‹ Lectures d'histoire ancienneChapitre 6 sur 70 · TABLEAU DE LA GRÈCE PRIMITIVE · texte numérisé non relu

TABLEAU DE LA GRÈCE PRIMITIVE

cevoir une civilisation antérieure à celle du continent ' grec, étant située entre l'Egypte, la Grèce et la Phénicie ; et s'il est vrai qu'elle fut riche en mines de fer et de cuivre et que ces métaux y furent travaillés pour la première fois, l'obscurité douteuse qui enveloppe ses anciennes traditions s'éclaircirait facilement. Maisles recherches les plus savantes ont démontré que l'on avait confondu l'Ida de Phrygie avec celui de Crète, que les minéraux en Crète ne contiennent ni fer ni cuivre , et que l'on s'est en conséquence trompé en désignant cette île comme la patrie la plus ancienne de ces métaux. Ce fut donc plutôt aux Curetés et aux Dactyles de l'Ida en Phrygie que la traditiqn attribue d'avoir inventé la fabrication des métaux, et Strabon partage cette opinion. Le culte des Curetés et des Dactyles remonte probablement aux temps les plus reculés et s'introduisit en Crète, où il reçut un plus grand développement. Il ne doit pas être étonnant, pour celui qui connaît l'origine des anciennes religions , que ce culte ait donné naissance aux cérémonies et aux mystères sacrés. D'après ce qu'on peut supposer, l'émigration des Dactyles et des Curetés de la Phrygie en Crète appartient à la période qui précéda la domination de Minos, et si la fabrication ( ; ter avait ses établissements principaux dans cette île , nous pouvons nous expliquer sa colonisation par les Pélasges , les Hellènes et les Phéniciens.

Heeren fl). — De la politique et du commerce des peuples de l'au" tiquité, t. 7, sect. 4, ch. 4. Trad. de Sackau et Schùtte.

LITTÉRATURE ET ARTS. — Poésie : les Suppliantei, tragédie d'Eschyle-, Thyeste, id. de Sénèque.

Tableau de la Grèce primitive ; piraterie,

' Il est certain que le pays qui s'appelle aujourd'hui VUellade (Grèce), n'était pas jadis constamment habité, mais qu'il fut d'abord sujet à de fréquentes émigrations. On abandonnait aisément des lieux d'où l'on était sans cesse repoussé par de nouveaux occupants qui se succédaient toujours plus nombreux. Comme il n'existait point de commerce , qu'on ne pouvait pas sans crainte communiquer, soit par terre, soit par mer; que chacun ne culti-

(1) Pour Heeren, V, les Lectures historiques^ 1. 1, Orient,

18 LECTURES d'histoire ANCIB.NNE. — GRÈCK.

vait que ce qui était nécessaire à sa subsistance , sans posséder des richesses; comme l'on ne faisait point de plantations, parce que des murailles ne défendaient point les propriétés, parce que l'on craignait à tout moment de se voir enlever le fruit de ses labeurs, et que d'ailleurs on croyait facile de trouver partout sa subsistance journalière, on se décidait sans peine à changer de place. Avec ce genre de vie, les cités n'offraient rien de grand, ni dans les arts de la paix, ni dans les arts de la guerre. Le meilleur territoire était celui qui éprouvait les plus fréquentes émigrations; telles, la contrée qu'on nomme à présent la Thessalie, la Béotie, une grande partie duPéloponèse (à l'exception del'Arcadie), et les autres sols les plus fertiles. En effet , chez quelques peuplades , un accroissement de force , fruit de la fertilité du sol, engendrait de funestes séditions, en même temps qu'il exposait davantage aux entreprises du dehors. Quant à l'Attique, grâce à l'infertilité de son sol , dès les temps les plus reculés, elle eut toujours les mômes habitants, et vécut exempte de séditions. Et ce qui n'est pas une laible preuve du calme constant dont jouit l'Attique, c'est ce concours de métèques qui, par une destinée unique, favorisa son accroissement. En effet, de toutes les parties del'Hellade, les personnages les plus puissants , vaincus dans les combats ou victimes de factions , cherchaient chez les Athéniens un asile qu'ils croyaient sûr; et devenus citoyens, on les vit , à d'anciennes époques, augmenter la puissance de la république, qui, avec le temps, ne suffisant plus à ses habitants, envoya des colonies en lonie. Ce qui démontre encore la faiblesse des anciens temps, c'est qu'évidemment, avant la guerre de Troie, l'Hellade ne fit rien en commun. Je crois môme qu'elle n'avait pas encore tout entière ce nom d'Hellade qu'elle porte aujourd'hui; ou plutôt qu'avant Hellen, fils de Deuca'don, ce nom n'existait nullement. Les divers peuples, entre autres celui des Pélasges, qui s'étendait si loin , donnèrent leur propre nom au sol qu'ils venaient habiter. Mais Hellen et ses fils, étant devenus puissants dans la Phthiotide, et divers peuples les ayant successivement appelés en différentes villes, où ils leur offraient des établissements, ce fut alors, du moins à mon avis, qu'ils prirent, les uns après les autres, le nom d'Hellènes. Des relations habituelles, plutôt qu'aucune autre cause, amenèrent

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