine.

La région macédonienne a ses limites bien caractérisées à l'extérieur, et ses divisions intérieures ne sont pas dessinées moins nettement. Elle s'appuie à l'ouest et à l'est sur deux mers, qui forment le long de ses côtes des golfes profonds et des ports commodes ; protégée, au nord et au midi, par les deux grandes chaînes horizontales de l'Hémus et des monts Cambuniens , sa position est très forte, sa défense est très facile, et elle posséderait encore aujourd'hui tous les éléments nécessaires pour constituer un puissant empire. Les bois de construction y abondent , et le sol y est , sur beaucoup de points , assez fertile pour suffire aux besoins d'une nombreuse population. Dans les conditions de la civilisation moderne , la centralisation y serait possible , grâce aux moyens éner-

308 LECTURES D'mSTOraB AMCIENIfB. — ORIcS.

giques et tout à fait récents dont elle dispose. Mais, dans l'antiquité , ces mêmes ressources faisaient défaut ; il n'est pas extraordinaire , quand on examine de près la configuration intérieure du pays, que la vie politique s'y soit de bonne heure étagée par cantons , et que cet isolement volontaire se soit perpétué obstinément sur plus d'un point , même au milieu de la domination romaine. Ce ne sont pas seulement l'Illyrie grecque , le bassin du Pénée, la Macédoine, la Ghalcidice , la Thrace épictète, qui ont leur existence à part. Dans chacune de ces contrées, séparées l'une de l'autre par des obstacles réels que la politique ne pouvait qu'atténuer sans les détruire , le fractionnement reparaissait, tout aussi spontané, encore plus multiple, et chaque tribu abritait son indépendance derrière une montagne ou derrière un défilé. Les vaincus ne s'assimilaient pas aux vainqueurs : ils combattaient jusqu'à ce qu'ils fussent exterminés ou réduits en esclavage, et ce n'est que dans la Macédoine proprement dite, où déjà les plaines s'élargissent, et après plusieurs siècles d'efforts, que les rois parvinrent à se faire accepter des tribus les plus voisines. Mais en Illyrie , comme au delà de l'Hémus dans la Dalmatie et la Mésie supérieure, les Romains eux-mêmes, pour arriver à réduire, furent obligés d'exterminer. C'est ainsi qu'ils triomphèrent des Ardyéens , des Scordisques et des Autariates : c'est encore ainsi que, jusqu'au temps des empereurs, ils durent triompher des Thraces.

Quoi de plus naturel , en effet , si Ton tient compte de la géographie physique? Dans l'Illyrie grecque, on trouve un grand bassin incliné, celui du Drino, long et rétréci; ensuite autant de vallées horizontales qu'il y a de bassins côtiers, autant de chaînes parallèles qu'il y a de vallées, et conséquemment presque autant de tribus qu'il y a de vallées et qu'il y a de chaînes. Dans laThessalie épictète, deux peuples différents répondent à deux plaines adossées ; dans la Macédoine proprement dite, les bassins de l'Haliacmon et de l'Axius se subdivisent en compartiments irréguliers , tous bien circonscrits , presque tous capables de nourrir une peuplade. C'est de même dans la Thrace épictète ; c'est bien pis dans les bassins côtiers de la mer Egée , et surtout dans la Chalcidice. Là les chaînes multiplient leurs ramifications, les contre-forts s'entre-croisent, les rivages se découpent en baies profondes,

359 av. J.-C. OâBUTS DE PHILIPPE. 309

et d'étroites péninsules se morcèlent pour former des vallées restreintes , qui suffisent au développement d'une ville autonome , d'une petite république. C'est ainsi que l*on trouve, du sixième au quatrième siècle avant J.-C, plus de quarante Etats libres dans un espace qui ne dépasse pas en superficie deux de nos départements.

Th. Desdevises-dd-Dézert (1). — Géographie ancienm de la Macédoine, résumé de la géog. phys., in-8«, Durand.

§ IL — Philippe.

L'histoire de la Macédoine commence, en réalité, avec Philippe II, quarante et unième successeur de Caranus , premier roi de ce pays (796-359). Voici quelques détails sur son avènement et l'organisation de la phalange. (Nous avons déjà parlé , page 297 , des troubles à la suite desquels le prince dont nous allons nous occuper fut conduit à Thèbes par Pélopidas.)

Débuts de Philippe,

Perdiccas, fils d'Amyntas, venait de périr, avec la plus grande partie de son armée , dans un combat qu'il avait livré aux Illyriens. A cette nouvelle, Philippe son frère, que j'avais vu en otage chez les Thébains, trompa la vigilance de ses gardes, se rendit en Macédoine, et fut nommé tuteur du fils de Perdiccas.

L'empire était alors menacé d'une ruine prochaine. Des divisions intestines, des défaites multipliées l'avaient chargé du mépris des nations voisines , qui semblaient s'être concertées pour accélérer sa perte. Les Péoniens infestaient les frontières ; les Illyriens rassemblaient leurs forces et méditaient une invasion. Deux concurrents également redoutables , tous deux de la maison royale , aspiraient à la couronne ; les Thraces soutenaient les droits de Pausanias ; les Athéniens envoyaient une armée avec une flotte pour défendre ceux d'Argée. Le peuple consterné voyait les finances épuisées , un petit nombre de soldats abattus et indisciplinés , le sceptre entre les mains d'un enfant , et à côté du trône un régent à peine âgé de vingt-deux ans.

Philippe , consultant encore plus ses forces que celles du royaume, entreprend de faire de sa nation ce qu'Epa-

(1) Professeur de géographie à la Faculté des lettres de Caen , auteur d'un Programme d'histoire universelle d'après le plan d'études des lycées, 2* édition, etc. Paris, Durand.

SIO LKCTDRBS D'HISTOIRE ANCIENNE. — ORÂCI.

minondas, son modèle, avait fait de la sienne. De légers avantages apprennent aux troupes à s'estimer assez pour oser se défendre ; aux Macédoniens, à ne plus désespérer du salut de l'Etat. Bientôt on le voit introduire la règle dans les diverses parties de l'administration ; donner à la phalange macédonienne une forme nouvelle ; engager par des présents et par des promesses les Péoniens à se retirer, le roi de Thrace à lui sacrifier Pausanias. Il marche ensuite contre Argée , le défait et renvoie sans rançon les prisonniers athéniens.

Quoique Athènes ne se soutînt plus que par le poids de sa réputation, il fallait la ménager : il avait de légitimes prétentions sur la ville d'Amphipolis en Macédoine, et le plus grand intérêt à la ramener sous son obéissance. C'était une de ses colonies, une place importante pour son commerce ; c'était par là qu'elle tirait de la haute Thrace des bois de construction, des laines et d'autres marchandises. Après bien des révolutions, Amphipolis était tombée entre les mains de Perdiccas , frère de Philippe. On ne pouvait la restituer à ses anciens maîtres sans les établir en Macédoine , la garder sans y attirer leurs armes. Philippe la déclare indépendante, et signe avec les Athéniens un traité de paix, où il n'est fait aucune mention de cette ville. Ce silence conservait dans leur intégrité les droits des parties contractantes.

Au milieu de ces succès , des oracles semés parmi le peuple annonçaient que la Macédoine reprendrait sa splendeur sous un fils d'Amyntas. Le ciel promettait un grand homme à la Macédoine : le génie de Philippe le montrait. La nation persuadée que, de l'aveu même des dieux , celui-là seul devait la gouverner qui pouvait la défendre , lui remit l'autorité souveraine , dont eUe dépouilla le fils de Perdiccas.

Encouragé par ce choix, il réunit une partie de la Péonie à la Macédoine, battit les Illyriens et les renferma dans leurs anciennes limites.

Quelque temps après il s'empara d'Amphipolis, que les Athéniens avaient, dans l'intervalle, vainement tâché de reprendre , et de quelques villes voisines où ils avaient des garnisons. Athènes, occupée d'une autre guerre, ne pouvait ni prévenir ni venger des hostilités que Philippe savait colorer de prétextes spécieux.

Mais rien n'augmenta plus sa puissance que la décou-

PHALANGE MACEDONIENNE. 311

verte de quelques mines d'or qu'il fit exploiter, et dont il retira par an plus de mille talents (1). Il s'en servit dans la suite pour corrompre ceux qui étaient à la tête des républiques.

BARTHÉLBarr. — Voyage d*Anackarsii , ch. 23.

Description de la phalange macédonienne,

La phalange macédonienne était un corps d'infanterie composé de seize mille hommes pesamment armés , et qu'on avait coutume de placer au centre de la bataille. Outre l'épée , ils avaient pour armes un bouclier et une pique appelée par les Grecs sarisse. Cette pique avait quatorze coudées de longueur , c'est-à-dire vingt et un pieds : car la coudée est d'un pied et demi.

La phalange se divisait ordinairement en dix corps , dont chacun était composé de seize cents hommes , rangés sur cent de front , et seize de profondeur. Quelquefois on doublait ou on dédoublait ce dernier nombre selon l'exigence des cas , de sorte que la phalange n'en avait quelquefois que huit de profondeur, et d'autres fois en avait trente-deux. Mais sa profondeur ordinaire et réglée était de seize.

L'espace qu'on laissait à chaque soldat dans les marches était de six pieds , ou, ce qui est la même chose, de quatre coudées, et les rangs étaient aussi à six pieds l'un de l'autre. Quand on menait la phalange contre l'ennemi pour l'attaquer, le soldat n'occupait que trois pieds, et les rangs se rapprochaient à proportion. Enfin, quand il s'agissait de recevoir seulement l'ennemi et de lui résister, la phalange se pressait encore davantage, et chaque soldat n'occupait qu'un pied et demi.

On voit aisément par là l'espace différent qu'occupait , dans ces trois cas , le front de la phalange , en la comptant de seize mille hommes sur seize de profondeur , ce qui suppose qu'elle avait mille hommes de front. Cet espace, dans le premier cas, était de six mille pieds , ou de mille toises , qui font dix stades , c'est-à-dire une demilieue. Dans le second cas, cet espace diminuait de la moitié, et ne tenait que cinq cents toises. Et dans le troi-

(1) « Plus de cinq millions quatre cent mille livres » (Br.rthélemy). Ils*agit ifi des mines de Crénides.

Si* LECTURES d'histoire ANCIENNE. — GRÈCE.

Bième , il diminuait encore d'une autre moitié, et ne tenait que deux cent cinquante toises.

Polybe examine la phalange dans le cas où elle marche contre l'ennemi pour l'attaquer. Chaque soldat pour lors occupait trois pieds en largeur, et autant en profondeur. Nous avons vu que la pique dont il était armé avait quatorze coudées de long. L'espace entre les deux mains , et ce qui débordait de la pique au delà de la droite, en occupait quatre , par conséquent la pique s'avançait de dix coudées au delà du corps de celui qui la portait. Cela posé, la pique des soldats placés au cinquième rang, que j'appellerai les cinquièmes , et ainsi du reste, passait le premier rang de deux coudées ; celle des quatrièmes, de quatre ; celles des troisièmes , de six ; celle des seconds , de huit ; enfin la pique des premiers s'avançait de dix coudées vers l'ennemi.

On conjecture aisément combien la phalange , cette grosse et lourde machine , hérissée de piques, comme on vient de le voir , devait avoir de force quand elle s'ébranlait toute ensemble pour attaquer l'ennemi, piques baissées, et pour tomber sur lui de tout son poids. Les soldats placés au delà du cinquième rang tenaient leurs piques élevées en haut, mais un peu inclinées sur les rangs qui les précédaient , formant par là une espèce de toit , qui , sans parler de leurs boucliers , les mettait en sûreté contre les traits qu'on leur lançait de loin et qui retombaient sur eux sans leur faire aucun mal.

Les soldats placés dans tous les autres rangs qui suivaient le cinquième ne pouvaient, à la vérité, combattre contre l'ennemi , ni l'atteindre de leurs piques ; mais ils ne laissaient pas d'être d'un grand secours dans l'action à ceux qui les précédaient. Car, les soutenant par derrière de tout le poids de leur corps, et appuyant contre le dos , ils ajoutaient une force et une impétuosité extraordinaire à leur irruption contre l'ennemi ; ils leur donnaient une fermeté et une consistance immobile pour résister à l'attaque , et en même temps ils leur ôtaient tout moyen et toute espérance de fuir en arrière ; de sorte qu'il fallait nécessairement ou vaincre ou périr.

Aussi Polybe avoue que, tant que la phalange conservait son état et son arrangement de phalange, c'est-à-dire tant que les soldats et les rangs demeuraient serrés comme on Ta dit, il n'était pas possible, ni de soutenir son effort^

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