‹ Lectures d'histoire ancienneChapitre 54 sur 70 · LA STRIE SOUS LES SÉLEUGIDE · texte numérisé non relu

LA STRIE SOUS LES SÉLEUGIDE

^Séleucus I*r : vainqueur de Démétrius Poliorcète et de Lysi-

maque, assassiné par Ptolémée Céraunus. — Stratonice. AntiochusP' : perte de la Galatie et de la Bithynie. [Antiochus II Théos : fondation des royaumes indépendants de Parthie et de Bactriane. — Séleucus II et Séleucus III. Séleueides ) Antiochus III le Grand : guerres en Asie; éctiec contre les Ro- (311-64). \ mains aux Thermopyles et à Magnésie (190). ÏSèleucus IV : Héliodore à Jérusalem.

J Antiochus IV Epiphane : persécution contre les Juifs ; Matha'

tliias. — Cercle de Popilius.

Faiblesse de plus en plus grande de la Syrie occupée par le»

Romains (64 av. J.-C).

'Fergame, fondé par Philétère (283). — Rois célèbres : Attale J*'', allié de Rome, contre Philippe III, roi de Macédoine ; Eumène II, qui la soutient contre Antiochus le Grand; Attale lU , qui lui laisse sa fortune (133). Principaux Pont (320) : plusieurs rois du nom Mithridate , dont le plu» Etats détachés/ illustre est Mithridate YII qui tient tète à Sylla, à Lucullu*

de l'empire \ et à Pompée, des Séleueides JArméme (189) : son plus grand roi est Tigrane, entraîné dani la catastrophe de Mithridate.

' Farthie , érigée en royaume indépendant par Arsace, chef de» Arsacides(255); guerres aux rois de Syrie; échec de Crassus (53).

§ I. — La Syrie sous les Séleacides.

Le fondateur du royaume de Syrie fut Séleucus J*" Nicator ou le conquérant, qui prit part à toutes les discordes des généraux d'Alexandre, et céda > son fils Antiochus, né d'une première femme, la célèbre Stratonice, qu'il avai* récemment épousée lui-même. — Après lui régnèrent successivement : Antiochus P'', qui perdit la Galatie enlevée par les Gaulois; Antiochus II, sou? qui la Parthie et la Bactriane se proclamèrent indépendantes ; Séleucus II et Séleucus III, plus faibles encore ; enfin , Antiochus III le Grand , dont les Romains triomphèrent aux Thermopyles et à Magnésie. Voici quelques détail? sur cette dernière bataille dont les conséquences furent décisives.

Antiochus III ; bataille de Magnésie (190).

Dans l'armée du consul , tout était assez uniforme e< pour les hommes et pour les armes. Il y avait deux légions romaines, composées chacune de cinq mille quatre cents hommes , et deux corps pareils d'infanterie latine. Les Romains occupaient le centre , les Latins les deux ailes, dont la gauche était appuyée au fleuve. La pre-

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mière ligne du centre était composée des hastaires, has"

tati ; la seconde, des princes, principes ; la troisième, des triaires, triarii. Voilà ce qui formait, à proprement parler, le corps de bataille. A côté de l'aile droite , pour la couvrir et la soutenir, le consul avait placé sur un© même ligne trois mille hommes d'infanterie des Achéena et des troupes auxiliaires d'Eumène, et tout de suite trois mille chevaux, dont huit cents étaient des troupes d'Eumène et le reste des Romains. Il mit à l'extrémité de cette aile les Tralliens et les Cretois armés à la légère. L'aile gauche ne paraissait pas avoir besoin d'un pareil renfort, parce qu'on jugeait que le fleuve et les rives, qui étaient fort escarpées, la défendaient suffisamment. On y plaça cependant quatre escadrons de cavalerie. On laissa pour la garde du camp deux mille soldats, tant Macédoniens que Thraces , qui avaient suivi volontairement l'armée. Les seize éléphants furent laissés derrière les triaires , pour servir comme de corps de réserve et d'arrière-garde. On ne songea point à les opposer à ceux des ennemis, non seulement parce que ceux-ci étaient en plus grand nombre , mais encore parce que les éléphants d'Afrique , les seuls qu'eussent les Romains , étaient beaucoup inférieurs, et pour la taille et pour la vigueur, à ceux des Indes, et ne pouvaient soutenir leur zhoc.

L'armée du roi était plus variée par la diversité deg nations, et par la différence des armes. Seize mille fantassins, armés à la macédonienne, qui formaient la phalange, faisaient aussi le corps de bataille. Cette phalange était divisée en dix petits corps , dont chacun présentait un front de cinquante hommes sur trente-deux de profondeur ; et dans chacun des intervalles qui les séparaient, on avait placé deux éléphants. Elle faisait la principale force de l'armée. La vue seule des éléphants inspirait de la terreur. Leur haute taille et leur grandeur, déjà remarquable par elle-même, était encore relevée par leurs ornements de tête , et leurs aigrettes , où brillaient l'or, l'argent, la pourpre, l'ivoire : vains ornements, qui invitent l'ennemi par l'espérance de la proie, et ne sauvent point une armée. Ces éléphants portaient sur leur dos des tours montées par quatre hommes qui combattaient, sans compter le conducteur. Au côté droili de celle phalange était rangée de suite^ et sur une même

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ligne, une partie de la cavalerie, savoir : quinze cents Gaulois d'Asie, trois mille cuirassiers armés de toutes pièces, mille autre cavaliers qui étaient l'élite des Mèdes et des autres peuples voisins. Tout de suite était placée une troupe de seize éléphants. Un peu au delà était le régiment du roi, composé des argyraspides, ainsi appelés parce qu'ils avaient des armes d'argent. Après eux douze cents archers des Dahes, auxquels on en avait joint deux mille cinq cents autres des Mysiens ; puis, trois mille armés à la légère, partie Cretois, partie Tralliens. L'aile droite était formée par quatre mille, tant frondeurs qu'archers , moitié Gyrtéens et moitié Elyméens. L'aile gauche était formée à peu près de la même manière , si ce n'est que devant une partie de la cavalerie on avait placé les chariots armés de faux , et les chameaux montés par des archers arabes qui avaient des épées minces et longues de six pieds, pour pouvoir atteindre l'ennemi du haut de ces animaux. Le roi commandait la droite ; Séleucus son fils, et Antipater son neveu, la gauche ; et trois lieutenants généraux, le corps de bataille.

Un brouillard épais s'étant élevé dès le matin, forma une grande obscurité , qui empêchait les troupes du roi de se reconnaître les unes les autres, et d'agir de concert, à cause de leur grande étendue ; et l'humidité causée par ce brouillard amollit les cordes des arcs , les frondes et les courroies dont on se servait pour lancer les traits. Les Romains en souffrirent beaucoup moins, parce qu'ils ne faisaient guère usage que d'armes pesantes , d'épées et de javelots ; et comme le front de leur armée avait moins d'étendue, ils s'entrevoyaient plus facilement.

Les chariots armés de faux, par le moyen desquels Anliochus avait espéré jeter la terreur et le désordre parmi les troupes ennemies , commencèrent la déroute des siennes. Le roi Eumène, qui en connaissait le fort et le faible , lâcha contre eux les archers crétois , les frondeurs et les cavaliers qui lançaient des javelots, avec ordre de les attaquer, non tous unis ensemble, mais partagés par petits pelotons , et de les accabler de tous côtés d'une grêle de traits, de pierres et de javelots, en jetant tous en même temps de grands cris. Les chevaux, efTrayés par ces cris , prennent le mors aux dents , ne gardent plus d'ordre, sont emportés de côté et d'autre, et se tournent contre leurs propres troupes, aussi bien que les

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chameaux. Ce vain épouvantail ainsi dissipé, on en vint aux mains.

Mais il causa bientôt la perte de l'armée du roi ; car les troupes qui étaient près de ces chariots ayant été entraînées par leur désordre et mises en fuite, laissèrent tout à découvert et sans défense, jusqu'aux cuirassiers ; et la cavalerie romaine étant venue fondre sur ceux-ci, ils n'en purent soutenir le choc, et se débandèrent dans le moment, plusieurs demeurant sur la place, parce que la pesanteur de leurs armes ne leur permit pas de se sauver par la fuite. Toute l'aile gauche fut mise en déroute, et porta le désordre et l'alarme jusque dans le corps de bataille, formé par la phalange. Alors les légions romaines l'attaquèrent avec avantage, les phalangites ne pouvant faire usage de leurs longues piques , parce que les fuyards venaient se réfugier parmi eux , et les empêchaient d'agir, pendant que les Romains lançaient de tous côtés contre eux leurs javelots. Les éléphants , rangés dans les intervalles de la phalange, ne lui furent d'aucun secours. Les soldats romains, accoutumés, dans les guerres d'Afrique , à combattre contre ces bêtes , avaient appris comment il en fallait éviter l'impétuosité, ou en les perçant de leurs javelots par leurs flancs , ou, s'ils en pouvaient approcher, en leur coupant le jarret avec leur épée. Les premiers rangs de la phalange furent donc mis en désordre , et déjà on commençait à envelopper par derrière ses derniers rangs , lorsqu'on apprit que l'aile gauche des Romains était en grand danger.

Antiochus , qui avait remarqué que cette aile gauche était entièrement découverte par les flancs, et qu'on n'y avait placé que quatre escadrons , comme étant assez défendue par le fleuve , l'avait attaquée avec ses troupes auxiliaires et sa cavalerie pesamment armée, non seulement de front , mais par les flancs, parce que les quatre escadrons , ne pouvant soutenir le choc de la cavalerie ennemie, s'étaient retirés vers le gros de l'armée et avaient laissé libre le terrain qui était près du fleuve. La cavalerie romaine ayant été mise en désordre , l'infanterie la suivit bientôt , et elles furent poussées jusque dans le camp. Marcus Emilius , tribun des soldats , était demeuré pour la garde du camp. Quand il vit les Romains y venir en fuyant, il sortit avec toutes ses troupes au-devant d'eux, leur reprochant leur lâcheté et leur fuite hoa-

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teuse. 11 fit plus, il ordonna aux siens de tuer impitoyablement les premiers des fuyards qu'ils rencontreraient, et qui refuseraient de tourner visage. Cet ordre , donné à propos et exécuté, eut tout son effet ; une plus grande crainte en surmonta une moindre. Les fuyards s'arrêtent d'abord, puis ils retournent au combat. Emilius, avec son corps de troupes , qui était de deux mille hommes tous braves et aguerris, s'oppose au roi, qui poursuivait vivement les fuyards. Attale, frère d'Eumène, sur l'avis qu'il reçut de la déroute de l'aile gauche, ayant quitté la droite , y accourut et arriva à propos avec deux cents chevaux. Antiochus , pressé de tous côtés , tourna bride et se retira. Ainsi les Romains, vainqueurs dans les deux ailes, s'avancent à travers des monceaux de corps morts jusqu'au camp du roi et le pillent.

On remarqua qu'une des causes de la perte de cette bataille fut la manière dont le roi avait rangé sa phalange. Elle faisait la principale force de son armée. Jusque-là elle avait passé pour invincible. C'étaient tous vieux soldats, aguerris, robustes, pleins de vigueur et de courage. Il fallait donc, pour les mettre en état de lui rendre plus de service, leur donner moins de profondeur et plus de front ; au lieu que, les ayant rangés sur trentedeux de profondeur, il en rendait la moitié inutile, et plaçait sur le reste du front des troupes de nouvelle levée sans courage et sans expérience, sur lesquelles il ne devait point compter. Antiochus, en cela, n'avait pourtant fait que suivre la méthode observée par Philippe et par Alexandre, qui rangeaient ainsi la phalange.

11 y eut ce jour-là de tués, tant dans le combat que dans la fuite et dans la prise du camp , cinquante mille hommes d'infanterie et quatre mille de cavalerie , quatorze cents faits prisonniers , et quinze éléphants de pris avec leurs conducteurs. Les Romains ne perdirent pas plus de trois cents fantassins et vingt-quatre cavaliers. Eumène eut vingt-cinq cavaliers de tués. Le fruit de cette victoire fut la reddition de toutes les villes de l'Asie Mineure, qui vinrent se soumettre aux Romains.

RoLLiN. — Histoire ancienne, 1. 18, art. 1, s. 7.

LITTÉRATURE ET ARTS. — Poésie : Stratonice et Bodogune , tragédies de Corneille. — Peinture : Stratonice, par Gérard de Lairesse, Ingres et Van der Werflf. — Musique : Stratonice , opéra de Méhul.

Dès ce moment, l'histoire des Séleucides se résume : à l'intérieur, dans des liscordes civiles déplorables ; à l'extérieur, dans nne recrudescence d'oppres- «on contre les Juifs (Sur ce dernier point, v. les Lectures historiques, U 1). fjous n'insistons ici que sm^ l'épisode célèbre du cercle de Popilius.

Cercle de Popilius.

Antiochus IV donna ordre aux commandants de ses forces navales, qui accompagnaient l'armée de terre, de faire voile vers Péluse par Tembouchure du Nil, et entra lui-même en Egypte par les déserts de l'Arabie. Les habitants de Memphis et ceux des autres villes d'Egypte lui ouvrirent leurs portes, les unes volontairement, les autres par crainte, et il descendit à petites journées vers Alexandrie. Il venait de passer le fleuve à Eleusine, bourg situé à quatre milles d'Alexandrie, lorsque les ambassadeurs romains vinrent à sa rencontre. Antiochus les salua et tendit la main à Popilius ; mais ce dernier lui présenta les tablettes sur lesquelles était écrit le senatus-consulte, et l'invita à en prendre connaissance sur-le-champ. Après l'avoir lu, Antiochus répondit qu'il délibérerait avec son conseil sur le parti qu'il devait prendre; mais PopiUus, fidèle à son caractère, traça un cercle autour du roi avec la baguette qu'il tenait à la main : tt Avant de sortir de ce cercle, lui dit-il, il faut me donner la réponse que je dois rapporter au sénat. » Etourdi de la violence d'un tel ordre , Antiochus hésita un instant, puis il répondit : « Je ferai ce qu'exige le sénat. » Alors seulement Popilius tendit la main au roi comme à un allié et à un ami. Au jour convenu, Antiochus sortit de l'Egypte.

TiTE-LiVE (1). Histoire romaine, 1. 45, 8. 12. Trad. de la coll. Nisard.

§ II. — Etats détachés de l'empire des Sélencldea.

A partir de la résistance armée des Juifs et de l'intervention de Rome , la Syrie s'affaiblit chaque jour un peu plus ; elle se donna à Tigrane, roi d'Arménie, et tomba ensuite, avec ce prince, sous la domination romaine, en 64. — Des divers Etats détachés de l'empire des Séleucides, Pergame, Pont. Arménie, Parthie, Judée, etc., celui des Parlhes seul va nous occuper ici. On trouvera des détails sur les autres, notamment sur le Pont et la Judée, danj ies Lectures historiques, t. III, Rome, et t. I, Orient.

(1) Pour Tite-Live, voir les Lectures historiques, t. III, Rome.

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