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LES ÉTOLIENS

des circonstances; ils étaient terribles dans une mêlée, quand on se mesure homme contre homme. Il y avait dans leur nature quelque chose d'indépendant et de sauvage qui répugnait à l'éducation des camps : s'ils eussent voulu les y soumettre, leurs chefs eussent compromis leurs succès. Par leurs attaques désordonnées et fougueuses, les Etoliens déconcertaient leurs ennemis; et, quand ils les voyaient plier, ils les épouvantaient de cris terribles et prolongés, que Polybe, l'historien de la ligue achéenne , pouvait trouver excessifs et fatigants. Ainsi la guerre, qui, par la discipline dans le camp, amène ou soutient quelquefois la discipline dans l'Etat, n'avait pas corrigé les Etoliens.

Le succès de leurs aventures les enflammait. Ils avaient ravagé l'Acarnanie, l'Attique, les côtes du Péloponèse; ils avaient poussé jusqu'en Asie Mineure, jusqu'en Bithynie, sans essuyer un seul de ces revers qui rebutent. Entendaient-ils parler d'une expédition méditée par quelque chef hardi, ils accouraient avec enthousiasme. Ils allaient rapporter du butin et de nouveaux titres de gloire. Dans un pays où le brigandage est l'occupation préférée, il est naturel qu'on admire, que l'opinion place au premier rang ceux qui réussissent.

Par une suite naturelle, le brigandage, en Etolie, après avoir été une passion, devint une nécessité. Ils s'étaient fait une habitude de vivre aux dépens d'autrui, et ne pouvaient la quitter. On échange difficilement les émotions d'une guerre de surprise, l'ivresse du succès, les fortunes rapides, contre la vie monotone du laboureur, les maigres productions d'un sol ingrat ou les calculs incertains du commerce. Mais le résultat le plus fâcheux , c'est que les richesses introduites par la guerre en Etolie avaient créé de nouveaux besoins, éveillé une curiosité insatiable. Tyrannisés par les exigences d'un luxe insensé, il leur fallait ou se ruiner à force de dettes ou se jeter tête perdue dans les aventures. On voyait un Sco- ;)as, autrefois stratège, passer au service plus lucratif de i^tolémée, revenir en Etolie avec des sommes considérables et y lever six mille hommes pour son nouveau maître. Stimulés par la cupidité, les Etoliens s'enrôlaient en masse, et il fallut que le stratège en fonctions, Damocrite, usât de tonte son autorité pour conserver des soldats à l'Etolie (200).

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Plus un peuple est grossier, plus le luxe y prend des proportions extravagantes. Un tel peuple n'aie sentiment ni de la beauté, ni de l'élégance ; il ne recherche que ce qui éblouit, et, avec la curiosité, l'avidité des enfants, il amasse l'or, l'argent, les objets rares. Pour se les procurer, les moyens lui deviennent indifférents. Polybe, qui s'est fait contre les Etoliens l'écho passionné des accusations de la Grèce , leur reproche amèrement de ne pouvoir laisser en paix leurs voisins. Tout Etat qui confinait à TEtolie tournait sans cesse des regards inquiets vers ses frontières ; il savait que les Etoliens attaquaient sans déclarer la guerre, sans exposer auparavant leurs griefs; il se tenait donc constamment sur le qui vive , ou , de guerre lasse , il laissait faire. Les traités mêmes ne protégeaient pas toujours les alliés du peuple étolien. Si la perspective de riches dépouilles tentait trop vivement sa cupidité, il lui suffisait du premier prétexte pour rompre. Mais une coutume singulière s'était établie chez les Etoliens avec la force d'une loi. Deux peuples, alliés l'un et l'autre de l'EtoUe, se déclaraient-ils la guerre, on croirait que les Etoliens restaient neutres ou se portaient comme médiateurs, ou, s'ils échouaient dans ce rôle, passaient du côté où était le droit. Ils passaient des deux côtés. Ils se payaient apparemment de cette raison admirable qu'ayant des alliés dans les deux camps ils étaient autorisés à les soutenir les uns et les autres. Leurs scrupules levés par un aussi beau prétexte, ils pillaient sans honte les deux partis. C'était ce qu'il appelaient ayetv Xacpupov àno )vacpupou, expression intraduisible qui signifie piller le pillage , piller partout où l'on peut piller. Suivant Polybe, qui nous donne ces détails, Philippe et les autres Etats grecs leur demandèrent de renoncer à une pareille coutume. Ils répondirent qu'ils supprimeraient plutôt l'Etolie dans l'Etolie ; en d'autres termes, qu'ils consentiraient plutôt à leur ruine complète. Les représentations qu'on leur adressait étaient rarement écoutées. S'ils y répondaient, ce n'était pas par des raisons, mais par d'indécentes plaisanteries.

Les temples mêmes n'étaient pas à l'abri de leurs coups. Eux, les Etoliens, qui avaient défendu contre les Gaulois le temple de Delphes , qui , en mourant pour le sauver , avaient protesté assez hautement de l'inviolabilité des sanctuaires , se déshonorèrent par les mêmes profana-

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